#322 « Avec nos sentiments et notre volonté, comment aimer Dieu et les autres ? »

Comment ne pas vous partager notre joie qui perdure à la suite de tant de personnes qui sont entrées en carême avec l’Église catholique dans toute la France ? Nous savons que des jeunes ont été encouragés par des amis qui ne cachent pas leur foi en Jésus-Christ, en diffusant l’invitation sur Tik-Tok ou Instagram. Le besoin de sens et de repères, la redécouverte des racines chrétiennes de leur famille poussent ces personnes à frapper à la porte. À Saint Maurice, église du centre-ville de Lille, l’assemblée est passée de quatre cents à mille personnes et une quinzaine ont demandé le baptême après la célébration. Mes amis, il se passe quelque chose de surprenant que nous accueillons avec modestie et humilité mais aussi espérance et prière. Nous verrons si cela perdure, réjouissons-nous et accueillons chacun dans nos églises chaque dimanche.

Si vous êtes catéchumènes, je voudrais vous dire combien votre présence et votre désir de Dieu touchent les baptisés. Les chrétiens sont à vos côtés et ils prient pour vous durant le carême. En principe trois dimanches de suite, vous retrouvez votre communauté pour les scrutins.

Si vous connaissez un catéchumène, soutenez-le et dites-lui que vous priez pour lui ou pour elle. L’accueil par nos communautés paroissiales devrait être total pour ces futurs chrétiens, et je compte sur chacun lors des scrutins. Ces scrutins sont une précieuse occasion de prier avec et pour nos frères et sœurs catéchumènes. Quels sont ces scrutins ? Le verbe « scruter » évoque un regard qui regarde avec attention à l’intérieur d’un objet. Ici, les scrutins sont des prières d’exorcisme qui scrutent la vie d’une personne et soutiennent sa détermination en vue du baptême dans la dernière ligne droite avant la vigile de Pâques. En effet, il est fréquent qu’il faille s’armer de courage et de persévérance pour demeurer en Dieu et ne pas être détourné du but. Lors du rituel, le célébrant prie l’Esprit Saint de venir conforter ce qui est bon dans la personne et ôter le mal qui perdure en elle. C’est une prière de libération dont il ne faut pas minimiser l’importance. Le combat spirituel est une réalité et les démons cherchent à éloigner ceux qui s’approchent de Jésus-Christ. Les trois scrutins sont célébrés les troisième, quatrième et cinquième dimanches du carême.

Ensemble n’oublions pas la demande de Jésus de prier afin de vaincre le mal, cherchons le bien et le beau, adorons Dieu le Très-Haut dans sa Gloire, prions avec les anges et les saints pour notre Église en mouvement. Un prêtre me partageait l’expérience de sa vie et disait : « jamais l’amour de Dieu ne m’a manqué ». Tous nous devrions pouvoir en faire l’expérience. Quelle joie de vivre ainsi notre vie dans la lumière d’un tel amour. « Dieu est amour » (1Jn 4,8), voici ce que nous devons dire sur les toits afin que tous l’entendent.

Le nouveau chrétien apprend à vivre en présence de Dieu, encouragé par ses sentiments envers lui, tout en mettant en œuvre sa volonté et sa raison. J’avais, dans un message précédent, parlé de l’éducation de la conscience des enfants en vue de former leur capacité à discerner les actes bons des actes mauvais, pour engager leur volonté vers le bon choix. Cette mission éducative continue à tous les âges, et particulièrement lors de l’adolescence. Les gens consultent énormément les réseaux sociaux où leur sensibilité est sollicitée par les like que l’on se distribue ou non pour approuver les vidéos visionnées. Dans la vie spirituelle, chacun recherche des marques sensibles d’approbation afin d’obtenir la reconnaissance des autres. Ce ressenti est le premier critère pour alimenter ce besoin de reconnaissance, avant de prendre du recul grâce à la raison.

