#367 « Comment Jésus libère une fillette envahie par un démon ? »

Avant d’apporter une réponse en lisant l’évangile selon saint Marc, puis-je vous partager une belle expérience pastorale ?

Les trente couples missionnaires de notre diocèse de Chartres qui animaient la préparation au mariage au sanctuaire Notre-Dame de Montligeon partagent, j’en suis sûr, le sentiment de bonheur qui habite mon cœur depuis le début de la semaine. Nous avons en effet vécu, le week-end dernier, deux belles journées pour accueillir et entourer 95 couples de fiancés qui ont ouvert leur cœur et leur intelligence au thème du pardon. Des témoignages, des enseignements, des temps en couple, une lettre écrite à son fiancé, une démarche au pied de la Croix du Christ puis l’adoration eucharistique, la confession, la prière des frères : autant de moments pour approfondir la miséricorde de Dieu. La photo finale est magnifique et elle parle d’elle-même en montrant des visages souriants. Certes, certains ont eu plus de difficulté à entrer pleinement dans ce projet mais ne doutons pas que chacun a reçu un cadeau pour sa vie de couple. Il peut en effet être difficile d’accueillir une proposition qui déplace nos acquis : cela demande une ouverture du cœur, un abandon dans la confiance, l’accueil de sa propre fragilité et fait parfois peur. Mais pour la plupart des participants, qu’ils soient ou non croyants, la joie était bien là, le partage fut profond et nous nous sommes quittés avec le désir que le chemin continue. Voici la raison de notre action de grâce. 

Je souhaite continuer la lecture de l’évangile selon saint Marc. Nous sommes au chapitre 7. Une scène touchante est rapportée par l’évangéliste : celle de la rencontre de Jésus et d’une femme grecque dont la fillette est emprisonnée par un démon. 

Nous sommes à Tyr, ville située au bord de la mer Méditerranée, dont la fondation remonterait à 2 700 ans avant Jésus-Christ. Cette ville est maintenant au Liban éloignée de 165 kilomètres de Jérusalem. Ce sont les phéniciens, voyageurs et marins, qui ont développé cette cité marchande. Tyr comme Sidon sont des lieux non juifs, donc païens pour un juif. Jésus n’hésite pas à s’y rendre. Il faut se rappeler qu’il avait fait le choix de commencer son ministère en Galilée, la terre des nations et des marchands, à Capharnaüm ville considérée comme impure. Avant son ascension, Jésus demandera aux disciples d’aller vers toutes les nations pour annoncer le Règne de Dieu. Si Tyr est le nom d’une ville, c’est aussi celui d’une divinité païenne. Ce voyage pédestre de Jésus en ces lieux confirme son souhait que son enseignement en vue du salut soit accueilli aussi par les non-juifs, ce qui a parfois été incompris. Saint Marc rapporte qu’il entre dans une maison de manière discrète pour ne pas être reconnu, mais que déjà la nouvelle de sa présence se répand, et qu’une femme païenne, syro-phénicienne de naissance, décide de le rencontrer. Elle est sûrement de culture grecque. Elle se jette à ses pieds pour le supplier d’expulser un démon hors de sa fille. On retrouve le cri de ceux et celles qui n’ont plus aucun espoir comme les lépreux ou encore la femme hémorroïde et qui s’écrient « aie pitié de moi, Jésus ». Ici, le texte parle bien, et par deux fois, d’un démon. 

Dans la version de l’histoire rapportée par saint Marc, la présence des apôtres n’est pas mentionnée. Nous savons que Jésus a formé son groupe d’apôtres en les appelant un par un à le suivre en partageant son quotidien. Dans la version selon saint Matthieu, les apôtres sont présents et manifestent une sorte d’agacement devant cette femme considérée comme impure. Ils disent même à Jésus : « Renvoie-la, car elle nous poursuit de ses cris ! » (Mt 15,23). Que cette parole est dure ! Mais nous devons comprendre que les apôtres non seulement sont perdus devant la supplication de la femme – nous le serions aussi –, mais qu’ils sont aussi influencés par une tradition qui leur interdit de la fréquenter, car elle est païenne et donc impure. Ces traditions étaient tenaces et seul Jésus avait la liberté intérieure pour s’en affranchir. 

Commence alors une discussion étrange, dans laquelle nous pouvons être surpris par la distance apparente entre Jésus et cette mère en détresse. Il y a cette phrase de Jésus si incompréhensible : « Laisse d’abord les enfants se rassasier, car il n’est pas bien de prendre le pain des enfants et de le jeter aux petits chiens » (Mc 7,27). Qui sont ces enfants ? De quel pain parle Jésus ? Pourquoi fait-il référence aux petits chiens ? On comprend un peu mieux en lisant le récit chez saint Matthieu quand Jésus répond : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » (Mt 15,24). Pour le moment, Jésus limite sa mission à ses frères et sœurs juifs. Mais nous allons voir que l’Esprit le pousse vers les autres, car « sa miséricorde est pour tous et elle s’étend d’âge en âge à tous ceux qui le craignent » (Lc 1,50), c’est-à-dire ceux qui mettent leur confiance en lui. 

