#395 « Pourquoi la fête de l’Assomption est un trésor à recevoir ? »
Demain est célébrée l’Assomption de Marie. Au cœur de ce mois estival, est fêtée Notre-Dame, la Vierge Marie, mère de Jésus, le Christ et notre Sauveur. Quelle destinée extraordinaire eut cette jeune fille de Palestine ! Née parmi les anawims, « les pauvres du Seigneur », vivant dans l’ombre, travaillant humblement de ses mains pour vivre et acheter de quoi manger chaque jour, Marie avait une vie identique aux autres jeunes filles des villages agricoles alentour. Elle aimait un jeune homme, son fiancé Joseph, qui vivait de son beau métier de charpentier. Il était donc chargé de la construction des maisons qui étaient généralement couvertes d’une terrasse et possédaient deux ou trois petites pièces à vivre en rez-de-chaussée, peu d’ouvertures afin de conserver la fraîcheur l’été et un peu de chaleur l’hiver. Un espace servait à la cuisine faite au bois qui enfumait l’espace. On dormait sur des nattes à même le sol, à moins que l’on ait la chance de posséder un lit en bois et une paillasse, c’est-à-dire un matelas fait d’un sac en tissu et bourré de paille sèche. Si on honorait la loi dans la famille, en respectant scrupuleusement le sabbat, il fallait prévoir à manger pour chaque jour, faire de la couture, entretenir la maison, avoir une activité qui permettait une faible rentrée d’argent, afin de faire des courses, de payer l’impôt du Temple et les taxes imposées par les romains. Certes on était pauvre, mais il y avait de la joie et Marie avait appris les psaumes, les hymnes de son peuple et sûrement des chants joyeux et profanes qui faisaient la part belle à la nature et à la beauté. Marie incarnait cette joie par son sourire et son service à autrui.
Quelle était la destinée de Marie ? Marie fut choisie par Dieu, avant même que ses parents, Anne et Joachim ne l’aient conçue. Dieu donna, par grâce, à l’enfant d’être conçu immaculé, c’est-à-dire sans la tache du péché originel. Marie fut préservée en prévision de la mission extraordinaire que lui annoncera l’ange Gabriel : donner naissance à un fils, Jésus, Fils du Très-Haut, qui sauvera son peuple de la mort, et qui sera le Messie attendu par le peuple élu. Marie fut élevée dans une totale union à Dieu, son cœur se gardait de tout mal, elle vivait chaque jour de manière unique, unie à Dieu Trinité, certes sans pouvoir nommer cette réalité, mais comprenant que l’amour de Dieu était grand et qu’elle devait faire confiance, toujours, à l’Esprit qui l’avait recouverte de sa nuée.
Comment vécut Marie durant la vie cachée de Jésus ? Sa vie de mère et d’épouse était simple. Elle pouvait reprendre quotidiennement les paroles du prophète Siméon rencontré au Temple quand Jésus avait huit jours : « un glaive te transpercera le cœur » (Lc 2,35). Il est vraisemblable qu’elle fut veuve assez jeune : on ne mentionne plus Joseph après l’épisode où Jésus resta trois jours avec les docteurs de la loi dans le Temple. Durant près de vingt ans, elle partagea le quotidien de Jésus devenu à son tour charpentier, elle priait avec lui et pour lui, pour sa mission. Elle attendait patiemment l’heure du Seigneur. Elle ignorait comment sa mission se réaliserait, tant le milieu religieux pharisien était rigoureux et n’admettait pas de nouveauté qui puisse remettre en cause le moindre détail de la loi mosaïque. L’Esprit Saint lui avait donné un enfant alors qu’elle était vierge, il saurait bien conduire la suite. Pourtant le temps passait, et à près de cinquante ans, Marie devenait plus âgée. Aussi, comprit-elle, lors d’un mariage à Cana, qu’elle pouvait intervenir puisque la noce risquait d’être gâtée par le manque de vin. À son invitation, Jésus fit ce miracle de la transformation de l’eau en vin, manifestant sa gloire aux serviteurs éberlués et offrant à tous une merveilleuse joie.
Toute la vie publique de Jésus, Marie l’accompagnait autant que possible, jusqu’aux jours terribles de la Passion. Peu à peu, au service et à l’écoute de son fils, elle passait du statut de mère à celui de disciple. Elle ne fuit pas les douleurs du calvaire, accompagnant son fils pas à pas, jusqu’au Golgotha. Elle comprenait intérieurement que seul l’amour ouvrait un chemin de salut et que la violence était vaine. Elle suivit ce que Jésus demandait : l’adhésion du cœur et la foi en lui et en celui qui l’avait envoyé, son Père éternel. Elle demeura auprès des apôtres qui entraient peu à peu dans la compréhension de ce que serait bientôt leur mission. Elle devenait ainsi la mère des disciples, ce que Jésus lui confirma lorsque sur la Croix, il lui dit en désignant Jean le disciple aimé : « voici ton fils » (Jn 19,26).