Les sentiments sont importants, ils éclairent la vie, encouragent la relation aux autres, ils mettent en garde face au danger, ils modèrent les prises de risque, ils font aimer son prochain. Mais les sentiments sont-ils le signe ultime de l’amour ? Le catéchisme de l’Église parle des passions et des sentiments en ces termes : « les sentiments ou passions désignent les émotions ou mouvements de la sensibilité, qui inclinent à agir ou à ne pas agir en vue de ce qui est ressenti ou imaginé comme bon ou comme mauvais » (CEC 1763). Jésus-Christ dit que c’est du cœur de l’homme que peuvent jaillir les pensées perverses (Cf. Mc 7,21), et qu’elles rendent l’homme impur. C’est surtout du cœur bon de l’homme que viennent les sentiments de compassion, de miséricorde et de gratitude quand cet homme cultive l’amour en lui et que Jésus-Christ est accueilli comme source de bien en soi. Le cœur de l’homme est créé pour cet amour. Le catéchisme précise que « la passion la plus fondamentale est l’amour provoqué par l’attrait du bien ». Il affirme aussi que « l’amour cause le désir du bien absent et l’espoir de l’obtenir. Ce mouvement s’achève dans le plaisir et la joie du bien possédé. » Les sentiments créent le lien entre la vie sensible et la vie de l’esprit. Notre esprit, que la raison sollicite, cherche à gérer les mouvements sensibles qui provoquent en nous ces sentiments. Chacun apprend à engager sa volonté pour laisser libre court à ces sentiments ou pour discerner comment agir selon les situations. L’amour ne peut pas être réduit au seul mouvement des sentiments favorables et émotionnants dans nos relations. La volonté est mise en mouvement pour discerner le bien fondé des sentiments et pour aller plus loin dans la relation avec votre conjoint ou votre ami. « Aimer, c’est vouloir du bien à quelqu’un » disait saint Thomas d’Aquin. Si cela est vrai pour les relations interpersonnelles, par exemple dans le choix d’un partenaire de vie, c’est aussi vrai pour notre relation avec Jésus-Christ. Sa vie rapportée par les évangiles et les écrits des saints peut nous émouvoir et susciter des sentiments forts. Ces sentiments aident à aimer Jésus et à le suivre. Pourtant, il est nécessaire au croyant d’utiliser sa raison pour réfléchir aux enjeux de la foi vécue au quotidien et engager sa volonté pour aimer, être fidèle, transformer le don de Dieu en charité envers autrui. Ainsi, lorsque le ressenti de la présence de Dieu s’estompe parfois jusqu’à disparaître, nous ne mettons pas en doute sa présence et son action dans notre vie. Nous nous fions à l’expérience passée qui confirme la permanence de l’agir du Saint-Esprit.

C’est certes un long apprentissage à vivre dans le silence de la prière. Les grâces sensibles sont souvent un cadeau fait par l’Esprit aux commençants dans la foi, nos catéchumènes par exemple. Ensuite, la foi s’approfondit dans la fidélité, signe objectif de notre amour, et parfois dans la sécheresse. Dieu est là mais il se fait discret. Nous apprenons à lui parler, à lui dire notre attachement, à durer en sa présence cachée. Il n’est pas dans le fracas ou le vent, mais dans le souffle d’une brise légère. Il nous faut apprendre à l’écouter.

Nous sommes sensibles et c’est bien normal, il en va de notre humanité. Que faire de nos émotions ? Notre chemin spirituel nous permet de les vivre plus sereinement et de les orienter vers le bien. Le Christ nous propose la sainteté comme chemin de vie. Comment faire ? N’est-ce pas engager notre raison afin d’agir volontairement selon un bon discernement en vue du bien des autres ? En nous, sentiments et volonté se succèdent pour réaliser le bien attendu par Dieu : c’est bien lorsque nous faisons la volonté de Dieu que nous sommes réellement heureux. Toutes les composantes de l’homme, son cœur, son esprit, son corps et son âme prennent part à cette quête du bien, pour vivre dans la lumière et accomplir notre vocation à la sainteté. L’unité de vie nous protège du malin qui profite des failles internes pour déstabiliser nos vies et nous tenter. Dans l’éducation des enfants et des jeunes, la vie des saints et des saintes est très inspirante puisqu’ils ont réussi cette unification en vivant à la suite du Christ. Faire découvrir ces vies magnifiques est une nécessité : chacun sera marqué par un ou des saints qui le marque plus en raison de leur vie concrète et des enseignements qu’ils ont laissés. Par exemple, comment ne pas être admiratif de saint Paul pour son zèle missionnaire et de saint Pierre pour son courage ? De saint Vincent de Paul et sainte Teresa de Calcutta pour leur charité ? Ou encore de sainte Thérèse d’Avila et de sainte Thérèse de l’enfant Jésus pour leur vie contemplative ? Personnellement j’aime saint Philippe Néri pour sa joie. Nous avons tant d’amis au Ciel.

Prions maintenant pour être unis les uns aux autres en ce temps de carême. Gardons notre joie et notre attachement au Christ pour vivre de la Parole personnellement, en couple et en famille, au sein de nos équipes. Comme les premiers chrétiens, nous persévérons dans « l’enseignement des apôtres, dans la communion fraternelle, dans la fraction du pain, et dans les prières » (Act 2,42). Ne sommes-nous pas une Église toujours naissante, vivant au sein d’une société en mouvement, accueillant une nouvelle génération de chrétiens ? Pensons à ces jeunes qui sont touchés par le Christ et qui recherchent des témoins de sa présence. Offrons-leur notre prière et notre accueil.

Notre-Père.

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