Notre itinérance vers Noël avance et ce dimanche, le troisième de l’Avent, est nommé dimanche de Gaudete, c’est-à-dire un dimanche pour célébrer la joie. La couleur liturgique est le rose afin de signifier la particularité de cette joie. L’Avent est une période liturgique précieuse, elle nous prépare à la venue du Rédempteur. Qui est-il ? Après avoir parlé par les prophètes, Dieu choisit d’envoyer son Logos divin, c’est-à-dire son Verbe par qui la création existe. Il sollicita la Vierge Marie, une jeune femme sainte et humble. Marie s’en remit totalement à la volonté divine, acquiesçant aux paroles de l’ange Gabriel par ces mots « qu’il me soit fait selon ta parole, je suis la servante du Seigneur ». Au terme de l’attente de l’enfant, Marie mit au monde un fils à qui Joseph devenu son époux donna le nom de Jésus, prénom qui signifie dans la langue araméenne « Dieu sauve ». C’est le mystère de l’incarnation, la venue dans l’humanité charnelle du Fils de Dieu. Aujourd’hui, il m’arrive de demander à des enfants s’il est possible qu’une jeune femme donne naissance à un enfant sans qu’elle ait eu un rapport physique avec un homme. Naturellement, c’est impossible, me répondent-ils. Mais Dieu est le maître de la Vie et Il la communique comme Il l’entend, soit selon l’ordre naturel qu’Il a créé, soit de manière surnaturelle si telle est sa volonté, ce qui fut le cas pour Marie. Nul d’entre nous ne peut limiter Dieu dans ses œuvres, tout en considérant que Dieu respecte l’ordre créé et donc la génération naturelle des espèces comme l’espèce humaine. Pourtant, Dieu peut s’affranchir de cet ordre créé par un miracle en vue d’une cause qui lui soit supérieure. Ainsi fit-il pour sauver de la mort ceux et celles qui partaient loin de lui à cause de la puissance du péché et de la mort qui s’en suivait.
La fête de Noël rappelle cette grâce merveilleuse que nous annonçons afin que toute personne sache que sa vie, aussi tragique puisse-t-elle être parfois, est sauvée par une pure grâce divine à laquelle Dieu l’invite à répondre librement par son accueil et sa conversion. Devant la crèche, nous contemplons le mystère de la naissance de cet enfant né dans la pauvreté à Bethléem, et nous méditons sur le projet du Salut qui commence à cet instant pour tous les hommes. Ce second aspect est bien grand et digne de nos louanges. Dieu aime tous les hommes et désire tous les sauver : il nous appelle à la conversion par ses envoyés.
Ce Salut en Jésus-Christ est le message d’espérance que le grand Jubilé romain célèbre et annonce à tous les pèlerins en cette année 2025. Ce jubilé de l’espérance se conclura à Rome le 6 janvier 2026. Des pèlerinages thématiques à Rome sont proposés : jubilé des jeunes, des enseignants, des prêtres ou encore des diacres, etc. Or ce dimanche 14 décembre, l’Église célèbre le jubilé de l’espérance pour les prisonniers, ces hommes et ces femmes qui vivent enfermés. À Châteaudun, l’équipe de l’aumônerie a préparé une messe jubilaire, au cours de laquelle plusieurs hommes feront leur entrée en catéchuménat. Nous célébrerons la messe dans une salle de sport. Un local y est réservé pour entreposer les objets du culte comme l’autel et l’ambon, les vases sacrés et les livres liturgiques, et aussi un grand décor coloré qui représente le Christ en croix peint par Gauguin avec des femmes bretonnes assises à ses pieds. Une soixantaine d’hommes sont attendus, et seront entourés par une équipe de bénévoles, habilités par l’administration pénitentiaire. Les bâtiments ont une quinzaine d’années, il y a partout des grilles, des sas, des murs aux couleurs blafardes, des verrous. Les prisonniers y sont parfois pour de nombreuses années. Certes, si les délits ou les crimes commis ont été jugés graves, ces hommes sont des êtres humains qui tentent de vivre face aux conditions carcérales. Beaucoup d’entre eux n’ont personne, ni amis ni famille. Certains, quand ils sortiront, seront seuls, personne ne sera là pour les accueillir. L’aumônerie fait une œuvre magnifique. Certes beaucoup de prisonniers ne la sollicitent pas, mais pour d’autres, elle offre une présence et une écoute. Si certains d’entre vous qui me lisez se sentent appelés à rejoindre l’équipe, qu’ils m’envoient un message.