Comment sa vie fut-elle transformée après la résurrection de Jésus ? Marie vécut la résurrection dans une joie indescriptible et toute retenue, elle s’effaçait devant celui qui avait dit « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn 14,6). Les quatre évangiles ne disent rien d’elle durant les semaines qui suivent la résurrection. Elle resta proche de Jésus mais discrète jusqu’à son ascension, lorsqu’il disparut dans le ciel. L’annonce d’un monde nouveau et d’un Royaume céleste revenait alors aux apôtres et à tous ces hommes et ces femmes devenus disciples qui partiraient bientôt, parfois au péril de leur vie, sur les chemins de l’Empire romain, pour annoncer cette grande nouvelle. Dans les Actes, il faut attendre la Pentecôte pour que soit à nouveau fait mention de la Vierge Marie : elle vécut avec les disciples ce moment extraordinaire de la descente du Saint Esprit.
Comment vécut Marie après la disparition de son Fils Jésus ? Sa vie continua humblement dans le recueillement et la transmission de l’histoire de son fils Jésus. Deux lieux sont désignés aujourd’hui pour parler des derniers moments de sa vie : Éphèse ou Jérusalem, cités non pas dans la Bible, mais rapportés par des traditions respectables. Ce qui devint un dogme, c’est son assomption, c’est-à-dire son élévation corps et âme à la fin de sa vie terrestre. Ce corps qui avait porté pendant neuf mois le Verbe divin afin que naisse Jésus, ne pouvait être corrompu par la décomposition charnelle. Il avait été l’écrin de celui qui est la vie et qui la communique. Jésus offrit à sa mère d’être préservée du péché originel et d’entrer dans la Gloire éternelle avec un corps glorieux. Ne cherchons pas sa tombe, elle n’en eut point. Elle monta au Ciel, avec comme témoins les apôtres rassemblés autour d’elle.
Maintenant, comment vivrons-nous la fête de l’Assomption ? Cette fête de l’Assomption de Marie nous invite à une grande action de grâce. Marie nous a fait l’immense cadeau du Sauveur, alors que nous étions destinés à la mort à cause du péché. Elle nous a donné des paroles encourageantes dont celle prononcée à Cana : « Tout ce qu’il vous dira, faites-le » (Jn 2,5). Nous l’avons reçue de Jésus crucifié comme notre mère, ce qu’elle est maintenant dans la gloire céleste pour chacun de nous. Elle nous invite à la louange en reprenant son cantique d’action de grâce, le Magnificat, qu’elle offre à sa cousine Élisabeth le jour de la visitation. Marie nous montre que le chemin du Ciel est ouvert aux petits et aux humbles, comme sainte Thérèse de Lisieux sut si bien l’écrire avec sa petite voie de sainteté. Avec Marie, nous ne craignons pas de voir nos limites, nos petitesses, et même notre péché, car elle est un abri, et nous pouvons toujours nous réfugier sous son voile de tendresse. Å ce propos : la relique du voile de Marie est à Chartres : ne serait-ce pas l’occasion d’une journée de pèlerinage ?
Aussi, je vous invite à fêter ce 15 août Notre-Dame avec une grande foi, à prier le chapelet pour méditer les mystères de la vie de Jésus, à participer à un pèlerinage ou à une procession, en mettant votre confiance en elle et en son fils Jésus face aux épreuves et aux défis que l’Église vit. Surtout, soyons prêts à témoigner en cette fête de l’amour de Dieu à tous ceux qui sont souffrants, à dire que cet amour est en priorité pour les petits à naître et les personnes fragiles et âgées.
Prions maintenant Notre-Dame. Que personne n’hésite à passer par ses mains pour demander à Jésus ses grâces si nécessaires, notamment celle d’une authentique conversion afin de répondre à la vocation de tout baptisé à la sainteté. Rue du Bac à Paris, la Vierge Marie montra à sainte Catherine Labouré combien étaient nombreuses les grâces que Jésus désirait offrir par les mains de sa mère. Confions-lui nos diocèses, le besoin de vocations consacrées et sacerdotales, l’unité de notre Église. À Lourdes, tant de pèlerins se retrouvent ces jours-ci, comme notre diocèse de Chartres et sa belle hospitalité entourant une centaine de malades ; nous y porterons vos intentions jusqu’à la grotte de Massabielle, là où Marie fit le don de sa présence à sainte Bernadette.
Je vous salue Marie.