#372 « La transfiguration de Jésus, un instant suspendu entre Ciel et Terre ! »

En ce chapitre 9 de l’évangile selon saint Marc, nous sommes à une étape charnière de la vie publique de Jésus qui s’est déroulée jusqu’à présent en Galilée et dans les régions grecques de la Décapole. Jésus enseignait, guérissait, manifestait sa compassion pour les foules en les nourrissant et en les accueillant. Jésus sait que ce qu’il peut dire et faire ne sera pas toujours compris. Il se rend compte que les autorités religieuses ne veulent ni voir ni entendre son message de salut. En effet, elles sont tellement attachées à leurs règles, leurs lois et leurs traditions qu’elles ne peuvent reconnaître en Jésus le messie attendu. Jésus va faire face de plus en plus à leur agressivité. On voit sourdre un complot qu’il annonce lui-même en disant que « le Fils de l’homme devra souffrir, être condamné, être pendu au bois du supplice et qu’il ressuscitera le troisième jour ». Jésus connaît ses apôtres, il les voit vivre à ses côtés, il entend leur plainte et il perçoit leur incompréhension. Aussi désire-t-il que ses apôtres les plus proches, Pierre, Jacques et Jean, ceux qu’il appela au bord du lac alors qu’ils pêchaient du poisson, viennent avec lui sur une montagne où ils seront témoins de sa transfiguration.

Qu’est-ce que cette transfiguration ? Le mot grec utilisé ici est traduit aussi par métamorphose. L’étymologie est intéressante et permet de mieux comprendre : figure et trans, c’est-à-dire « à travers ». Le corps de Jésus est traversé par une lumière fulgurante, irréelle, qui ne le brûle pas, signe d’une gloire céleste. « Ses vêtements devinrent resplendissants, d’une blancheur telle que personne sur terre ne peut obtenir une blancheur pareille » (Mc 9,13). Aussitôt deux personnages apparaissent. Que voient les apôtres et comment les voient-ils ? Dans la lumière, ils reconnaissent Moïse et Élie qui « s’entretiennent avec Jésus ». Dans l’évangile de Marc, nous n’avons pas connaissance de ce que Jésus et ces deux figures majeures de l’Ancien Testament se dirent. Parlaient-ils de Dieu le Père, de la joie du Ciel, de la Passion du Christ qui approchait inexorablement ? La transfiguration atteste qu’un Ciel existe, que, pour ceux qui croient, il est proche, et que les êtres chers qui sont morts sont en réalité vivants en Dieu puisque certains sont envoyés comme ambassadeurs de Dieu auprès des vivants. Élie et Moïse représentent le passé d’Israël : Élie fut le grand prophète parlant au nom de Dieu et Moïse le guide qui sortit son peuple de l’esclavage de l’Égypte et lui transmit la loi divine pour réguler le culte et la vie de tous selon la volonté de Dieu.

Curieusement Pierre, dont le récit ne cache ni la frayeur ni l’incompréhension devant la vision, propose d’installer trois tentes, une pour Jésus, une pour Élie et une pour Moïse. Les apôtres avaient-ils emporté des toiles servant d’abri pour les nuitées froides du désert ? Pierre n’a pas le temps de mettre son projet à exécution : une voix se fait entendre. Elle vient de la nuée, c’est-à-dire du lieu où Dieu est présent et se manifeste. Que dit cette voix ? Elle désigne Jésus par ces termes « Celui-ci est mon Fils bien-aimé : écoutez-le ! » (Mc 9,7) Les apôtres vont se souvenir de ces paroles : leur maître est appelé Fils bien-aimé de Dieu, Dieu est son Père et ce Père l’accompagne. Jésus a pu le dire dans le passé, par exemple durant son enfance quand il dit à Marie et Joseph au Temple de Jérusalem « ne saviez-vous pas que je dois être dans la maison de mon Père ? » (Lc 2,49). Puis lors de son baptême dans le Jourdain reçu des mains de Jean le Baptiste, la même voix avait dit à Jésus « Tu es mon Fils bien-aimé ; en toi, je trouve ma joie » (Mc 1,11).