Vient ensuite la réponse de cette femme qui ne s’oppose pas à Jésus en lui disant simplement « Seigneur, les petits chiens, sous la table, mangent bien les miettes des petits enfants ! » En réalité Jésus a utilisé le mot enfant pour désigner les enfants d’Abraham, ceux qui descendent des douze fils de Jacob. Lui en tant que juif leur donne priorité pour le repas. Or la femme utilise un autre mot pour désigner les enfants, un mot qui fait référence à leur âge et à leur taille, comme pour dire qu’ils ne sont pas différents des premiers mais que pour elle un enfant est un enfant, quelle que soit sa religion. Qu’ils soient attablés ou sous la table, tous les enfants ont besoin de la même nourriture, et elle consent à ce que ceux qui sont sous la table attendent les restes du repas des autres. Pour nous, certes, l’image des petits chiens à qui elle compare ces enfants et donc sa propre fillette saisie par un esprit est profondément choquante. Sans doute, à l’époque de Jésus, alors que les classes sociales étaient très marquées, que l’esclavage humain était courant, on acceptait plus facilement la condition sociale que l’on recevait à sa naissance. Peut-être cette femme a-t-elle cette finesse psychologique pour sentir que la bonté de Jésus dont la réputation est venue jusqu’à elle est pour tous, donc aussi pour son enfant possédé, même s’il n’appartient pas au peuple hébreu. En cela, elle a raison et sa quête va obtenir gain de cause. 

Saint Marc dit que Jésus ajouta « À cause de cette parole, va : le démon est sorti de ta fille ». On peut voir la réalisation d’une autre parole de Jésus qui disait à la foule : « Ayez foi en Dieu. Amen, je vous le dis : quiconque dira à cette montagne : “Enlève-toi de là, et va te jeter dans la mer”, s’il ne doute pas dans son cœur, mais s’il croit que ce qu’il dit arrivera, cela lui sera accordé ! C’est pourquoi, je vous le dis : tout ce que vous demandez dans la prière, croyez que vous l’avez obtenu, et cela vous sera accordé » (Mc 11,22-24). La femme ne devait pas connaître en détail les enseignements que Jésus donnait mais elle osa croire en lui et la libération de sa fille fut son cadeau. Elle fit preuve d’une grande humilité face à Jésus : quelques miettes pour sa fille suffisaient. Nous savons que, dans la vie spirituelle, l’humilité est la belle porte qui permet à la grâce de rejoindre une âme en attente. C’est ainsi que, « quand elle rentra chez elle, le démon était parti et elle trouva sa fille étendue sur le lit » dit le texte. 

Mais était-ce vraiment un démon ? Dans la culture occidentale, nous pensons difficilement au démon quand nous voyons un enfant malade et saisi de mouvements désordonnés. Le démon peut-il se saisir d’un enfant ? Rappelons que le démon et ses sbires existent et cherchent à détruire le projet divin de salut. Pour ceux qui sont dans la lumière divine, qui s’appuient sur les sacrements et la Parole, il n’y a pas de peur à avoir, juste avoir conscience que le démon « votre adversaire », écrit l’apôtre Pierre, « le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherche qui dévorer » (1P 5,8). Il est à l’affût, car il désire s’attaquer aux enfants de Dieu mais il n’est pas dangereux pour ceux qui gardent leur cœur et leur intelligence fermés à son influence. Ceux qui oseraient le défier en entrant en relation avec lui paient souvent un prix fort, leur âme étant troublée, leur volonté détournée du bien et orientée vers les vices que l’esprit du monde leur sert sur un plat alléchant. Malheureusement, il existe des parents qui vouent leur enfant au diable, allant jusqu’à lui donner le prénom d’une divinité inconnue, comme un mantra, sans en saisir les conséquences. Toutes les pratiques qui invoquent les esprits, qui cherchent à entrer en contact avec les morts ou à connaître l’avenir par des moyens occultes, font appel à des entités spirituelles que nous ne maîtrisons pas et qui offrent autant d’occasions de les laisser entrer dans nos vies. Si la quête d’un bienfait est souvent invoquée, nous savons que cela tournera au désastre : le démon n’a pas d’ami. Le spiritisme par exemple peut lier bien des gens qui vivent alors dans l’intranquillité de l’âme, cherchant à repousser les fantômes qui les hantent. 

Jésus montre son pouvoir sur ce monde angélique diabolique. Comme ce fut le cas lors des quarante jours qu’il passa dans le désert quand le diable cherchait à le tenter, par sa fidélité à Dieu, il demeure ferme dans la vérité, ne consent à aucune compromission et est rendu capable d’agir pour libérer ces êtres tant éprouvés, comme le gérasénien qui était dans un cimetière dont saint Marc parlait au chapitre cinq ou encore comme cette fillette maintenant libérée. Le projet de Dieu est un projet de libération, en vue d’une vie dans la lumière dès maintenant sur cette Terre, et bientôt dans l’éternité bienheureuse. Le démon ne peut pas empêcher les enfants de Dieu qui désirent d’un grand désir être fidèles au Seigneur, qui vivent dans la puissance du Saint Esprit et qui mettent en pratique la Parole de Dieu : ils entreront dans la Gloire du Ciel. Quelle joie monte en nos cœurs en pensant à ce futur si proche !

Prions maintenant les uns pour les autres, afin que les chrétiens témoignent ouvertement de l’amour que Dieu nous infuse par son Esprit. Prions pour la paix et l’unité entre les peuples, si souvent menacés par ceux qui ont le pouvoir politique et économique. 

Notre Père.

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