#392 « Face à l’esprit de divination, comment Paul annonce-t-il la Parole du salut ? »
Jésus fit de nombreux miracles, et ses disciples aussi. On a vu saint Pierre faire un miracle à la Belle porte du temple de Jérusalem. Un homme grabataire retrouva l’usage de ses jambes quand Pierre lui eut dit « « De l’argent et de l’or, je n’en ai pas ; mais ce que j’ai, je te le donne : au nom de Jésus Christ le Nazaréen, lève-toi et marche » (Act 3,6). L’homme se leva, suivit les apôtres dans le temple et il louait Dieu sans cesse.
Jusqu’à présent, Paul a-t-il réalisé des miracles ?
Dans les Actes des apôtres, depuis sa conversion et sa formation auprès des apôtres, la mission de Paul est résolument d’enseigner la Parole et de montrer que les promesses reçues par son peuple se sont accomplies en Jésus-Christ. Dans les nombreuses communautés où il réside, il fortifie les nouveaux disciples dans leur attachement à Jésus-Christ.
Quand fait-il des miracles ? C’est à Lystres que nous est rapporté un miracle : Paul guérit un homme infirme de naissance, incapable de marcher depuis toujours. Voici ce que nous dit le texte : « Or, à Lystres, il y avait un homme qui était assis, incapable de se tenir sur ses pieds. Infirme de naissance, il n’avait jamais pu marcher. Cet homme écoutait les paroles de Paul. Celui-ci le fixa du regard et vit qu’il avait la foi pour être sauvé. Alors il lui dit d’une voix forte : “Lève-toi, tiens-toi droit sur tes pieds.” L’homme se dressa d’un bond : il marchait » (Act 14,8-10).
C’est bien l’expression de la compassion de saint Paul qui obéit au commandement de Jésus « guérissez les malades » (Mt 10,8). En d’autres occasions, c’est l’Esprit qui opère avec puissance en passant par la foi de Paul, notamment lorsque le mage Élymas s’oppose à sa prédication devant le proconsul Sergius Paulus : Paul le frappe de cécité temporaire par sa parole (Cf. Act 13,8-11).
Mais voici une autre histoire assez rocambolesque. Elle se déroule dans la ville de Philippes. Une femme clame à qui veut l’entendre en parlant de Paul et de ses compagnons : « Ces hommes sont des serviteurs du Dieu Très-Haut ; ils vous annoncent le chemin du salut » (Act 16,17). Cela dure plusieurs jours. Paul finit par être excédé et il chasse l’esprit de divination de cette servante devineresse, par une parole d’autorité au nom du Christ. (Act 16, 16-18). Que veut dire le terme divination ? Il faut élargir notre recherche à la culture grecque. Le terme grec des Actes parle de pneuma pythôna, littéralement un « esprit de Python ». Aujourd’hui, le python est le nom commun d’un groupe de serpents non venimeux mais bien efficaces à la chasse. Or Python était, dans la mythologie grecque, le serpent (ou le dragon) gardien de l’oracle de Delphes, tué par Apollon, qui devint alors le dieu de la divination oraculaire. Les devins habités par cet esprit étaient, dit-on, capables de prédire l’avenir par leurs oracles ou de révéler des choses cachées. La jeune fille dont il est question ici était considérée comme un medium, un instrument vivant d’un pouvoir oraculaire, elle était exploitée pour l’argent qu’elle rapportait et on dit qu’« elle procurait à ses maîtres un grand profit par ses divinations ». On comprend que le miracle opéré par Paul suscita l’acrimonie des maîtres et de leurs amis.
