#400 « Comment être promoteur d’une vraie fraternité en Jésus-Christ ? »

Nous vivons les ultimes préparatifs de la visite du pape Léon XIV en France. Ces journées s’annoncent sous de bons auspices, :les fidèles seront nombreux à venir, et les tous premiers jours de l’automne devraient nous offrir un beau soleil. Demandons-nous comment un évêque devient pape. Le pape est choisi et élu par les cardinaux pour être l’évêque de Rome ; il succède à saint Pierre, à qui Jésus avait confié les clés du Royaume. En le choisissant, Jésus instituait l’Église dans sa dimension apostolique, c’est-à-dire fondée sur l’autorité des apôtres puis sur celle de leurs successeurs. En effet, soit les premiers apôtres étaient morts martyrs – et il faut nous rappeler que tous furent martyrisés à l’exception de saint Jean –, soit il fallait multiplier leur nombre pour gouverner les nouvelles communautés de disciples qui se constituaient dans le bassin méditerranéen. Pour cela, il était nécessaire de choisir des hommes dignes et aptes à assurer ce ministère. Durant les premiers siècles, les membres des communautés chrétiennes élisaient l’un des leurs pour être évêque. Le siège de Rome était de plus en plus important, au point d’être convoité par certaines familles influentes. L’on supprima alors la nomination par acclamation populaire : le choix fut dorénavant confié au discernement ecclésial. Parmi les évêques, le pape nomme des cardinaux : les cardinaux sont ses collaborateurs les plus proches, et ils sont électeurs s’ils ont moins de 80 ans. C’est donc au sein du « collège cardinalice », le collège des cardinaux, qu’un pape est élu. Le nombre d’électeurs ne devrait pas théoriquement dépasser 120 ; pourtant 133 ont voté pour élire le cardinal Robert Francis Prevost, devenu pape sous le nom de Léon XIV, puisque le pape François avait créé de nombreux nouveaux cardinaux venus de pays lointains où l’Église est vivante dans des sociétés souvent non chrétiennes.

Après avoir lu avec vous le livre des Actes des Apôtres durant plusieurs mois, cette rentrée pastorale est une occasion appropriée pour mettre en pratique ce que dit la Parole de Dieu quant à la vie fraternelle. Nous nous rappelons que les premiers disciples mettaient tout en commun, qu’ils allaient prier ensemble, que personne ne manquait du nécessaire puisqu’on partageait, avec l’aide des diacres, les biens apportés, notamment ceux destinés aux pauvres. La foi en Dieu le Père et en Jésus-Christ le Seigneur se concrétise par l’exercice de la charité. Il est donc approprié d’échanger dans nos conseils paroissiaux sur les besoins de certains dont la vie est précaire. Comment y répondre ? Que faire pour manifester la sollicitude de l’Église devant une situation de souffrance ? Surtout, comment apporter l’essentiel, soit Jésus-Christ, tout en témoignant de son amour avec une grande délicatesse ?

En cette rentrée, des groupes se forment autour d’un partage de la Parole de Dieu. On constate un fort engouement pour la lecture de la Bible. Des personnes parfois non baptisées la lisent. Or une lecture authentique doit se vivre en Église afin de ne pas s’égarer à cause d’une interprétation erronée. Nous avons, depuis toujours, bénéficié de nombreux commentaires : les Pères de l’Église, des théologiens, des docteurs, des mystiques, des saints nous ont livré ce qu’ils comprenaient de l’Écriture sainte. Le Catéchisme de l’Église catholique, qui s’appuie sur tout cet héritage spirituel, est, de ce point de vue, une source inépuisable : il cite les Pères, les théologiens, les saints. Certains parmi vous ont le souhait de se former, ce qui est plus facile lorsque l’on constitue une équipe, notamment pour suivre dans la durée des formations en ligne, souvent appelées des MOOC. Ainsi, il est possible d’échanger et de reformuler ce que l’on comprend et de relier ce contenu à nos vies concrètes. Je vous encourage fortement à vous renseigner, à creuser le contenu de votre foi chrétienne, à ne pas rester au seuil de la maison, car, ainsi que le dit saint Paul, il importe que chacun puisse rendre compte de l’Espérance qui l’habite. Et pour cela, ne faut-il pas être bien formé ?

