#368 « Jésus fait entendre les sourds et parler les muets, n’est-ce pas merveilleux ? »

N’est-ce pas étonnant de lire ces récits de guérison que Jésus réalise avec tant de facilité ? N’aimerions-nous pas que cela puisse se faire aujourd’hui ? Quelle est donc notre foi en la puissance du Saint Esprit qui guérit ? Lourdes où nous aimons nous rendre en pèlerinage est bien un lieu où cette grâce est donnée à certains. Mais n’oublions pas que la guérison opérée par Jésus appelle à la conversion et à la foi, en lui, en sa Parole de vie, et en vue du Ciel. 

 Continuons maintenant notre lecture suivie de l’évangile selon saint Marc. Au chapitre 7, nous allons à la rencontre d’un homme sourd et muet. Juste avant, nous avions retrouvé Jésus à Tyr, ville côtière grecque, où il avait accueilli une femme dont la fillette était saisi par un démon et, touché par son courage et sa foi, il avait délivré cet enfant. À présent, Jésus quitte le bord de la mer, et saint Marc situe ce nouvel épisode proche de la mer de Galilée, « en plein territoire de la décapole ». Que désigne le mot « décapole » ? On retrouve le chiffre dix et le terme ville, donc il désigne la région des dix villes grecques fondées à l’époque lointaine par le conquérant Alexandre le Grand. Ces villes sont situées dans plusieurs pays actuels, la Syrie, la Jordanie et Israël, Damas étant la ville la plus connue. La réputation de Jésus le précède et dès son arrivée on vient vers lui. C’est ainsi que « des gens lui amènent un sourd qui avait aussi de la difficulté à parler et supplient Jésus de poser la main sur lui » (Mc 7,32). 

 Il est important de noter que Jésus ne se met pas en scène, il ne fait pas une démonstration de sa puissance, il demeure discret comme souvent, désirant même préserver son secret messianique. Pourquoi ce secret ? Car le projet de Dieu est de susciter la foi en Jésus envoyé du Père afin que, par sa prédication, les gens recherchent Dieu, et reconnaissent en Jésus le Verbe divin fait chair. Le projet de Dieu n’est pas la guérison physique mais l’adhésion au Royaume. S’il guérit ainsi ces pauvres gens, c’est parce que son cœur déborde d’amour pour ces êtres affligés. Mais il nous met en garde : « cherchez d’abord le Royaume de Dieu ». En effet, Jésus sait que les disciples seront inconstants et souvent infidèles : lors de la passion certains fuiront, d’autres le renieront. Être un disciple de Jésus et un témoin de sa Parole de vie appelle une adhésion entière du cœur et de l’esprit, ancrée dans une vie intense de prière pour être capable de faire face, avec la grâce de Dieu, si la persécution advenait. 

 Aussi, pour aider ce pauvre sourd-muet, « Jésus l’emmena à l’écart, loin de la foule, lui mit les doigts dans les oreilles, et, avec sa salive, lui toucha la langue ». C’est un geste touchant, qui rappelle la création de l’homme à partir de la glaise et du souffle de Dieu (Gn 2,7). En quelque sorte nous pouvons dire que Jésus achève la création de ce pauvre privé de ses sens. Utilisant sa propre salive qu’il dépose sur la langue de l’homme, c’est un peu de sa vie qu’il lui communique, geste sacramentel qui est réalisé aujourd’hui dans le sacrement des malades avec le saint Chrême, l’huile parfumée consacrée lors de la messe chrismale qui permet cette onction sur le front et dans le creux des mains, symbole de la grâce divine et de la présence du Saint Esprit. 

