#353 « Jésus peut-il te purifier du mal et du péché ? Oui, crois-le ! »

Notre grand pèlerinage jubilaire romain s’achève ce vendredi soir. Quelle expérience d’être partis en diocèse, avec des délégués de toutes les paroisses, des réalités associatives et des mouvements ecclésiaux ! Nous réalisons par les rencontres vécues la belle diversité de notre Église d’Eure & Loir. Nous avons marché en suivant les pas des nombreux saints qui passèrent en ces lieux. Nous avons franchi les portes saintes avec le désir de nous convertir et de nous engager à la suite de Jésus-Christ, portés par la force du Saint-Esprit. Nous revenons enthousiastes, au sens propre du mot, emplis de Dieu, disposés pour l’évangélisation. 

Maintenant reprenons le cours de notre réflexion. Nous avons commencé la lecture de l’Évangile selon l’apôtre Marc. Nous en sommes au chapitre premier après le baptême de Jésus dans le Jourdain, son séjour au désert quarante jours où il fut tenté par Satan et enfin l’appel des quatre premiers disciples, Simon, André, Jacques et Jean au bord du lac de Galilée. 

Marc rassemble les récits des premières rencontres que fait Jésus à Capharnaüm. Ce nom de ville est devenu synonyme de grand désordre. Quel adolescent n’a pas entendu sa mère dire que sa chambre était un vrai capharnaüm ? En réalité, Capharnaüm est une ville située au nord du lac de Galilée. Le paysage des collines est magnifique. Y vivre devait être agréable, les marchands y étaient nombreux et les échoppes des commerçants proposaient nourritures, tissus, poteries, bijoux et parfums, tout ce qui est plaisant de découvrir et d’acheter pour peu que l’on puisse se le permettre. La synagogue dont parle Marc n’est pas celle dont on a retrouvé les ruines et que l’on visite aujourd’hui en y relisant ces passages bibliques. Quand Jésus enseigne, un homme est tourmenté par un esprit impur que saint Luc qualifie de démon, il crie et s’adresse à Jésus avec des propos stupéfiants : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu » (Mc 1,24). Cela est vrai puisque Saint est le nom de Dieu, le nom de Jésus. La sainteté, c’est le contraire de la révolte contre Dieu. Le pauvre homme ne parle pas en son nom propre : si cela avait été le cas, il aurait utilisé la première personne du singulier, un « je ». Le pluriel exprimé ici nous dit que quelque chose d’autre infeste l’homme et s’exprime par une autre voix que la sienne, une voix qui affirme une pluralité, soit des êtres associés pour maltraiter ce pauvre homme. Ces êtres semblent bien connaître Jésus, ils savent d’où il vient, et surtout ils révèlent son identité, le Saint de Dieu. Ces esprits créés bons et purs comme tout ce que Dieu a créé sont devenus impurs par leur désobéissance. Cette impureté contredit leur nature et ne peut que susciter leur malheur. 

Ici pour la première fois, Jésus leur ordonne le silence, il ne veut pas que l’on parle ainsi de lui. La voix des esprits ne sert pas son projet. Jésus entame un long chemin avec ses disciples pour les enseigner, pour guérir les malades, pour libérer ceux qui sont liés par des liens de mort et surtout pour conduire vers le Père éternel ceux et celles qui oseront lui faire confiance, sous la mouvance du Saint Esprit, par leur écoute de la Parole et par leur vie de charité. Pour le moment, Jésus impose ce que nous nommons le secret messianique, il connaît les intentions du cœur de l’homme et il sait que beaucoup ont des attentes politiques et sociales pour lesquelles il ne s’engagera pas. Il vient sauver les hommes de leur péché en vue de la vie éternelle. Or nombreux sont les juifs tels les zélotes qui espèrent un Messie libérateur. Jésus interpella vivement l’esprit impur : « Tais-toi ! Sors de cet homme ». Jésus refuse que cet esprit mauvais soit son porte-parole, car sa parole est trompeuse, comme celle du diable qui le tentait dans le désert en manipulant des versets de la loi juive. L’esprit impur sortit de l’homme selon l’ordre de Jésus et le pauvre homme ne fut plus tourmenté. Cependant, les spectateurs sont sous le choc : l’esprit obéit à Jésus. Saint Marc écrit : « ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : “Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent” » (Mc 1,27). Beaucoup s’interrogeront durant le ministère de Jésus en se demandant s’il n’est pas lui-même sous l’influence d’esprits mauvais pour commander ainsi à ces esprits de quitter des personnes infestées. Il faudra un long chemin pour que les disciples, peu à peu, aient connaissance de sa vraie personne qui est divine et qui domine le monde angélique maléfique. Un jour, Pierre pourra affirmer « Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. Quant à nous, nous croyons, et nous savons que tu es le Saint de Dieu » (Jn 6,68-69). 

Le récit de cette libération introduit le lecteur de l’évangile dans une compréhension plus intime de l’identité de Jésus, certes un homme ayant travaillé comme charpentier à la vue de tous à Nazareth, mais dorénavant un envoyé ayant autorité sur les esprits mauvais et mettant sa puissance au service des petits et des pauvres, malades ou possédés afin de les libérer. 

