Ce nouveau message nous associe aux premières missions de Saul. Converti, il n’a pas encore le nom de Paul. Il s’est formé auprès des apôtres à Jérusalem, il prêche dorénavant avec audace dans les synagogues en affirmant que le Messie attendu par son peuple est Jésus-Christ, mort et ressuscité. Cette prédication touche bien des cœurs, d’autant que beaucoup reconnaissent l’homme qui combattait avec ardeur et violence les disciples de Jésus, et qu’ils voient que cet homme est devenu son témoin. Mais, dès lors, une partie des autorités juives refusent cet enseignement et vont s’opposer à lui. On cherche « à le supprimer » (Act 9,29). Rien n’arrêtera Saul mais le voilà contraint à prendre la route et à partir pour Césarée puis Tarse qui est sa ville d’origine. Elle est située au bord de la mer Méditerranée, en Turquie au-dessus de l’actuel Liban.
Saint Luc veut aussi suivre les pas de l’apôtre Pierre. Cela fait environ quinze années que l’Ascension de Jésus a eu lieu. Pierre se rend à Lod. Quelle est cette localité ? C’est une cité de la plaine côtière de Judée, située entre Jérusalem et la mer Méditerranée, actuellement juste au sud de l’aéroport Ben-Gourion de Tel-Aviv. Pierre y rencontre Énéas, un homme paralysé depuis huit ans et lui dit : « “Énéas, Jésus Christ te guérit, lève-toi et fais ton lit toi-même”. L’homme se leva, et tous les habitants purent le voir et se convertirent » (Act 9,34). On peut sourire en lisant l’exigence exprimée par la demande de faire son lit. Les guérisons sont souvent accompagnées par la réalisation de tâches concrètes. Ainsi, par exemple, la belle-mère de Pierre ou la fillette de douze ans, sitôt guéries, se lèvent pour servir ou donner à manger (Lc 8,55). La vie renouvelée par la grâce n’éloigne pas du réel mais nous fait vivre un nouveau chemin dans le monde, tout en comprenant que nous ne sommes que de passage.
Vient ensuite la rencontre entre Pierre et Tabitha, que l’on traduit par Dorcas en grec. L’araméen ṭabīthā désigne la gazelle, animal associé dans le monde biblique à la grâce et à la beauté. On rapporte qu’elle était « riche des bonnes œuvres et des aumônes qu’elle faisait » (Act 9,36). Elle était fort estimée de tous, elle servait, elle confectionnait de magnifiques tuniques et manteaux, mais elle tomba malade et mourut au grand dam de ses proches qui la pleuraient. Des disciples de Jésus allèrent à la rencontre de Pierre, qui se dirigeait vers leur localité ; Pierre accepta de venir auprès du corps de la défunte. Saint Luc, rédacteur des Actes, précise : Pierre « mit tout le monde dehors ; il se mit à genoux et pria ; puis il se tourna vers le corps, et il dit : “Tabitha, lève-toi !” ».
« Elle ouvrit les yeux et, voyant Pierre, elle se redressa et s’assit ». Ensuite « Pierre, lui donnant la main, la fit lever. Puis il appela les fidèles et les veuves et la leur présenta vivante. La chose fut connue dans toute la ville de Jaffa, et beaucoup crurent au Seigneur » (Act 9,40-42). Tabitha est ressuscitée, comme Lazare le fut par Jésus. La puissance du Saint Esprit opérait des miracles, par la foi des apôtres. La foi peut-elle encore opérer de tels miracles ? Cette foi nous est demandée par Jésus. À Nazareth, Jésus ne fit que peu de signes et de miracles à cause du manque de foi des habitants. Pouvons-nous cultiver une foi vivante ? Nous sommes dans la neuvaine de la Pentecôte, c’est-à-dire dans les neuf jours pendant lesquels les apôtres, la Vierge Marie et certains disciples restent fidèles au commandement de Jésus d’attendre le Paraclet, l’Esprit de vérité promis. C’est pour ce motif, que jour après jour, les chrétiens se mettent en présence de Dieu et invoquent le Saint Esprit afin qu’il vienne de manière nouvelle dans chaque âme et qu’il anime nos projets. « Sans moi, vous ne pouvez rien faire » avait dit Jésus.
Or l’Esprit procède du Père et du Fils, il est envoyé par le Fils sur l’Église. La présence de Dieu en nous vient de l’Esprit : « si je pars, je vous l’enverrai » (Jn 16,7) a promis Jésus. La théologie parle de l’inhabitation de Dieu en nous, en écho au verset de saint Jean « l’Esprit de vérité, lui que le monde ne peut recevoir, car il ne le voit pas et ne le connaît pas ; vous, vous le connaissez, car il demeure auprès de vous, et il sera en vous » (Jn 14,17). Et encore cette parole merveilleuse « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure ». Comme ce verbe demeurer est beau et enthousiasmant ! Dieu fera sa demeure en chacun. « Il sera en vous » promet Jésus. Cela commence le jour du baptême, quand la puissance divine rejoint l’humanité et la plonge dans les eaux pour que le péché et la mort y soient noyés et que le baptisé renaisse des eaux pour une vie nouvelle. Dieu vient en nous, le savons-nous ? Le voyons-nous afin de vivre en sa présence ?
Pour celui qui vit en pleine conscience de la présence aimante du Seigneur, comme est loin l’agitation du monde et ses inquiétudes ! Les grands hommes politiques négocient des contrats commerciaux pour équilibrer leurs forces opposées mais ils restent sur leur garde tel le chien craintif prêt à mordre. Cette illusion de paix satisfait ceux qui en tirent profit en développant leurs affaires en vue du meilleur gain financier. Cependant, ils sont nombreux ceux qui restent oubliées au bord des chemins du monde et cherchent à survivre au jour le jour. La nature se réchauffe, les glaciers fondent partout, avertissant ceux qui les observent que le réchauffement bouleverse déjà les équilibres acquis au cours de millions d’années d’évolution. Or on ne veut pas voir, on vit en se disant que la tempête passera plus loin. Pourtant Dieu, demeurant en nous, veut nous enseigner toutes choses. Encore faudrait-il un sursaut de contemplation loin des agitations superficielles de la société, pour prendre conscience du besoin d’un effort personnel en vue de préserver les rapports humains et garantir le respect de la création. Dieu nous demande d’ouvrir les yeux, mais il est écrit « ils regardent sans regarder, et ils écoutent sans écouter ni comprendre » (Mt 13,13).
Saul devenu Paul continua ses voyages et les Actes des apôtres vont encore nous faire découvrir son itinérance. Pierre de même, comme apôtre de ses frères juifs, resta à Jaffa au bord de la côte méditerranéenne. Et c’est là qu’il vit une nouvelle expérience bouleversante pour sa mission, la rencontre de Corneille : nous le verrons dans un autre message. Retenons que le zèle missionnaire de ces deux disciples de Jésus, Pierre et Paul, peut aussi être le nôtre. Paul était fort instruit et connaissait bien la tradition juive ; Pierre, au départ un simple pêcheur de poissons, fut enseigné durant trois années par Jésus lui-même. Les Écritures, la tradition, nous permettent aujourd’hui de recevoir et d’accueillir le contenu de la foi dont nous sommes les témoins. Aussi ne retenons pas notre élan et allons à la rencontre des gens afin de leur « ouvrir les écritures » (cf. Lc 24,32).
Je vous propose de prier le Père éternel, afin de lui demander de nous envoyer l’Esprit par son Fils Jésus. Puissions-nous être saisis et renouvelés dans notre vie spirituelle chrétienne en cette fête de la Pentecôte.
Notre Père.


