Le voyage du pape Léon XIV en Algérie fut une opportunité pour un dialogue du cœur et de l’écoute mutuelle. Les martyrs chrétiens des années noires ont été honorés pour être « restés fidèles à la charité jusqu’au sacrifice ». Les mots du pape ont encouragé chacun en vue de la prière, de la fraternité et de la charité. En homme de paix depuis son élection, il a durant ces journées algériennes rappelé que la paix est urgente pour le monde en guerre et que la seule voie est celle du dialogue qui favorise des négociations respectueuses. L’Évangile de la paix est la source bienfaitrice qui inspire son pontificat et qui éclaire sa parole de pasteur. Les apôtres eux-mêmes, après la Pentecôte, sont partis courageusement vers les païens romains polythéistes afin de leur annoncer qu’un sauveur est né en Orient, est mort crucifié et fut ressuscité par Dieu le Père. En prenant sur lui le péché du monde, Jésus ouvre la porte du salut pour ceux et celles qui entendant ses paroles se convertissent. Les apôtres ne se prononçaient pas sur la politique de l’époque mais ils proposaient un chemin nouveau avec le Christ. En Algérie, certes il y a la paix, cependant les chrétiens ne sont pas libres de vivre ouvertement leur foi. Ce pays fut pourtant chrétien avant que les armées arabes ne prennent le pouvoir par la guerre au VIIe siècle puis imposent l’Islam. Récemment encore des églises ont été fermées, la possession de la Bible n’est pas toujours autorisée, et la conversion au christianisme condamne à la prison. Les chrétiens autorisés à pratiquer sont généralement des expatriés, souvent africains. Le pape Léon passe au milieu d’eux comme Jésus passait parmi les foules de Palestine. Il parle de paix et sa modestie dispose les cœurs au dialogue. À la grande Mosquée d’Alger, sa parole témoignait, elle était empreinte de respect pour tous, chrétiens et musulmans : « Chercher Dieu, c’est aussi reconnaître l’image de Dieu dans chaque créature, dans les enfants de Dieu, dans chaque homme et chaque femme créés à l’image et à la ressemblance de Dieu ». Les images de cette visite papale historique font maintenant le tour du monde et nul doute qu’elles inspireront des chercheurs de Dieu en quête de paix jusqu’à la rencontre de Jésus-Christ.
Dans les Actes des apôtres, peu après la Pentecôte, le grand discours de saint Pierre à Jérusalem (Act 2) et la conversion de trois mille personnes, advient cette belle rencontre à la Belle Porte du Temple de Jérusalem où un homme « impotent de naissance » est déposé chaque matin afin qu’il demande l’aumône. Un matin, alors que Pierre et Jean se rendaient au Temple pour la prière il les interpelle. Les apôtres lui disent alors ces mots étonnants : « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche » (Act 3,6). Saint Luc qui rédige ce récit ajoute alors : « Alors, le prenant par la main droite, il le releva et, à l’instant même, ses pieds et ses chevilles s’affermirent. D’un bond, il fut debout et il marchait. Entrant avec eux dans le Temple, il marchait, bondissait, et louait Dieu. Et tout le peuple le vit marcher et louer Dieu ». C’est plutôt merveilleux de voir comment, par le nom de Jésus, un tel miracle s’accomplit grâce à la foi des apôtres. L’homme guéri devient disciple et ne cesse de bénir Dieu.
Nous sommes souvent sollicités dans la rue par des personnes qui nous demandent de l’argent. Comment agissons-nous alors ? Faut-il donner dans la rue à celui qui le demande ? Jésus a dit « Donne à celui qui te demande, et ne te détourne pas de celui qui veut emprunter de toi » (Mt 5,42). On pourrait aussi s’interroger en répondant : certes donner mais donner quoi et dans quel but ? Les parents donnent-ils à leurs enfants tout ce que ceux-ci leur demandent ? Non car certaines demandes ne conviennent pas. Anne Lorient, une femme ayant vécu quinze années dans la rue à Paris, a écrit un livre au titre fort, Mes années barbares (Éditions de la Martinière). Elle y relate son expérience de vie sans domicile fixe. Or elle affirme : « ne donnez pas d’argent dans la rue ». Cela peut sembler étonnant. Que faire ? Pouvons-nous entendre que la personne qui demande de l’argent a un autre besoin caché, plus important ? Comment être disponible pour une vraie rencontre et un dialogue ? Comment apprivoiser l’autre qui souffre souvent de blessures profondes ? Dans Le petit Prince, Saint Exupéry propose cette itinérance faite de délicatesse pour que le petit prince s’approche pas à pas de sa rose. L’homme à la Belle Porte du Temple avait un autre besoin que l’argent, il attendait qu’on le considère, qu’on le rencontre non comme le mendiant mais comme un frère voire un ami. En invoquant le nom de Jésus, Pierre ouvre un nouvel horizon pour sa vie. Nous pourrions penser que si nous pouvions résoudre le problème de santé comme les apôtres le firent pour l’homme, il serait aisé ensuite de créer le contact. En réalité, est-ce qu’une rencontre faite de délicatesse n’est pas le début de la guérison pour certaines personnes qui souffrent des rejets et des exclusions ? Quand pouvons-nous annoncer le nom de Jésus-Christ puisqu’il est celui qui donne le salut ?
