#323 « Au cœur du Carême, des fêtes à vivre pleinement ! »

La mi-carême permet de souffler au milieu du parcours exigeant qui prépare nos communautés à célébrer le triduum pascal avec la résurrection de Jésus-Christ comme le point d’orgue de la vigile pascale. Cette brève pause permet de réfléchir à notre approfondissement spirituel, à notre prière quotidienne, à notre attention à autrui, à notre réponse aux demandes d’aide venant de proches ou d’associations qui œuvrent au nom du Christ pour secourir les victimes de tant de drames dans le monde. Chacun choisit librement la réponse qu’il souhaite apporter à ceux qui manquent de tout. Si vous recevez mon message, c’est déjà que vous bénéficiez de l’électricité et d’un accès à Internet, ce qui n’est pas le cas pour tant de pauvres. Certes, d’autres épreuves peuvent affecter profondément notre vie et ôter toute quiétude. C’est pourquoi, il est nécessaire de prier les uns pour les autres. N’hésitez pas à me faire part de vos intentions de prière que je puisse les présenter au Seigneur lors de l’eucharistie que je célèbre chaque jour. Cela concrétisera notre communion au-delà de la simple lecture de ce texte. 

Je souhaite revenir sur saint Joseph que nous fêtions le 19 mars, n’ayant pas encore écrit sur sa vie si particulière. On se rappelle qu’il est promis à Marie, que leurs noces sont déjà scellées entre les deux familles mais qu’ils ne vivent pas encore sous le même toit. Marie reçoit la visite de l’ange Gabriel qui lui révèle l’immense projet de Dieu qui l’a choisie pour être la mère du Messie attendu par son peuple. Il annonce que l’Esprit Saint la couvrira de son ombre et que le Verbe divin viendra en elle pour que l’enfant qui naîtra soit le Fils de Dieu fait chair. Cependant Joseph n’est pas témoin de cette rencontre. Marie part aussitôt soutenir sa vieille cousine Élisabeth, l’ange lui ayant annoncé qu’elle est enceinte. À son retour trois mois plus tard, Joseph se sent dépassé par le Mystère de la venue de cet enfant, il ne peut douter de la loyauté de Marie, mais il préfère s’éloigner, ne se jugeant pas digne de participer à ce projet sacré. C’est alors qu’en dormant il a un songe : la venue d’un ange qui lui demande de prendre chez lui Marie son épouse, puisque l’enfant qu’elle attend vient du Saint Esprit, et qui lui précise qu’il devra lui donner le nom de Jésus ce qui signifie Dieu sauve. Joseph accompagne sa jeune épouse, la soutient jusqu’au recensement exigé par l’empereur ce qui oblige le jeune couple à se rendre à Bethléem puisque lui est de la lignée du roi David. À ce point du récit, on apprend des évangiles que personne ne les reçoit et qu’ils trouvent refuge dans une étable : c’est là que Marie enfante, entourée d’animaux, et qu’elle dispose son nouveau-né dans une mangeoire. La venue des bergers puis des mages bouleverse le jeune couple. Avec eux, Joseph et Marie bénissent le Seigneur pour tant de bienfaits qui contrastent avec la pauvreté du lieu. Puis Joseph doit emmener loin sa famille, en Égypte, pour fuir les massacres des nouveau-nés ordonnés par le roi Hérode, inquiet face à ceux qui pourraient remettre en cause son pouvoir. Plus tard, alors que le monarque est décédé, Joseph apprend d’un ange qu’ils peuvent rentrer à Nazareth. De Joseph, on ne sait que peu de choses. Lorsque Jésus a douze ans, il se rend en pèlerinage à Jérusalem avec Marie et leur jeune fils. Or Jésus n’est pas avec eux dans la caravane de retour. S’en apercevant, Joseph et Marie le recherchent trois jours durant pour le découvrir assis parmi les docteurs en conversation sur les questions de loi et de foi. Marie est bouleversée et reproche à son fils de s’être ainsi absenté, Joseph ne dit rien et accueille les faits comme s’il avait saisi que cela faisait partie du Mystère que porte son enfant. Ensuite, on ne sait plus rien de la vie de saint Joseph. Il accomplit sa mission de père putatif en protégeant Jésus, en lui donnant un foyer où l’amour guide les relations et en lui apprenant son métier de charpentier. 

