« Nous vous souhaitons de belles fêtes ! » entendons-nous. Certains se refusent à prononcer ce mot Noël, par exemple dans les écoles publiques où ce serait faire acte de prosélytisme ! Pourtant, Noël fut célébré dans bien des familles, même chez les personnes non-croyantes. Ce mot Noël réveille le souvenir des fêtes familiales avec nos aïeux, des messes de minuit, des chocolats chauds accompagné par les cramiques, célèbre brioche du Nord de la France, des cadeaux au pied du sapin que les enfants découvraient au petit jour le 25 décembre. La crèche avec ses santons de Provence éblouit toujours les enfants, comme dans notre cathédrale Notre-Dame de Chartres.
Une nouvelle année s’ouvre. Personnellement, je suis toujours impressionné d’entrer dans une année supplémentaire, je loue Dieu qui me donne la vie, je remercie mon corps et ce cœur qui ne s’est jamais arrêté de battre, je m’émerveille devant la nature et je suis heureux à l’idée de faire la rencontre de nouvelles personnes qui m’ouvriront leur porte et leur cœur. Une nouvelle année est un cadeau à recevoir humblement car la vie est offerte par Dieu. Nous ne savons pas ce qu’elle nous apportera, mais nous pouvons avoir toute confiance en Providence qui conduit toutes choses selon les desseins de Dieu, même lorsque certains hommes font des choix graves de conséquence qui menacent la paix. Nous avons l’espérance que l’Esprit Saint nous conduise à travers les failles de l’humanité et nous recevons la vraie lumière qui est l’amour divin. C’est pourquoi je vous souhaite une belle année 2026. Que la grâce divine accompagne vos journées, dans vos joies comme dans vos peines. Je prie pour ceux et celles qui me lisent ou m’écoutent chaque semaine, afin que notre communion soit une force, et que notre prière les uns pour les autres fortifie l’espérance qui nous est donnée et que se développe une magnifique chaîne de solidarité entre nous.
J’aimerais continuer la lecture de l’évangile selon l’apôtre saint Marc au chapitre six en posant à nouveau cette question : est-ce le temps de la mission ? Nous avons rencontré Jésus dans les précédents récits, résidant souvent au bord du lac de Galilée où il enseignait les foules, il guérissait des malades et libérait des personnes possédées par des esprits mauvais. Sa compassion était sans limites. Il ne cherchait pas à plaire aux autorités civiles et religieuses, il agissait selon son Cœur, et il montrait que son Cœur aimait ces personnes en quête d’écoute, de compréhension et d’amour. Or ce qui se passait il y a plus de deux mille ans en Galilée, est vrai aujourd’hui et ici ! Christ est ressuscité et il est vivant et présent à nos côtés. Cela peut nous sembler bien mystérieux, mais sa présence est une réalité.
Marc rapporte ensuite un épisode qui se déroule à Nazareth. C’est le village de la jeunesse de Jésus, où Joseph et Marie avaient choisi de revenir après leur séjour en Égypte puisque le roi Hérode qui cherchait à tuer l’enfant était mort. Joseph y devint charpentier, il transmit son métier à son fils. La Sainte Famille vivait dans la discrétion, en attendant la révélation annoncée par l’ange Gabriel à Marie. On retrouve cette famille à Jérusalem lorsque Jésus a douze ans. Après cet épisode, on ne parle plus de Joseph.
Dans le récit de saint Marc, Jésus vit son ministère publiquement. Comme tout bon juif, il se rend à la synagogue pour prendre part au culte. Ayant fait ses étapes de formation dans son enfance, il était autorisé à lire la Torah et à en donner un commentaire. L’évangéliste Luc (Lc 4,21) rapporte ce moment où Jésus commente le prophète Isaïe et annonce que les temps messianiques s’accomplissent aujourd’hui. À Nazareth, on reconnaît combien Jésus est extraordinaire et pourtant les gens sont choqués et se disent les uns aux autres « D’où cela lui vient-il ? Quelle est cette sagesse qui lui a été donnée, et ces grands miracles qui se réalisent par ses mains ? N’est-il pas le charpentier, le fils de Marie, et le frère de Jacques, de José, de Jude et de Simon ? Ses sœurs ne sont-elles pas ici chez nous ? » (Mc 6,2-3). En effet, les gens qui nous sont différents dérangent. Personne ne comprend d’où Jésus reçoit de tels pouvoirs : les scribes et les pharisiens pensent même que c’est le diable qui l’inspire.