À ce propos et au sujet de Pierre, nous apprenons que tous se retrouvent dans la maison de Simon et André. Les deux frères vivent à Capharnaüm, non loin du bord du lac où leur bateau de pêche est arrimé, et la belle-mère de Pierre réside avec eux. Or ce jour-là elle est malade et est alitée avec de la fièvre. Leur maison que l’on a retrouvée dans les fouilles archéologiques et que l’on visite aujourd’hui n’est pas grande. Jésus dès son arrivée s’approche de la belle-mère de Pierre, « la saisit par la main et la fait lever. La fièvre la quitta, et elle les servait » dit le récit. La vie lui est redonnée, elle la reçoit de Jésus et sans attendre continue avec zèle ce qu’elle fait chaque jour, elle sert les autres. Ici, on peut noter l’expression faire lever comme une allusion discrète à la résurrection. 

La soirée se passe par l’accueil des personnes malades qui accourent. Marc décrit cette scène : « le soir venu, après le coucher du soleil, on lui amenait tous ceux qui étaient atteints d’un mal ou possédés par des démons. La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies, et il expulsa beaucoup de démons ; il empêchait les démons de parler, parce qu’ils savaient, eux, qui il était » (Mc 1,32-34). À nouveau, Jésus interdit aux démons de parler. 

Comment se fait-il que tant de personnes soient en prise avec des démons ? Ont-ils fait des pactes avec des idoles ? Le démon ne vient infester la personne que lorsque celle-ci s’ouvre à son action et met sa confiance en lui. Aujourd’hui, c’est le cas de nombreuses personnes qui se fient à Satan, qui font des pactes même par amusement sans comprendre qu’ils engagent leur liberté. Le disciple de Jésus sait que sa vie ne doit jamais laisser d’ouverture à celui qui s’oppose au projet de salut que Jésus réalise par son sacrifice. Le diable n’est jamais un ami, il séduit et trompe bien des jeunes, même dans nos campagnes, par des intermédiaires, des hommes et des femmes qui lui sont soumis et qui ouvrent la porte à son influence. Seul Jésus a pouvoir sur ce monde invisible qui manipule et éloigne si souvent les personnes de leur sauveur. En effet, le chemin que le Diable montre semble attirant, alors que la voie de Jésus est étroite : elle est celle de l’humilité et du service. Ne nous laissons pas tromper. Saint Pierre nous met en garde dans sa lettre « Soyez sobres, veillez : votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rôde, cherchant qui dévorer. Résistez-lui avec la force de la foi » (1P 5,8-9).

On comprend la joie des personnes guéries de leurs liens mauvais ou encore de leur maux physiques alors que la médecine de l’époque était si limitée. Cette joie est communicative et devient le signal qui attire les foules. Jésus n’aura pas souvent le temps du repos. En lisant ce récit, nous sommes appelés à entrer dans la joie de ces gens, en louant le Seigneur, en reconnaissance des merveilles qu’il a fait. Le témoignage de Marc dans son évangile est extraordinaire, mais il n’est pas imaginaire : il est attesté par ceux et celles qui ont été les disciples de Jésus et les témoins oculaires de ces œuvres. Marc est d’ailleurs très sobre, il n’ajoute aucun détail fantastique, nous ne sommes pas ici face à un roman d’aventures. Le texte nous invite à poser un acte de foi et à croire que ces faits sont authentiques, Jésus a guéri ces personnes et son enseignement nous est destiné. 

Aussitôt, on note que ce mot « aussitôt » est fréquent sous la plume de saint Marc, Jésus accueille, encourage, guérit beaucoup de gens, on vient de partout, à pied ou en barque pour le voir et lui demander de toucher les malades. Lui aimerait se reposer, il prie seul son Père la nuit, on le recherche alors, on le retrouve, on lui demande de revenir là où il est tant attendu, mais lui préfère continuer son chemin, aller vers d’autres villages où il enseignera et fera du bien. Sur son chemin, un lépreux se précipite à ses pieds en contradiction aux lois qui l’obligent à se tenir à l’écart en criant « impur » à qui risquerait de s’approcher de lui. L’homme connaît Jésus, au moins il a entendu dire ce qu’il peut faire. « Si tu le veux, tu peux me purifier » supplie-t-il. Aussitôt Jésus est saisi de compassion, le touche, le libère et le renvoie au prêtre, le seul habilité à constater la guérison afin de le rétablir dans la vie sociale et le culte. À lui aussi, Jésus impose le silence. Mais cet homme ne peut taire sa joie et cacher sa liberté retrouvée. Marc ajoute comme commentaire « Une fois parti, cet homme se mit à proclamer et à répandre la nouvelle, de sorte que Jésus ne pouvait plus entrer ouvertement dans une ville, mais restait à l’écart, dans des endroits déserts. De partout cependant on venait à lui » (Mc 1,45) On le comprend. Il se fait témoin et porte-parole de sa nouvelle condition. Jésus l’a sauvé en le délivrant de sa lèpre, comment pourrait-il ne pas l’annoncer ?

Sommes-nous prompts à lire la Parole de Dieu, sommes-nous prompts à annoncer les merveilles que Jésus fit de son temps et celles qu’il accomplit aujourd’hui dans notre vie ? Sommes-nous prêts à ne pas être entendus par ceux qui ne veulent pas écouter ? Sommes-nous prêts à accompagner ceux et celles qui désirent mieux connaître Jésus et découvrir sa présence ? Le Royaume des Cieux a besoin ici-bas de hérauts de la foi. Chacun de nous peut répondre à Jésus par un « me voici ! Envoie-moi ! ».  Prions maintenant pour ceux et celles qui n’ont pas fait la rencontre de Jésus.

Notre Père.

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