Ce bref récit ne manifeste pas toute la richesse de la vie de la sainte Famille. Nous pourrions croiser cette histoire avec la vie des anawims, ces pauvres du Seigneur totalement fidèles à la Torah, participant au culte de la synagogue, attentifs aux lois transmises par Moïse. Nous pouvons mesurer la lourde responsabilité que Dieu confère à Joseph, le jeune charpentier de son village, non seulement pour prendre soin de son épouse et de Jésus, mais pour devenir le gardien et le protecteur de celui-ci qui vient sauver de la mort l’humanité toute entière. Si on admire la Vierge Marie pour son assentiment parfait à la demande de Dieu, il faut méditer sur l’assentiment quotidien de cet homme que l’on dit juste, c’est-à-dire fidèle à faire la volonté de Dieu, et qui ordonne toute sa vie à l’éducation de l’enfant-Dieu afin que, plus tard, il soit prêt pour sa mission future, dont Joseph ne sera pas le témoin sur terre. On peut écrire sans hésiter que Joseph, tout en partageant la vie quotidienne avec Marie et leur fils, est pleinement consacré en vue du Royaume. La foi de l’Église affirme comme un dogme que Marie demeure vierge après cette naissance, aussi Joseph vit une parfaite chasteté pour être entièrement offert à la volonté divine. Aucune parole de Joseph n’est rapportée dans les quatre évangiles. Pourtant, ne pensons pas qu’il fut muet. Humble, il réservait ses paroles et il bénissait Dieu avec les psaumes et les cantiques de son peuple priés lors des réunions sociales et religieuses. Joseph est pour nous le modèle de l’époux, du père, du travailleur, du croyant. Son attachement à Jésus encourage chacun d’entre nous à se mettre à son service et à le suivre en bon disciple. Beaucoup de témoignages rapportent qu’il intercède pour nos besoins, pour nos métiers et nos préoccupations matérielles. N’oublions pas son attachement au plan de salut et l’engagement total de sa vie pour cela. Si les besoins matériels nous importent, notre salut engage l’éternité. Joseph est un maillon incontournable dans cette lignée de sainteté dont nous bénéficions personnellement. 

En évoquant la fête de Joseph, allons jusqu’à la solennité de l’Annonciation qui était célébrée mardi 25 mars. Je rappelais au début du message la venue de l’ange Gabriel dans la modeste maison familiale où Marie vit à Nazareth. Ses parents Anne et Joachim dont nous connaissons l’existence par les traditions anciennes, notamment le proto-évangile selon saint Jacques, l’accompagnent vers sa future vie d’épouse. Quand l’ange vient, il apporte un message divin. Au Mont Horeb, Moïse vit un ange dans un buisson en feu, et le texte dit que Dieu lui-même lui parla afin de lui révéler son nom « je suis qui je suis ». Ici, Dieu envoie son messager du grec angelos, mot traduit par ange, qui est son porte-parole : « Je te salue, comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. » (Lc 1,28) Le terme grec kekaritomené est unique et complexe à traduire. Il signifie que Marie est enveloppée par la grâce, couverte comme par la nuée qui surplombait la tente de la Rencontre dans le désert. La présence de Dieu saisit tout son être pour transmettre en elle cette vie nouvelle dès qu’elle acquiesce en répondant « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Qui sera cet enfant dont elle accepte d’être la mère ? L’ange précise clairement : « Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin ». (Lc 1,31-33) Comment penser que Marie ait compris cela ? Certes, comme de nombreuses femmes à son époque, elle espérait l’avènement du Messie promis. Mais que serait cet enfant « tombé du Ciel » ? Comment concevoir ce que signifie « Fils du Très-Haut » ?

Accueillie sans réserve par Marie, l’annonce de l’ange permet l’incarnation, autre dogme pour l’Église. « Le Verbe s’est fait chair » en elle (Cf. Jn 1). Ce fait est réel et charnel, il est historique et déterminant dans le projet de la rédemption. L’abaissement dans la chair du Verbe divin par qui tout fut créé est pour le Fils de Dieu déjà une kénose, c’est-à-dire un abandon de son rang divin pour participer en toutes choses, à l’exception du péché, à la vie des êtres humains. Plus tard, c’est en devenant l’agneau immolé par un sacrifice parfait que Jésus sauvera le monde de ses péchés, ressuscitant avec lui tout homme qui accueillerait avec repentir la Miséricorde divine en vue de la vie éternelle. L’Incarnation est le premier grand mystère chrétien, il ouvre à l’Espérance de voir la face de Dieu car nous sommes sauvés et destinés à la béatitude. La cathédrale de Chartres est conçue pour exalter ce mystère. Avec Notre-Dame, nous accueillons la venue de Dieu, nous célébrons sa présence, nous nous laissons transformer pour devenir saints en Jésus-Christ. Qui se fait pèlerin perçoit la grandeur du don de Dieu, et choisit de se convertir à l’amour pour en être témoin. 

Au cœur de ce carême qui nous conduit à la fête des rameaux célébrée le 13 avril, prions toujours fidèlement et avec gratitude pour ces dons que Jésus nous fait. Qu’ils suscitent la joie que Marie exprime dans son Magnificat et que notre joie soit le signe de notre fidélité au Seigneur et le témoignage que d’autres gens attendent pour se mettre à la suite de Jésus-Christ. 

Notre-Père

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