Un geste simple fait avec amour et générosité sera récompensé, dit Jésus. Encore faut-il le faire en son nom. Un verre d’eau n’est pas grand-chose pour nous qui avons de l’eau à profusion, mais en Israël à l’époque de Jésus, c’était un bien précieux. L’eau permet la vie. Les hommes ont inventé des moyens ingénieux pour l’obtenir, la faire jaillir, la conserver, l’utiliser. Dans les pays où elle est rare, nul n’a le droit de la gaspiller. Je me rappelle les tournées à pied que nous faisions avec les missionnaires de la charité dans le but de visiter des réfugiés sud-américains au sein des bidonvilles poussiéreux de Tijuana au Mexique, sous 35°, avec la consigne stricte donnée par Mère Teresa de ne pas prendre chez les pauvres un seul verre d’eau, puisque l’eau est un bien de valeur pour eux. Ces gens étaient surpris de notre refus car avec générosité ils voulaient nous désaltérer. Un verre d’eau offert au nom de Jésus peut être un grand acte d’amour à recevoir avec gratitude, en principe, sauf pour ces Missionnaires qui ne souhaitaient pas déposséder ces personnes pauvres et si dignes. La foi se vit dans la charité par des actes simples et discrets.
Dans le texte de saint Marc, Jésus ne passe-t-il pas du coq à l’âne ? Il parle de ce verre d’eau puis de la personne qui scandaliserait un enfant. Le mot scandale désigne ce sur quoi on trébuche ou on butte jusqu’à tomber. Le scandale fait tomber à terre. C’est une cause de chute physique dans son sens premier, puis de chute morale ou sociale. Les abus de pouvoir et sexuels commis sur des enfants sont les pires scandales qu’un adulte leur inflige. Malheureusement, les abus continuent dans certaines familles et dans des institutions, y compris au sein de notre Église même si la formation à la prévention y est dorénavant organisée avec soin. Jésus n’hésite pas à dire crûment que celui par qui le scandale arrive ferait mieux de s’attacher une meule au cou et de se jeter au fond de la mer. C’est dire que son péché est très grave. Le scandale est un mal terrible pour l’enfant qui le porte parfois en son cœur toute sa vie, blessé dans sa capacité à aimer, à faire confiance et à croire en l’homme comme en Dieu.
Jésus continue à donner un enseignement radical. Il insiste sur le péché causé par un usage mauvais de notre main, de notre pied ou encore de notre œil. Je cite sa première assertion « Et si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la. Mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie éternelle que de t’en aller dans la géhenne avec tes deux mains, là où le feu ne s’éteint pas » (Mc 10,43). Faudrait-il donc s’estropier pour accéder au Royaume de Dieu ? En réalité, le corps est un don divin à respecter comme tel. Jésus insiste sur cette image puissante afin de dénoncer la gravité du péché plus encore que la peine qui en découle. Il parle souvent avec des images aux personnes rassemblées en foule auprès de lui. Tous comprennent son enseignement qui appelle à la conversion. Il n’est pas de petit péché, car le péché crée une tache et que cette dernière touche tout notre être. Il dénature l’homme créé à la ressemblance de Dieu. La confession est heureusement le cadeau de Jésus pour implorer le pardon, avec un vrai regret – la contrition – et obtenir l’absolution en vue de notre libération. Par le sacrement de la réconciliation, nous sommes pardonnés et purifiés.
Jésus le dit clairement : il en va de notre vie éternelle. La désirons-nous vraiment alors que nous péchons parfois sans avoir conscience que cela est grave ? Oui, nous espérons le Ciel, afin d’y retrouver nos proches si chers, y rencontrer les saints que nous admirons, y vivre la joie de la louange avec les anges et ceux qui demeurent déjà face à Dieu. Veillons à ne pas nous égarer : il serait tellement triste de ne pas vivre cette joie immense du ciel.
Maintenant, reprenons une dernière citation de Jésus qui nous concerne puisqu’il dit que nous serons tous salés au feu : « c’est une bonne chose que le sel ; mais s’il cesse d’être du sel, avec quoi allez-vous lui rendre sa saveur ? Ayez du sel en vous-mêmes, et vivez en paix entre vous » (Mc 10,20). Le sel est pour nous utile car il relève la saveur des aliments ; or dans la culture de l’époque, le sel sert avant tout à la conservation des aliments, notamment de la viande et du poisson. Sans sel, la nourriture pourrit à la chaleur d’un climat ensoleillé et chaud.
Avoir du sel en soi est-ce le gage de demeurer vivant ? C’est ici une injonction de Jésus, un commandement qui appelle à vivre en paix entre nous. Avoir du sel en soi, être soi-même du sel, c’est refuser ce qui nous dénature, ce qui trahit notre condition de fils et filles de Dieu. Pour nous baptisés, ne pas être salés, serait ne plus vivre de l’évangile du salut, ne plus prier et louer en tout temps, ne plus faire de la foi reçue une source vive de charité. Aujourd’hui, alors que le monde dérive dans la violence, sous toutes ses formes, plus que jamais il est urgent de comprendre que nous sommes envoyés vers ceux qui vivent proches de nous afin de proposer ce message merveilleux qui a changé l’humanité depuis deux millénaires : « Ce Jésus, Dieu l’a ressuscité ; nous tous, nous en sommes témoins. Élevé par la droite de Dieu, il a reçu du Père l’Esprit Saint qui était promis, et il l’a répandu sur nous, ainsi que vous le voyez et l’entendez » (Act 2,32-33).
Nous pouvons rendre grâce à Dieu car ce message porte toujours un fruit fantastique, comme lorsque saint Carlo Acutis est donné comme témoin de la foi aux jeunes du monde entier. Il est passé si vite dans notre monde, une quinzaine d’années, le temps de bouleverser tous ses proches qui se convertirent, de toucher le cœur de ses amis, de nous parler de l’eucharistie comme l’autoroute vers le Ciel, de nous inviter comme saint François d’Assise à nous aimer de manière universelle, sans réserve et sans limite aucunes. Chaque jour, à la basilique saint Marie Majeure d’Assise, plus de dix mille personnes viennent prier et se confier auprès de saint Carlo. Des saints et des saintes sont en train de surgir, ils vont bouleverser l’Église, c’est là une invitation merveilleuse à l’espérance. Par des gestes simples, montrons-nous généreux en nous rappelant les paroles de Jésus : « celui qui vous donnera un verre d’eau au nom de votre appartenance au Christ, amen, je vous le dis, il ne restera pas sans récompense » (Mc 10,41). Au fond ce n’est pas si difficile à mettre en œuvre pour que l’amour triomphe. C’est choisir la vie et non la mort.
Prions maintenant ensemble avec foi, nous approchons du triduum pascal et nous revivrons la passion du Christ jusqu’à sa résurrection. Intercédons fidèlement pour notre monde.
Notre Père.