Marc fait référence à la famille de Jésus, c’est-à-dire sans doute le clan familial. Qui sont « ces frères et ces sœurs » mentionnés par le texte ? Chez les Pères de l’Église, seul Tertullien affirme que ce sont les enfants charnels de Marie et Joseph. Le proto-évangile de Jacques, un texte apocryphe ancien, dit que l’expression « frères et sœurs » désigne les enfants d’un premier mariage de Joseph : Joseph aurait épousé la jeune Marie dans sa vieillesse, puisqu’il serait décédé peu de temps après le pèlerinage au Temple de Jérusalem quand Jésus avait douze ans. Pourtant, la conviction la plus répandue est que ceux qui sont appelés ses frères et ses sœurs sont des cousins au sens large du terme, ainsi que l’on s’appelle les uns les autres dans l’Église aujourd’hui avec ces mêmes termes, mettant en valeur l’Église comme une famille des croyants chrétiens. Saint Jérôme qui lisait la bible en latin, en grec et en hébreu remarque d’ailleurs que le mot cousin n’existe pas en hébreu et que l’on utilise couramment les termes frères et sœurs pour désigner les proches parents. Pour appuyer cette thèse, on trouve dans la Bible quelques faits : Loth qui est le neveu d’Abraham est désigné comme étant son frère (Gn12,5), et Laban appelle son oncle Jacob « frère » (Gn 28,2). Aujourd’hui la foi catholique enseigne que Marie est demeurée vierge pendant et après la naissance de Jésus. Ainsi, Marie et Joseph n’eurent pas d’autres enfants. Jésus, vrai Dieu et vrai homme, a parfaitement comblé leur parentalité, pour utiliser un terme contemporain.
Marc note que Jésus s’étonnait du peu de foi de ses contemporains. Il n’est pas aisé d’être prophète dans sa propre famille ou dans son clan. L’évangéliste Matthieu qui vécut avec Jésus remarque « qu’il ne fit pas beaucoup de miracles à cet endroit-là, à cause de leur manque de foi » (Mt 13,58). C’est d’ailleurs un reproche fréquent que Jésus adresse aux apôtres ainsi que le rapporte saint Luc : « Si vous aviez de la foi, gros comme une graine de moutarde, vous auriez dit à l’arbre que voici : “Déracine-toi et va te planter dans la mer”, et il vous aurait obéi » (Lc 17,6). C’est la raison pour laquelle nous pouvons entretenir la foi reçue à notre baptême comme une grâce précieuse. Comment faire ? En posant des actes de foi, d’amour et d’espérance. Nous pouvons reprendre la phrase donnée par Jésus à sainte Faustine à qui il apparut en Pologne au XXe siècle : « Jésus, j’ai confiance en toi ». En vivant cette succession d’actes de foi, nous en verrons les fruits et notre foi sera affermie.
Marc relate ensuite que Jésus les envoya en mission. Vous rappelez-vous qu’il a dit être venu pour les brebis perdues ? On peut être frappé par le fait que Jésus envoie ses disciples en mission alors qu’ils ne sont pas très fermes dans leur conviction, que la passion et la résurrection n’ont pas encore eu lieu, qu’ils n’ont pas reçu la puissance de l’Esprit qui sera donné lors de la fête de la Pentecôte. Est-ce le temps propice pour la mission ? Pour Jésus, oui. C’est pourquoi, obéissant à sa parole, ils partent deux par deux. Jésus leur prescrit de partir sans « rien prendre », ni bâton, ni pain, ni sac, ni monnaie, ni tunique de rechange ; d’accueillir l’hospitalité qui leur sera offerte mais de repartir en secouant la poussière de leurs pieds si on les rejette. Ne rien avoir avec soi peut faire peur mais indéniablement cela donne une grande liberté qui invite à tout attendre de la générosité des personnes rencontrées avec cependant le risque de dormir sous un porche le ventre vide.
La finale de cette mission chez saint Marc est brève et mérite d’être complétée par les récits parallèles. Marc se contente de dire qu’ils « expulsaient beaucoup de démons, faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades, et les guérissaient » (Mc 6,13). Cela est déjà formidable et l’on aimerait faire la même expérience. Mais Luc ajoute que « les soixante-douze disciples revinrent tout joyeux » (Lc 10,17). Ceux qui évangélisent, souvent deux à deux (ce n’est pas réservé aux témoins de Jéhovah !), en annonçant le kerygme, expérimentent cette joie. Certes nous risquons de ne pas être accueillis, mais lorsque nous le sommes et pouvons partager notre foi, nous connaissons une joie profonde. Marc précise que les apôtres « faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades », geste dont parlera aussi saint Jacques dans son épître et qui est le fondement du sacrement des malades. L’onction d’huile est un geste de culte qui donne à expérimenter la force de la grâce divine, surtout pour ceux et celles qui sont malades sans espoir d’une rémission.
Concluons avec une attention particulière à l’invitation faite par les apôtres dans la mission « ils proclamèrent qu’il fallait se convertir » (Mc 6,12). Nous avons vu que la joie est le fruit du témoignage missionnaire. Mais ne nous trompons pas : le but est la conversion, c’est-à-dire vivre de la Parole en présence de Jésus vivant pour apporter au monde l’espérance du Ciel qui peut éclairer nos rapports humains et être une source de paix. Puissions-nous en cette année 2026 prendre au sérieux l’appel de Jésus à nous convertir, en étant guidés par la Parole que nous mettrons en pratique, en nous aimant les uns et les autres, et nous mettant au service de la communauté des hommes nos talents en vue d’un bonheur partagé.
Je vous invite maintenant à prier notre Dieu :
Notre Père.


