#361 « Comment Jésus libère un homme du démon ? »

En ces jours, nous sommes très proches de Bethléem. Joseph et Marie s’y rendent pour obéir aux lois du recensement imposé par l’empereur. Joseph appartient à la lignée du Roi David. Marie porte encore en elle son enfant et la naissance est imminente. Leur voyage fut épuisant, sans abri et précaire. Malgré ses recherches, Joseph n’obtient pas de place dans les auberges, même pas un petit espace dans la salle communale. Aussi emmène-t-il son épouse dans l’abri des bêtes, il lui offre comme lit un matelas de paille, et finalement une mangeoire fera l’affaire pour coucher l’enfant. Le Roi des rois, le Verbe divin fait chair, le Fils du Très-Haut commence sa vie terrestre dans le plus grand dénuement, relégué à la place des plus pauvres. Heureusement, l’amour est là. Des anges chantent pour sa naissance et des bergers venus avec leur troupeau le contemplent.

Les jours qui nous séparent de Noël vont nous permettre de nous préparer spirituellement afin de vivre cette si grande et belle fête de manière authentique, dans l’intimité de nos maisons auprès de la crèche, en priant et en relisant les évangiles de l’enfance. On peut raisonnablement penser que les évangélistes Luc et Matthieu ont connu les détails de la naissance de Jésus par sa mère Marie. En effet, elle a côtoyé les apôtres donc elle a rencontré Matthieu qui se prénommait Lévi, et elle a pu côtoyer quelques années plus tard saint Luc, lui-même disciple des apôtres. 

Préparons-nous donc maintenant aux célébrations de la Nativité de Jésus, en lisant les textes des messes de ces jours-ci, en priant le chapelet, en décorant notre intérieur avec une belle crèche, en étant attentif aux personnes en attente d’accompagnement dans notre famille, notre environnement social ou dans notre paroisse. Le pauvre est peut-être à côté de nous sans que, toujours, nous ne le sachions. La pauvreté est si souvent morale, provoquée par l’isolement, le manque de considération et le sentiment de ne servir à rien. Essayons d’apporter un témoignage de joie en nous faisant le prochain de ceux qui peinent. 

Reprenons maintenant la question posée en entête « Comment Jésus libère un homme du démon ? » Je continue la lecture de l’Évangile selon saint Marc et nous sommes arrivés au commencement du cinquième chapitre. Il y a le long récit d’une histoire troublante. Jésus est arrivé sur la rive orientale du lac de Galilée, c’est le pays des Géraséniens. Il quitte la barque, va à pied parmi des tombes où il rencontre un « homme possédé d’un esprit impur ». Était-il pris de démence ? Le texte dit clairement qu’il est possédé par cet esprit. Le fait est qu’il avait été condamné par les habitants à errer seul, à crier son malheur, et on avait tenté de l’attacher par une chaîne et des fers aux pieds qu’il parvenait à briser, aussi vivait-il à l’écart de toute relation sociale normale. Dans son malheur, il se blesse le corps, il ne parle à personne mais il hurle sa souffrance. Il n’a de refuge que parmi les morts. Ne représente-t-il pas ces millions d’humains qui sont eux-mêmes prisonniers de la pauvreté comme de la maladie psychiatrique ? En France, la science a fait un grand chemin pour soutenir et guérir ces malades, mais dans les pays moins bien dotés, ils errent parfois dans la folie sans but ni avenir. 

Cet homme, « voyant Jésus de loin, accourut, se prosterna devant lui et cria d’une voix forte : « Que me veux-tu, Jésus, fils du Dieu Très-Haut ? Je t’adjure par Dieu, ne me tourmente pas ! » (Mc 5,6-7) Il est peu probable que le pauvre homme connaissait Jésus. C,’est l’esprit en lui qui est informé sur l’identité de Jésus et qui lui résiste puisqu’ayant pris possession de l’homme, il ne veut pas être chassé hors de lui. Cependant Jésus connaît le monde angélique et exhorte l’esprit malin à sortir de l’homme. Il s’avère que l’esprit n’est pas seul mais qu’il s’agit selon le texte d’une légion d’anges, l’armée du prince de ce monde, le démon. Ces derniers demandent à Jésus d’être envoyés dans un troupeau de porcs. Certes les porcs sont impurs et immangeables pour les juifs, cependant ces Géraséniens sont probablement des païens qui élèvent ces animaux pour en manger la chair et en faire commerce. L’épisode devient étonnant puisque les animaux saisis de folie se précipitent dans un même élan vers la mer où tous se noient. On ne comprend pas bien la raison de la mort de ces pauvres bêtes. Cependant on saisit que pour Jésus le salut de l’homme possédé prime sur la valeur marchande des bêtes. Pour Dieu, toute personne est sacrée. Chaque fois que Jésus rencontre une personne désespérée comme un lépreux, ou la femme hémorroïse, voire un homme aveugle ou sourd, il est saisi d’émotion et pour un bref instant, cette personne est la seule qui compte pour lui, il s’en occupe et souvent pose un geste de libération, de pardon et de guérison. Jésus désire libérer tout l’homme, le faire accéder à une vie nouvelle qui ne peut pas être seulement la guérison physique du corps mais bien une libération de l’esprit et de l’âme en vue d’une vie nouvelle dans l’Esprit. La mort des porcs signifie la victoire du Christ sur l’œuvre démoniaque qui s’oppose au plan divin de salut. 