Pierre et Jean, voyant l’étonnement des juifs devant ce qu’ils viennent d’accomplir, osent des paroles fortes : « Vous avez tué le Prince de la vie, lui que Dieu a ressuscité d’entre les morts, nous en sommes témoins. Tout repose sur la foi dans le nom de Jésus Christ : c’est ce nom lui-même qui vient d’affermir cet homme que vous regardez et connaissez ; oui, la foi qui vient par Jésus l’a rétabli dans son intégrité physique, en votre présence à tous » (Act 3,15-16). Nous qui sommes chrétiens sommes réjouis par la présence de Dieu en nous, ce Dieu qui s’est incarné en la Vierge Marie pour être si proche de nous. Peut-être pourrions-nous prendre l’habitude de prononcer ces mots « par le nom de Jésus-Christ » et ajouter par exemple « sois béni ». La rencontre de Jésus bouleverse la vie des catéchumènes, elle transforme aussi la vie des chrétiens par la force du Saint Esprit. Les apôtres ajoutent encore « convertissez-vous donc et tournez-vous vers Dieu pour que vos péchés soient effacés. Ainsi viendront les temps de la fraîcheur de la part du Seigneur, et il enverra le Christ Jésus qui vous est destiné » (Act 3,19-20). Le mot fraîcheur est émouvant. Est-ce la fraîcheur de la brise légère que le prophète Elie ressent lorsque Dieu passe devant lui (1R 19,12) ? Ce mot consone bien avec la consolation dont nous avons tant besoin quand on est face aux détresses matérielles et sociales.
La Belle Porte du Temple peut tout simplement représenter la porte de notre maison. C’est en franchissant celle-ci que nous vivons nos relations familiales si précieuses. La famille est si importante ! Elle est la communauté d’amour pour vivre ensemble, pour accueillir la vie nouvelle par les enfants, pour expérimenter ce qu’est l’amour, même s’il y est imparfait. Demandons-nous si, assis à la porte de notre famille, tel le mendiant de Jérusalem, il n’y aurait pas quelqu’un qui soit en détresse et qui mendie de la considération ? Chaque personne attend la rencontre de Jésus. La famille est nourrie par la Parole de Dieu qui éclaire nos relations interpersonnelles. Le pape Léon disait à Alger « La foi n’isole pas mais ouvre, unit sans confondre, rapproche sans uniformiser et fait grandir une véritable fraternité ». Jésus nous montre la voie de la paix au sein de nos familles. S’aimer dans la lumière de Jésus-Christ, n’est-ce pas la cause de la joie intérieure qui illumine à l’extérieur nos relations familiales ? La joie est tellement désirée et nécessaire.
La guérison de l’homme à la Belle Porte ne passa pas inaperçue. Les autorités ne pouvaient que reconnaître qu’elle était advenue, mais la voyaient d’un mauvais œil. Ils firent arrêter Pierre et Jean qui ne se privèrent pas de leur expliciter comment cela s’était fait : « c’est par le nom de Jésus le Nazaréen, lui que vous avez crucifié mais que Dieu a ressuscité d’entre les morts, c’est par lui que cet homme se trouve là, devant vous, bien portant. Ce Jésus est la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle. En nul autre que lui, il n’y a de salut, car, sous le ciel, aucun autre nom n’est donné aux hommes, qui puisse nous sauver » (Act 4,10-12). Les pharisiens cherchaient à les faire taire. Or comment taire les merveilles de Dieu ? Les deux apôtres, inspirés par le saint Esprit, répondirent ces mots puissants « Est-il juste devant Dieu de vous écouter, plutôt que d’écouter Dieu ? À vous de juger. Quant à nous, il nous est impossible de nous taire sur ce que nous avons vu et entendu » (Act 4,19-20). Alors on a dû les relâcher !
Voici donc la belle attitude du disciple qui a foi dans le Seigneur Jésus-Christ. Ne pas se taire lorsqu’il s’agit de faire du bien ou de rendre compte de sa foi même devant les autorités. À nous de prier le Saint Esprit qui nous inspirera, comme Jésus l’a promis, les mots à prononcer devant nos accusateurs.
Confions maintenant dans une prière finale les chrétiens d’Algérie afin qu’ils vivent en sécurité leur foi et qu’ils puissent l’annoncer avec amour à leurs voisins qui ne connaissent pas encore Jésus.
Notre Père.