Maintenant la voix s’adresse aux apôtres et leur commande de l’écouter. Dans son enseignement, Jésus dira : « Si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole ; mon Père l’aimera, nous viendrons vers lui et, chez lui, nous nous ferons une demeure. Celui qui ne m’aime pas ne garde pas mes paroles. Or, la parole que vous entendez n’est pas de moi : elle est du Père qui m’a envoyé » (Jn 14,23-24). Pour les chrétiens, pour chacun de nous, il importe donc d’écouter mais aussi de mettre en pratique la parole. Faisons une distinction de langage en précisant que les mots entendre et écouter désignent deux attitudes complémentaires mais différentes. En effet, nous pouvons entendre le message et le trouver intéressant, sans pour autant l’écouter, sans engager notre personne avec notre cœur et notre intelligence pour que ce message éclaire réellement notre vie et nos choix. Écouter en vérité sous-entend d’en avoir le désir et la volonté. La Parole de Dieu que Jésus enseigne n’est pas une parole qui passe mais elle demeure ; ainsi Jésus demeure-t-il en nous. Sa Parole est éclairante et sa mémorisation importe afin qu’elle surgisse au moment opportun pour consoler, encourager, stimuler et guider nos pas. Elle est merveilleuse de tendresse et de force et elle vient au secours de notre faiblesse à condition qu’elle soit devenue familière à notre quotidien. En avons-nous le désir et faisons-nous vraiment l’effort de l’accueillir et de l’écouter ?

Alors tout disparaît à leurs yeux. Jésus est seul comme il sera seul pour vivre sa passion quand ces mêmes apôtres l’auront laissé et même renié. Jésus leur demande une nouvelle fois de garder pour eux ce qu’ils ont contemplé de sa Gloire et la vision des deux êtres apparus. Cela, ils doivent le conserver « avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts » (Mc 9,9). Nous savons que la passion ne sera ni l’occasion d’une telle manifestation glorieuse, ni d’une d’épiphanie extraordinaire mais le spectacle affreux de la violence faite au corps décharné d’un homme innocent jusqu’à sa crucifixion, le pire supplice appliqué aux esclaves et autres criminels. Mais après la résurrection, les apôtres feront mémoire de cet instant où ils furent les témoins privilégiés de la transfiguration, en un lieu que l’on identifie comme le mont Thabor, même si le texte biblique ne le désigne pas.

« Ils descendirent de la montagne », pour retrouver la vie de tout un chacun, pour continuer la pérégrination par les chemins poussiéreux à la rencontre de ceux qui voient en Jésus leur unique secours. Au terme d’une retraite dans une abbaye située à l’écart et parfois en montagne, nous expérimentons ce sentiment nostalgique car il nous faut quitter ce lieu paisible et sacré, nous aimerions prolonger ces instants de solitude qu’il fallut au début du séjour apprivoiser et qui apparaissent ensuite comme un temps béni ouvert à la contemplation et à la méditation. Notre vie humaine implique l’altérité et la vie partagée avec nos frères et sœurs. Il en est de même de notre vie spirituelle : Jésus est Dieu fait homme non pour s’isoler, mais pour vivre parmi ses frères et sœurs. Le temps d’une retraite est précieux. Il permet de se ressourcer afin de porter au monde la nouveauté joyeuse de la foi approfondie. Un jour, nous n’aurons plus à redescendre, nous serons enfin en haut du Carmel, avec Notre-Dame pour nous ouvrir ses bras, nous l’espérons, et nous recevrons la récompense promise aux serviteurs fidèles en amour. Mais ce n’est pas encore l’heure, et la société civile manifeste un besoin de sens, d’espérance, de bienveillance que l’évangile lui offrira lorsque tous les chrétiens seront des témoins du Royaume des Cieux. Trop de personnes ne supportent plus leur vie et choisissent le suicide, qui sera prochainement proposé légalement comme nous le craignons. Notre arme face à cette culture de mort sera de prendre la main de ces personnes et de les conduire auprès de Jésus, notre Seigneur plein d’amour. C’est pour cela que nous redescendons de la montagne pour demeurer proches de nos frères et sœurs.

Concluons par une question : si la transfiguration de Jésus fut un soutien pour les trois apôtres, comment l’Église en notre époque peut être signe pour nos contemporains par une nouvelle transfiguration de la présence de Jésus-Christ ? Quel signe lumineux est-elle pour les chercheurs de Dieu ? Cette lumière ne s’appelle-t-elle pas la sainteté ?

Pour les apôtres continue alors leur marche à la suite de leur maître, bien que vécue dans l’incompréhension à cause des paroles énigmatiques « ressusciter d’entre les morts » (Mc 9,10). Leur itinérance s’oriente vers la montée finale à Jérusalem où se dévoilera la prophétie dramatique de la passion, sacrifice offert en vue de notre salut.

Je vous propose de prier avec fidélité en ces semaines de carême, si précieuses pour être avec Jésus qui avance vers sa Pâque. Il a souvent constaté notre ingratitude comme il l’exprimera à sainte Marguerite-Marie dans une apparition, offrons-lui le murmure de nos lèvres pour le consoler des souffrances de son sacrifice.

Notre Père.

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