Bien entendu, toute la population du village « pleine de crainte » n’accepte pas le sort du troupeau car c’est son bien matériel, et elle presse Jésus de partir. Le possédé est maintenant « assis, habillé, et revenu à la raison » dit le texte de l’évangile. Mais eux n’ont pas reconnu à travers cet épisode bouleversant le don de Dieu. Aujourd’hui, beaucoup de gens recherchent l’argent et le confort. Ils sont tentés par les offres commerciales du monde et des gains apparemment faciles et prometteurs de richesse, ils veulent quitter la misère grâce à un miracle matériel comme les jeux d’argent et autres lotos. Or Jésus, en tant qu’il est Dieu fait chair, connaît le cœur de l’homme, il connaît ce qui peut détruire le cœur humain. Heureusement, avec l’aide de Jésus, on peut résister à ces tentations du monde et choisir une autre voie en suivant celui qui est le chemin, la vérité et la vie. 

Reste que l’homme libéré par Jésus veut maintenant être son disciple. Voici ce qu’ajoute l’évangéliste Marc comme conclusion à cette guérison : « Comme Jésus remontait dans la barque, le possédé le suppliait de pouvoir être avec lui. Il n’y consentit pas, mais il lui dit : « Rentre à la maison, auprès des tiens, annonce-leur tout ce que le Seigneur a fait pour toi dans sa miséricorde. » Alors l’homme s’en alla, il se mit à proclamer dans la région de la Décapole ce que Jésus avait fait pour lui, et tout le monde était dans l’admiration » (Mc 5,18-20). Jésus repartit aussitôt en barque. Sa seule mission fut donc de chasser les démons et de libérer cet homme. Dorénavant, sur cette rive du lac demeurait un témoin de la miséricorde divine qui allait proclamer la venue du Royaume de Dieu à tous ceux qui accepteraient de l’écouter. 

La rencontre de Jésus transforme celui qui fait ainsi en disciple-missionnaire pour reprendre la belle expression du pape François dont on peut citer fort à propos ici l’encyclique Evangelii Gaudium n°1 « La joie de l’Évangile remplit le cœur et toute la vie de ceux qui rencontrent Jésus. Ceux qui se laissent sauver par lui sont libérés du péché, de la tristesse, du vide intérieur, de l’isolement. Avec Jésus Christ la joie naît et renaît toujours. » N’est-ce pas ce que vit dorénavant cet homme qui se met à la suite de Jésus ? Il se fait son témoin.

Nous posons maintenant la question importante : comment faire cette rencontre du Christ dont parle le pape François ? Nous ne vivons pas à l’époque où Jésus rencontrait les foules au bord du lac de Galilée. Certes, actuellement, beaucoup de croyants disent avoir fait cette rencontre au cours de leur vie. Mais à chacun son histoire, le Saint Esprit agit et passe par des voies très diverses si l’on écoute des témoignages. Ce peut être par la lecture des évangiles et plus largement de la Bible occasionnant une vraie rencontre avec l’Esprit qui inspire les auteurs. Le Christ interpelle aussi par la parole d’un proche, d’un ami croyant, d’un clerc humble, d’un ami aimant le Seigneur. Ce peut être au cours d’une prière silencieuse par une motion intérieure si claire qu’elle bouleverse le projet d’avenir de celui qui l’entend. Ces langages sont délicats, ils ne forcent pas la porte, ils parlent à celui qui sait se taire, ils se vérifient par la paix et la joie de l’âme qui entourent ces expériences spirituelles intimes.  

Prions ensemble pour les personnes qui sont en prise avec les démons. Demandons qu’elles choisissent le Christ comme leur sauveur et leur libérateur. Christ est le chemin, la vérité et la vie. 

Notre Père.

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