Notre lecture du chapitre 4 de l’évangile selon saint Marc continue non pas au bord du lac mais sur l’eau. Jésus cherche à s’éloigner des foules qui l’ont écouté. Marc écrit que « le soir venu, il dit à ses disciples : « Passons sur l’autre rive. » Quittant la foule, ils emmenèrent Jésus, comme il était, dans la barque, et d’autres barques l’accompagnaient » (Mc 4,35-36). Jésus vit souvent en itinérance. Il ne demeure pas au même endroit, nous montrant qu’en réalité la vie d’un disciple est d’être sur la route. N’a-t-il pas dit « le Fils de l’homme n’a pas de pierre où reposer la tête » ? Sa demande à passer sur l’autre rive est à prendre au sens littéral, mais elle dit aussi la précarité du voyage avec Jésus. Or « survient une violente tempête. Les vagues se jetaient sur la barque, si bien que déjà elle se remplissait. Lui dormait sur le coussin à l’arrière. Les disciples le réveillent et lui disent : « Maître, nous sommes perdus ; cela ne te fait rien ? » Il est probable que ces hommes ne savaient pas nager. Les tempêtes sur ce lac sont violentes, les vents tombent des collines et forment des vagues raides et dangereuses. Jésus dort. Son ministère et toutes ses attentions aux personnes ont raison de son énergie. Avait-il seulement pris le temps d’un repas ou d’un repos ?
« Réveillé, il menaça le vent et dit à la mer : « Silence, tais-toi ! » Le vent tomba, et il se fit un grand calme. Jésus leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs ? N’avez-vous pas encore la foi ? » Saisis d’une grande crainte, ils se disaient entre eux : « Qui est-il donc, celui-ci, pour que même le vent et la mer lui obéissent ? » (Mc 4, 39-41). La mer aussi puissante et indomptable soit-elle lui est soumise. De manière miraculeuse, sa parole lui impose d’obéir et de se calmer. Jésus demeure maître des éléments du monde. Pourtant, comme on le verra au long de l’évangile, il n’use pas de son pouvoir pour agir miraculeusement. Durant sa vie publique, il cherche à rejoindre le cœur des hommes et à susciter une authentique conversion intérieure. La vraie conversion produit la communion des hommes avec Dieu et entre eux et c’est pour cela que Jésus baptise dans l’Esprit Saint et le feu. L’Esprit est la communion et le feu est la charité.
Qu’en est-il pour nous ? Face aux difficultés, voire aux périls, aurons-nous la foi pour faire pleinement confiance au Saint Esprit que nous ne voyons pas ? Pourrons-nous nous fier à la parole de Jésus rapportée par ses apôtres « c’est moi, n’ayez pas peur ! » (Jn 6,20)? Le sens de notre vie est d’aimer et la grâce divine nous est nécessaire, cela importe plus que de modifier le cours naturel des choses.
Ce récit nous rappelle peut-être des épisodes que nous avons vécus, quand les événements transforment le quotidien en un espace de combat, où nous sommes désemparés. Cela est comparable à la situation des apôtres, isolés sur leur barque, au milieu des vagues agressives, avec la forte impression que, bien que croyants, le Seigneur n’est pas là, ou bien qu’il dort et ignore notre drame. Un temps, nous crions, nous nous lamentons, souvent nous oublions d’oser cet acte d’abandon et de confiance, nous arrêtons de louer Dieu afin d’être bénis, nous irions presque jusqu’à rejeter Dieu puisque tout semble dire qu’il ne veut pas agir pour nous sauver. L’Église vit de temps à autres ces traversées mouvementées, parfois très douloureuses, comme la crise des abus sexuels révélés ces dernières années. Le récit de la tempête apaisée invite à poser un acte de foi en la présence aimante de Jésus, à persévérer dans la louange pour l’amour dont il nous aime. Jésus n’est pas loin, il espère notre confiance. Vivons notre quotidien ponctué de simples actes de foi en reprenant la phrase peinte en bas du tableau représentant Jésus par sainte Faustine « Jésus, j’ai confiance en toi ». Peu à peu, nous croîtrons dans cette sainte attitude spirituelle et les épreuves seront affrontées paisiblement jusqu’au calme retrouvé grâce à Dieu.
Je vous invite maintenant à prier pour ceux dont la vie est très ballottée par les difficultés. Osons un acte de foi courageux en priant le Seigneur d’agir dans leur vie. Conservons la foi joyeuse de ce dimanche de Gaudete, le dimanche de la joie exprimée par le rose liturgique.
Notre Père.


