Le livre des Actes des Apôtres nous accompagne depuis plusieurs mois. J’espère que mes messages vous aident à le découvrir. C’est un récit vivant, fait de multiples épisodes qui nous font voyager en présence des disciples de Jésus. Au chapitre 23, Paul est mis en accusation par le Conseil suprême des juifs à Jérusalem. Il est aussi menacé par un complot organisé par quarante hommes bien décidés à le tuer : « ils se sont juré, sous peine d’anathème, de ne plus manger ni boire tant qu’ils ne l’auront pas supprimé ». Les romains vont le protéger car il est citoyen romain, et que le commandement de la garde juge que les discussions concernent la loi des juifs mais qu’il n’existe pas de griefs justifiant une condamnation selon le droit romain. Heureusement, il a eu vent du complot et il organise la fuite de Paul nuitamment, protégé par quelques centaines de gardes et de cavaliers. On imagine que personne ne pouvait oser défier une telle force militaire. Paul est conduit à Césarée auprès du gouverneur Félix qui le garde emprisonné en attendant que viennent à lui les accusateurs de Paul et qu’ainsi il puisse rendre la justice. Ce voyage de Jérusalem vers Césarée est le commencement de son itinérance vers Rome puisqu’il en a appelé lui-même au jugement de l’empereur, comme le droit le prévoit.
Pourquoi les persécutions jaillissent-elles si violemment ? À l’époque de Paul, tous les hommes étaient croyants ou spirituels. L’Empire regroupait des populations de cultures très diverses. Chaque culture intégrait des éléments religieux qui rythmaient la vie cultuelle. Si l’on ne pouvait s’opposer aux divinités de l’Empire, le judaïsme bénéficiait toutefois d’un régime d’exception. Le christianisme naissant profita d’abord de cette même tolérance. Mais cette voie nouvelle allait bientôt s’attirer des persécutions régulières, pour une raison précise : ses membres choisissaient un mode de vie différent, refusant par exemple le divorce ou les jeux du cirque, et vivant autrement leurs relations sociales. Ce refus de se conformer suffisait à faire d’eux une cible : le pouvoir impérial les condamnait durement, et le martyre devint chose courante. Jésus ne l’avait-il pas annoncé lui-même : « Si le monde a de la haine contre vous, sachez qu’il en a eu d’abord contre moi » (Jn 15, 18) ?
Aujourd’hui des persécutions continuent en grand nombre contre les chrétiens de toutes dénominations. Si les médias parlent moins du Mali et du Burkina Faso en ces mois d’été – plusieurs de nos frères prêtres en ministère en Eure & Loir viennent de ces deux pays –-, au Nigéria des crimes contre des chrétiens continuent, des enlèvements, des assassinats parfois au cours de la messe, le meurtre de prêtres et de laïcs. Ce pays a le triste record mondial du nombre de meurtres de chrétiens, plus de trois mille par an. Pourquoi le mal s’acharne-t-il ? Pourquoi les hommes ont-ils ce besoin de lutter et faire du mal aux autres, qui pourtant partagent les mêmes espaces de vie ? Si on s’accordait intelligemment en vue du partage des talents, tous ne seraient-ils pas gagnants ?
Si nous sommes extrêmement choqués par ces crimes, la foi s’est répandue dès les premiers siècles par le témoignage des disciples de Jésus. Le courage de l’apôtre Pierre crucifié la tête en bas, la détermination de Paul qui sera décapité à Rome, le sang versé par des très jeunes femmes comme sainte Blandine à Lyon, ou sainte Agnès à Rome, si déterminées pour le Christ, tout ceci a donné un nouveau courage et la volonté de transmettre la foi à tant de futurs fidèles de Jésus. On se redisait ces histoires douloureuses et pourtant fascinantes. « Le sang des martyrs est la semence des chrétiens » (Sanguis martyrum, semen Christianorum) disait le théologien Tertulien au IIe siècle. Durant les trois premiers siècles de notre ère, le christianisme n’est pas une religion reconnue par l’Empire romain, l’Église n’a pas d’armée, pas de police, elle n’exerce pas un pouvoir économique pour forcer la conversion. Mais la foi partagée et le témoignage fervent touchent les néophytes qui viennent demander le baptême.
