#338 « N’ayons pas peur dans la tempête, Jésus ne dort pas ! »

C’est le temps des vacances et, si tous nous n’aurons pas la joie de monter sur un voilier ou une barque comme les apôtres, nous pourrions expérimenter intérieurement une tempête qui nous donne le sentiment de couler et de nous noyer. Aussi, je fais choix de vous lire ce récit sobre et riche de la tempête apaisée :

« Comme Jésus montait dans la barque, ses disciples le suivirent. Et voici que la mer devint tellement agitée que la barque était recouverte par les vagues. Mais lui dormait. Les disciples s’approchèrent et le réveillèrent en disant : « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus. » Mais il leur dit : « Pourquoi êtes-vous si craintifs, hommes de peu de foi ? » Alors, Jésus, debout, menaça les vents et la mer, et il se fit un grand calme. Les gens furent saisis d’étonnement et dirent : « Quel est donc celui-ci, pour que même les vents et la mer lui obéissent ? »

Ce récit de la tempête apaisée (Mt 8,23–27) a suscité quelques belles œuvres picturales comme La tempête sur la mer de Galilée de Rembrandt. Ce tableau a malheureusement été volé au musée Isabella Stewart Gardner de Boston en 1990 et a disparu. La fureur de la mer ainsi peinte semble peu probable sur un lac comme celui de Tibériade même si les vents descendent violemment des collines qui l’entourent et peuvent mettre en danger les petites barques de pêche. Rembrandt s’inspire possiblement des bateaux qui voguaient sur la Mer du Nord souvent très violente et dangereuse. Il peint une scène où la terreur des apôtres est amplifiée par un clair-obscur de toute beauté. La lumière divine qui sort du Christ contraste avec l’univers chaotique et sombre d’une mer déchaînée. L’interprétation traditionnelle de ce récit biblique est que la barque représente l’Église qui s’aventure au large à l’invitation de Jésus par ces mots duc in altum soit « vas où l’eau est profonde » comme lors des retrouvailles entre Jésus et les apôtres après la résurrection au bord du lac.

Régulièrement, l’Église est menacée par les persécutions et les fidèles font l’expérience du désarroi. Sur la barque, Jésus dort et cependant il est bien présent. Personnellement dans nos épreuves, nous faisons l’expérience d’un sentiment d’absence de Dieu et nous crions vers Lui comme ces hommes sur la barque : « Seigneur, sauve-nous ! Nous sommes perdus ». Si les persécutions sont souvent le fait d’attaques extérieures, le récit parle de notre vie intérieure bouleversée, comme par une tempête de l’âme, et de notre besoin de crier vers Jésus-Christ afin qu’il nous sorte de ces tourments. Nous avons un tel désir de reposer en paix en sa présence. Nous avons connaissance que la vie d’union à Dieu passe par des temps de consolation et d’autres de désolation. Avec le temps, nous comprenons que la désolation n’est pas une absence de Dieu mais la disparition de ces grâces sensibles auxquelles nous nous accrochons. Et le psalmiste de dire : « Et moi, dans mon trouble, je disais : “Je ne suis plus devant tes yeux. Pourtant, tu écoutais ma prière quand je criais vers toi” ». Certes nous marchons comme à tâtons, et nous devons parfois poser des actes de foi singuliers pour demeurer confiants et en paix. Après la désolation revient la consolation. Notre fidélité à la prière, à la lectio divina des Saintes Écritures et aux sacrements accélère ces retrouvailles rassurantes.