Il y eut encore la délivrance, miraculeuse, de Paul et Silas qui chantent les louanges du Seigneur alors qu’ils sont enfermés en prison. Alors, « tout à coup, il y eut un violent tremblement de terre, qui secoua les fondations de la prison : à l’instant même, toutes les portes s’ouvrirent, et les liens de tous les détenus se détachèrent » (Cf. Act 16, 25-26). Si c’est bien un miracle, Paul en est le bénéficiaire sans en être le protagoniste. Cet épisode nous apprend que la louange est une prière capable de libérer les cœurs de ceux qui bénissent ainsi le Seigneur. La louange nous décentre afin de contempler Dieu. Paul et Silas, bien qu’injustement emprisonnés, mettaient leur confiance en Dieu qui opère des choses impossibles aux hommes.
C’est ainsi que, dans le chapitre 19 des Actes des apôtres, il est précisé que Paul réalise des miracles « peu ordinaires ». Jésus accomplissait de nombreux miracles. Ici, saint Luc ajoute que, par les actions de Paul, « des esprits mauvais sortaient » (Act 19,12). Ces gestes et ces miracles réalisés par la foi des apôtres convertissent ceux qui en sont les témoins. S’ils sont des païens, ils renoncent aux idoles pour suivre la voie de Jésus-Christ.
Advient alors une histoire étonnante, ces miracles suscitent chez certains une jalousie ou encore une volonté d’imitation. Le texte dit que « certains exorcistes juifs itinérants entreprirent de prononcer le nom du Seigneur Jésus sur ceux qui étaient possédés par les esprits mauvais, en disant : « Je vous exorcise par ce Jésus que Paul proclame. » Les sept fils d’un certain Scéva, un grand prêtre juif, agissaient ainsi » (Act 19,13-14). S’en prenant à un homme possédé, leur prédication est suivie d’une vive réaction de l’esprit mauvais qui s’est installé dans l’homme et il dit à ces juifs : « Jésus, je le connais ; Paul, je sais qui c’est ; mais vous, qui êtes-vous ? » Et, bondissant sur eux, l’homme en qui était l’esprit mauvais les maîtrisa tous avec une telle violence, qu’ils s’enfuirent de la maison, tout nus et couverts de blessures » (Act 19, 15-17). On imagine la crainte et l’émoi que tout ceci cause. On ne peut tirer profit de Dieu, on ne peut penser qu’il se soumet à des mauvais désirs.
Il s’ensuit de nombreuses conversions au Christ. « Beaucoup de ceux qui étaient devenus croyants venaient confesser publiquement les pratiques auxquelles ils s’étaient livrés. Bon nombre de ceux qui avaient pratiqué les sciences occultes rassemblaient leurs livres et les brûlaient devant tout le monde ; on en évalua le prix : cela faisait cinquante mille pièces d’argent. » (Act 19,18-19). La vie chrétienne impose des choix. On ne peut pas véritablement suivre le Christ et vivre de l’Évangile tout en se nourrissant de pratiques ésotériques. Le mal se glisse par les interstices de nos vies composites lorsque nous n’écartons pas clairement ces oracles contemporains qui fleurissent dans les médias : horoscopes, passeurs de feu, rebouteux, sorciers de tout poil, diseuses de bonne aventure. Ceux-là savent ce qu’ils font lorsque, dans leur antre, ils associent la Vierge Marie et le Bouddha, utilisent des masques vaudou, portent amulettes et gris-gris, et distribuent des philtres pour tout besoin. La confusion qui s’en dégage est troublante, puisqu’ils prétendent ne rechercher que le bien des personnes. Gardons-nous bien de la façade de ces offres, qui cachent l’arrière-cour où rôde le diable dont le seul but est de nous détourner de l’unique Sauveur, Jésus-Christ.
Paul comprenait tout à fait ces manigances. « Ainsi, par la force du Seigneur, la Parole était féconde et gagnait en vigueur » (Act 19,20).
Nous pouvons prier ensemble maintenant pour que chacun de nous recherche la voie et la vérité en présence de Jésus. Soyons les porteurs de sa miséricorde pour que brille la lumière de l’Esprit dans nos relations humaines. Gardons dans le cœur et sur nos lèvres la joie et l’espérance.
Notre Père