 Jésus, dans une prière adressée à Dieu son Père, ajoute une parole qui accompagne son geste libérateur : « Effata ! », terme qui signifie « ouvre-toi ». C’est alors, dit saint Marc, que « ses oreilles s’ouvrirent ; sa langue se délia, et il parlait correctement » (Mc 7,35). Cet homme peut dorénavant entendre et écouter de tout son cœur les paroles qui viennent du Seigneur, il peut les mémoriser, les prier intérieurement puis les proclamer à ses amis. La vie chrétienne est une relation à Dieu qui nous parle, tout disciple étant, par son baptême, un écoutant et un prophète. Il est émouvant pour un célébrant d’appeler le Saint Esprit sur une personne demandant le baptême, même les bébés, et de lui commander de s’ouvrir à la parole et de la proclamer. Pour la majorité des chrétiens, l’obstacle à la vocation prophétique n’est pas physique mais psychologique. Il y a un choix du cœur et de la volonté à poser pour se rendre disponible à la Parole, afin d’en être le serviteur. « Ne crains pas, je mets dans ta bouche mes paroles », dit Dieu au jeune prophète Jérémie qui lui disait « Ah ! Seigneur mon Dieu ! Vois donc : je ne sais pas parler, je suis un enfant ! » (Je 1,6). En écho, on peut retrouver ce désir chez Moïse qui espère que tous les hébreux soient prophètes « Ah ! Si le Seigneur pouvait faire de tout son peuple un peuple de prophètes ! Si le Seigneur pouvait mettre son esprit sur eux ! » (Nb 11,29) Il en va de même pour les chrétiens, prophètes par vocation pour proclamer la parole « à temps et à contretemps » (2Tm 4,2). 

 Cet homme étant guéri, Jésus tente de maintenir les spectateurs silencieux quant à la guérison qu’il a opérée, ce qui est en réalité impossible. Comment taire les merveilles du Seigneur ? La joie de la délivrance est telle qu’elle ne peut être tue. La notoriété de Jésus croît au fur et à mesure de sa prédication au point qu’il ne connaît plus la tranquillité. 

 À partir de ce beau récit, interrogeons-nous sur notre attente vis-à-vis de Jésus. Qu’espère-t-on de lui ? Comme ces personnes qui se sont dirigées vers lui avec leur ami handicapé, prenons le temps d’aller à lui, en méditant les récits de sa vie et en écoutant ses paroles. Elles ont le pouvoir de nous transformer et de nous infuser la sagesse. Elles nous inspireront dans nos choix et dans l’élaboration de nos projets. Dans quelques jours, commencera le carême, et c’est maintenant le moment de nous y préparer, de prier et de réfléchir à notre disposition intérieure à aller vers Jésus, à recevoir ses paroles, à être disponible aux autres. Les évangiles nous éclaireront sur les choix à poser. C’est bien le temps de faire une halte, un crayon à la main, afin de noter les intuitions que l’Esprit nous communiquera. 

 Avant de conclure ce message, je souhaite vous partager une joie et une intention de prière, celle de la fête des consacrés. La vie consacrée dans l’Église prend des formes multiples, apostoliques ou contemplatives, vivant dans le monde ou à l’écart dans le silence d’un monastère. Par leur prière, et leur fidélité à la prière, les consacrés portent la mission de l’Église. Ils s’offrent à l’amour miséricordieux du Seigneur pour notre salut et l’avènement du Royaume des Cieux. Ils tissent un réseau fait de prière, d’accueil, de compassion qui illumine notre vie ecclésiale. C’est un grand bienfait, et c’est toujours une joie de rencontrer des jeunes gens qui embrassent cette vocation à se donner et à tout donner, pour reprendre la belle formule de sainte Thérèse de Lisieux. Nous avons honoré joyeusement les consacrés le 2 février, en la fête de la présentation de Jésus au Temple. 

 Je vous invite à prier ensemble maintenant pour nos amis consacrés, mais encore pour la paix dans le monde, et surtout en Ukraine car en ce mois de février c’est une cinquième année de guerre qui commence sur cette terre meurtrie. Cette folie qu’est la guerre, menée par des hommes inconséquents, laisse tant d’êtres épuisés et affligés. Prions et supplions pour eux, et pour la paix. 

Notre Père.

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Je confie mon intention de prière

Votre intention sera confiée à la prière des sœurs de Saint-Paul de Chartres.