Il faut rappeler que l’épreuve de la tempête peut advenir si nous ne sommes pas vigilants dans notre lutte contre le mal. « Le péché m’a fait perdre mes forces, il me ronge les os » (Ps 30,11). Point besoin du tentateur si nous chutons à la moindre occasion. Et cela nous désespère. Or le Seigneur est présent et nous relève. Avec le psalmiste nous choisissons la confiance envers le Seigneur « Moi, je suis sûr de toi, Seigneur, je dis : “Tu es mon Dieu ! Mes jours sont dans ta main : délivre-moi des mains hostiles qui s’acharnent. Sur ton serviteur, que s’illumine ta face ; sauve-moi par ton amour” » (Ps 30,15-17). La louange est notre force dans ces combats, et souvent nous y trouvons un renouveau de notre joie intérieure et de notre paix. Louer Dieu n’est pas un choix facultatif, car toute l’Écriture ne cesse de reprendre l’invitation transmise par les prophètes comme Isaïe qui encourage à éclater en cris de joie. Certes les modalités pour entrer dans la louange sont diverses et font la richesse de notre pratique religieuse. Pourtant entrer dans la joie des saints et du Ciel appelle de notre part un élan volontaire, un désir de nous décentrer de nos épreuves, de regarder en haut plutôt qu’en bas, de faire confiance à la providence divine plus que de chercher à résoudre nos problèmes par nos pauvres forces humaines. Louer passe pas la bouche, par « des psaumes, des hymnes et des chants inspirés » dit saint Paul (Eph 5,19). Chanter notre prière est une grâce car « chanter, c’est prier deux fois » écrivait saint Augustin. Le chant est comme un baume sur le cœur. La louange est une arme face aux ennemis de la foi, que ce soit le diable et aussi ces hommes qui voudraient exclure toute vie chrétienne de l’espace social. Mais alors que resterait-il comme source d’Espérance ? Au contraire, c’est parce que nous sommes aimés de Dieu que tout devient possible et que notre liberté est authentique car ses racines puisent à la sève de l’amour. « Sous mes pieds le terrain est sûr ; dans l’assemblée je bénirai le Seigneur » (Ps 25,11). Aussi, si ces prochains jours, vous traversez la tempête, osez louer Dieu par des chants joyeux et bénissez-le, car éternel est son amour.

Notre vocation baptismale est la sainteté. Être saint ne veut pas dire souffrir. La voie normale passe par l’écoute de la Parole et par sa mise en pratique. Les saints furent parfois menacés, souvent ils furent incompris tant leur désir de servir et d’aimer le Seigneur fut radical en tout temps. Ce choix créé des incompréhensions auxquelles il est possible de répondre par la joie et l’accueil : c’est ainsi que nous pouvons désarmer la critique de la pratique religieuse catholique. Soyons des baptisés fidèles à notre vocation en ces jours d’été. « Venez et demeurez », ainsi Jésus invite chacun pour reprendre ses mots dits aux disciples de Jean le Baptiste. C’est une invitation quotidienne pour nos vacances. Avez-vous pensé à ce rythme de prière à mettre en place pour y être fidèle ? Serait-ce une priorité pour vous qui me lisez ? Prions les uns pour les autres en portant les intentions que nous nous confions mutuellement notamment par nos messages transmis aux amis sur les applis. N’y a-t-il pas en permanence quelqu’un pour qui prier ? Si cela se fait lors des méditations quotidiennes, particulièrement durant le chapelet, c’est surtout à l’offertoire de la messe que vous pouvez rapporter vers le Seigneur Jésus toutes ces intentions.

Je vous confie à Dieu notre Père. Que la joie de demeurer en Dieu soit au cœur de vos vies. Je souhaite vous redire combien est importante la question des vocations. À Chartres, nous aurons l’an prochain la présence d’une déléguée diocésaine à plein temps pour la mission jeunes. C’est un engagement nécessaire et une priorité. Ce choix est porté par la réussite de plusieurs projets depuis quelques années et par la présence de grands jeunes qui animent nos écoles de prière. C’est merveilleux de voir l’itinéraire que ces jeunes ont fait et leur fraternité qui est par elle-même un témoignage. Si nous conduisons des jeunes et des adolescents sur une voie d’excellence évangélique, ne verrons-nous pas certains d’entre eux répondre à une vocation religieuse ou sacerdotale ? La vie consacrée dans le célibat est une bénédiction car elle est le signe de l’absolu amour de Dieu qui suscite dans l’âme de ces baptisés un bel amour pour Dieu. Pour d’autres, l’Esprit Saint suscitera un appel à fonder une famille chrétienne enracinée dans la foi et désireuse d’être missionnaire. Consacrés dans le célibat, prêtre, religieux, mariés : quelle que soit notre vocation, nous sommes tous appelés à devenir saints. Mais nous avons besoin, un besoin urgent de prêtres et de figures de consacrés qui rendent visible et présent l’absolu de Dieu. Prions et intercédons pour cela !

Notre Père.

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Je confie mon intention de prière

Votre intention sera confiée à la prière des sœurs de Saint-Paul de Chartres.