Revenons à saint Paul que l’on a laissé maintenant entre les mains du gouverneur Félix qui réside à Césarée cette grande ville côtière. Quels étaient les sentiments de Paul en ces moments ? Humainement, on ne peut exclure une forme de crainte. Mais Paul mettait sa confiance en Dieu. Il aspirait au Ciel. N’oublions pas qu’il vient du parti des pharisiens qui, à son époque, croient que chacun ressuscitera.
Plus tard, il écrira dans sa lettre aux Romains « Que dire de plus ? Si Dieu est pour nous, qui sera contre nous ? Il n’a pas épargné son propre Fils, mais il l’a livré pour nous tous : comment pourrait-il, avec lui, ne pas nous donner tout ? » (Rm 8,31-32) Paul a subi déjà tant de malveillances, de menaces, il a pris tant de coups, il fut même lapidé mais il survécut ce qui était rare : la main de Dieu le protégeait. Aussi, il peut ajouter ces versets bien connus :
« Qui pourra nous séparer de l’amour du Christ ? la détresse ? l’angoisse ? la persécution ? la faim ? le dénuement ? le danger ? le glaive ? En effet, il est écrit : C’est pour toi qu’on nous massacre sans arrêt, qu’on nous traite en brebis d’abattoir. Mais, en tout cela nous sommes les grands vainqueurs grâce à celui qui nous a aimés. J’en ai la certitude : ni la mort ni la vie, ni les anges ni les Principautés célestes, ni le présent ni l’avenir, ni les Puissances, ni les hauteurs, ni les abîmes, ni aucune autre créature, rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu qui est dans le Christ Jésus notre Seigneur » (Rm 8,35-39).
C’est l’expérience de Paul, tout au long de ses trois grands voyages missionnaires qui durèrent de nombreuses années.
Paul a l’intuition de sa destinée, et comme le Christ est mort sur la croix, il ne refuse pas la sienne. Il ne choisit pas le martyre, mais cherche à vivre afin de porter la bonne nouvelle à tous. Faire connaître à tous le salut ouvert dorénavant par la mort et la résurrection de Jésus, porté par son expérience de sa rencontre de Jésus à Damas, voici ce qui motive Paul pour supporter les vicissitudes que les hommes inventent pour rendre sa vie difficile. Le désir et la promesse de l’éternité sont plus grands que les peines endurées.
Pour nous qui vivons dans une société certes mal en point mais qui nous offre un confort réel, comment vivons-nous notre relation à Jésus-Christ ? Est-ce que la foi en la résurrection est-elle une source d’espérance non pas théorique parce que lointaine, mais concrète pour aborder le quotidien ? Est-ce une promesse dont nous cultivons la conscience, ou une vague idée que nous repoussons vers un avenir lointain ? Alors que j’écris ces lignes, je me rends aux funérailles d’une amie chère, décédée d’un long cancer, après une agonie entourée de ses proches durant plusieurs semaines, prête à rencontrer celui que son cœur aime et qu’elle s’est préparée à voir par ses prières quotidiennes emplies de foi et d’espérance. Son chemin fervent et humble m’inspire réellement et dans ses quelques derniers instants de lucidité, elle pouvait dire « Jésus est là ! ». Mon propre père, quelques semaines avant son grand départ, ne me disait-il pas « quelqu’un m’attend » ? Il est beau de voir qu’en ces moments ultimes, l’essentiel peut se dire par des mots si simples.
Vous recevez ce message le jour du retour de notre pèlerinage diocésain à Lourdes. Notre hospitalité chartraine, toujours joyeuse et nombreuse, y a accompagné cent quarante personnes malades ou dépendantes. Quelle joie d’être en ce lieu marial pour nous tourner vers Notre-Dame et vivre une authentique fraternité où chaque personne est accueillie telle qu’elle est. Les célébrations, les processions, les messes, les chants et les rencontres ont rythmé un séjour merveilleux. Merci à ceux qui nous ont accueillis et que nous retrouverons avec bonheur le dimanche 27 septembre pour une grand’messe présidée par le pape Léon XIV, à Lourdes bien sûr.
Je vous propose de prier ensemble pour nos pèlerins. Certains retrouveront leur maison de vie ou de soin. Prions aussi pour les soignants qui sont venus les accompagner avec tant d’abnégation et de délicatesse. Qu’eux aussi soient bénis et remerciés.
Notre Père