Une lecture commune peut être mise à profit pour lire ensemble la nouvelle encyclique du pape Léon XIV, intitulée Magnifique Humanité. Il y développe sa pensée sur l’homme à l’ère de l’intelligence artificielle. Le texte commence par une partie consacrée à la doctrine sociale de l’Église, ou comment vivre l’évangile dans les relations de travail, avec justice et respect de la dignité de chaque personne. Ensuite, il propose une image tirée de la Bible dont il détaille la teneur : soit bâtir une nouvelle tour de Babel, soit bâtir la cité où Dieu et l’humanité habitent ensemble. Babel représente la prétention de l’homme à atteindre le ciel, et sa volonté de domination sur la création. La cité de Dieu, thème cher à saint Augustin dont les écrits inspirent souvent notre pape, représente au contraire une humanité réconciliée, en communion de cœur et d’esprit, désireuse de bâtir une société humaine qui valorise le bien commun, c’est-à-dire le bien de tous, sans opposition frontale entre la science – l’intelligence artificielle – et la foi, mais en développant une science et une technologie au service de l’humanité entière. Dans cette direction, qui appelle la bonne volonté de tous, il est possible de croire en la magnifique humanité telle que Dieu l’a créée, et de faire de notre Terre un espace de vie en paix. La Cité de Dieu veut rassembler, alors que le destin de la Tour de Babel est l’esprit de division et de puissance, qui ruine la communion et prépare la guerre.

Pourquoi vouloir demander à l’Église cette mission d’unité pour la société ? L’Église est voulue par Dieu pour évangéliser et annoncer la Bonne Nouvelle du salut en Jésus-Christ. Certains pensent que son rôle est purement cultuel. En réalité, l’enseignement du Seigneur éclaire nos relations, y compris dans la vie économique et politique. Sa doctrine s’appuie sur la loi naturelle, exprimée aussi par les dix commandements. L’incarnation du Verbe divin dans le sein de la Vierge Marie et la naissance de Jésus donnent à comprendre que Dieu est concerné par la vie sociale des humains. Par son Esprit et sa Parole, il souhaite illuminer nos rapports humains pour plus d’amour et de bienveillance, en vue d’une co-construction portée avec bonne volonté et intelligence par tous les acteurs désireux de bâtir la cité de Dieu. L’enseignement donné par l’Église se fonde sur la conviction que la grâce divine ne doit pas se perdre et doit se traduire dans la charité et toutes les formes d’entraide.

Est-ce là la mission de la diaconie diocésaine ? Dans le diocèse de Chartres, et plus généralement dans l’Église catholique, un service est mis en place pour encourager l’unité et la coresponsabilité des fidèles afin de promouvoir cette charité. Il s’agit de la diaconie diocésaine, dont le rôle est surtout de mettre en relation les bonnes volontés et de faire connaître les uns aux autres les acteurs des associations, mouvements et paroisses, en vue d’une entraide dans la mission. Ici encore, la parole de Jésus à son Père, « que tous soient un, Père, comme toi et moi nous sommes un » (Jn 17, 21), motive ce choix exigeant. Pourquoi cette mise en relation est-elle importante ? Parce que les besoins des personnes en situation de précarité sont multiples et difficiles à cerner ; aussi le travail en commun et l’écoute de chacun amènent-ils à un résultat plus éclairé et permettent-ils d’aboutir à une aide réelle.

Je vous propose de prier pour que nos communautés soient toujours plus zélées et fidèles à la demande de Jésus : « Ce que vous aurez fait au plus petit d’entre les miens, c’est à moi que vous l’aurez fait » (Mt 25,40). Prions pour qu’une belle fraternité s’épanouisse et que viennent nombreux vers l’Église les chercheurs de Dieu. Confions encore le voyage du pape Léon en France et demandons pour nous, et pour notre pays des fruits de conversion.

Notre Père.