#391 « Comment des disciples de Jésus participent à l’enseignement du salut ? »

Connaissez-vous la ville d’Éphèse ? Si vous le pouvez, allez en Turquie pour la visiter : cette ville antique est située sur la côte occidentale, face à la Grèce, séparée d’Athènes par la mer Icarienne. Quand l’évangélisation commence, on y adorait la déesse Arthémis dans un temple connu pour être une des sept merveilles du monde, on y fréquentait un théâtre extraordinaire dont l’acoustique permettait aux comédiens d’être parfaitement audibles pour les vingt-quatre mille spectateurs. Parmi les bâtiments de l’époque romaine encore conservés, la bibliothèque rappelle combien la culture était valorisée. Mais l’on visite aussi un lieu de pèlerinage, la « Maison de Marie » : selon une tradition locale, la Vierge Marie accompagnée par l’apôtre Jean, aurait vécu là après l’Ascension de son Fils et y serait morte. Cette tradition, somme toute très touchante lorsque l’on est en ce lieu paisible et vénéré tant par les chrétiens que par les musulmans, est en concurrence avec une autre tradition qui situe la dormition de la Vierge à Jérusalem. 

Après son séjour à Corinthe, c’est à Éphèse que Paul arrive accompagné par un couple, Priscille et Aquilas, il prêche quelque temps à la synagogue comme il en a l’habitude, puis il reprend la mer alors qu’on insiste pour qu’il demeure là. 

Paul est un voyageur infatigable, il retourne à Césarée maritime, une grande ville construite par le roi Hérode, actuellement située en Israël, entre Tel-Aviv et Haïfa. De là il remonte à Jérusalem pour y rencontrer les disciples de Jésus. Puis il repart en Galatie et en Phrygie. Le pays Galate entoure Ankara, l’actuelle capitale turque. Son but est d’affermir les disciples. En effet, comme pour nos catéchumènes et nos néophytes, Paul a bien conscience que la vie sociale éprouve l’attachement à Jésus-Christ et que persévérance et soutien sont nécessaires pour demeurer ferme dans une conduite droite attachée à l’Évangile. Aujourd’hui, si certains néophytes abandonnent la foi reçue à leur baptême, c’est aussi parce que les communautés manquent à l’exigence de les affermir dans la foi. Il y a là une question que nous devons nous poser avec lucidité et qui demande un engagement responsable des chrétiens. 

À ce point du récit, on découvre un personnage nommé Apollos. Celui-ci vient d’arriver à Éphèse. La Phrygie étant la région située juste à l’est d’Éphèse, Priscille et Aquilas viennent à sa rencontre. Qui est Apollos ? Les récits disent qu’il est juif d’Alexandrie. C’est un homme instruit faisant preuve d’une éloquence certaine, très versé dans les Écritures. Il parle avec assurance à la synagogue. Il enseigne avec précision ce qui concerne Jésus, mais il n’a pas reçu le baptême dans l’Esprit. En effet, le seul baptême qu’Apollos connaisse est celui de Jean le Baptiste, soit un baptême donné pour la repentance de son péché. Or le baptême reçu au nom de Jésus plonge le fidèle dans la mort et la résurrection de Jésus. S’il confère le pardon des péchés passés, il transmet la grâce d’une vie nouvelle, promesse de vie éternelle. Nous sommes étonnés de son ignorance, mais ce fait indique que des disciples de Jean circulaient dans l’Empire et enseignaient sa doctrine. 

Pour illustrer ce fait, allons au chapitre 19 des Actes des Apôtres. On rencontre Paul toujours à Éphèse qui parle à quelques disciples, et voici leur conversation :

« Paul leur dit : “Lorsque vous êtes devenus croyants, avez-vous reçu l’Esprit Saint ?” Ils lui répondirent : “Nous n’avons même pas entendu dire qu’il y a un Esprit Saint” Paul reprit : “Quel baptême avez-vous donc reçu ? ” Ils répondirent : “Celui de Jean le Baptiste”. Paul dit alors : “Jean donnait un baptême de conversion : il disait au peuple de croire en celui qui devait venir après lui, c’est-à-dire en Jésus.” Après l’avoir entendu, ils se firent baptiser au nom du Seigneur Jésus ». (Act 19,1-5)

La prédication de Jean reprise par ses propres disciples avait préparé ces personnes à l’annonce du Messie. Paul sut trouver les mots pour les amener à Jésus. 

Quant à Apollos, « Priscille et Aquilas l’entendirent, le prirent à part et lui exposèrent avec plus de précision le Chemin de Dieu » (Act 18,26). Nous avons connaissance que ce chemin est le Christ, comme il l’a dit à saint Thomas : « je suis le chemin, la vérité et la vie, nul ne va vers le Père sans passer par moi » (Jn 14,6). Il est intéressant de voir que c’est un couple, des laïcs disons-nous aujourd’hui, qui enseignent un homme érudit. Si l’enseignement est un charisme donné aux apôtres et donc aux évêques qui leur succèdent, je me réjouis de connaître certains fidèles qui se forment avec soin et zèle, qui deviennent diplômés en théologie, qui maîtrisent les langues de la Bible, et qui enseignent à leur tour. C’est une richesse à développer largement dans notre Église. 

Que devint Apollos ? Saint Luc, rédacteur des Actes des apôtres, ajoute à son sujet « Comme Apollos voulait se rendre en Grèce, les frères l’y encouragèrent, et écrivirent aux disciples de lui faire bon accueil. Quand il fut arrivé, il rendit de grands services à ceux qui étaient devenus croyants par la grâce de Dieu. En effet, avec vigueur il réfutait publiquement les Juifs, en démontrant par les Écritures que le Christ, c’est Jésus » (Act 18,27-28). Apollos fut un des nombreux disciples à se mettre en chemin pour annoncer le message du salut en Jésus-Christ, pour convaincre les juifs qu’il est le Messie attendu par leur peuple, et aux païens qu’ils peuvent se tourner avec le confiance vers le Dieu unique, créateur de l’univers, dont Jésus révèle la Miséricorde et le pardon des péchés. On retrouve encore Apollos dans une lettre de Paul écrite aux Corinthiens car il constate dans leur communauté « des rivalités et des jalousies » entre les disciples. Il leur reproche de s’attacher plus à leur enseignant qu’au véritable maître, Jésus-Christ. Voici ce qu’il écrit : 

« Quand l’un de vous dit : “Moi, j’appartiens à Paul”, et un autre : “Moi, j’appartiens à Apollos”, n’est-ce pas une façon d’agir tout humaine ? Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose ; seul importe celui qui donne la croissance : Dieu » (1Co 3,4-7).

Aujourd’hui, ne sommes-nous pas tentés par cet esprit diviseur, en suivant nos sensibilités, en nous attachant à certains maîtres ? Dans l’histoire de l’Église, des saints, des docteurs sont reconnus pour leur science sacrée. Ils peuvent être des guides précieux. Cependant, savons-nous aller jusqu’à Jésus, instruits de ses enseignements, pour le voir comme « notre Seigneur et notre Dieu » pour reprendre la magnifique exclamation de saint Thomas quand celui-ci le vit ressuscité. Durant ces semaines à venir, lisons les Saintes Écritures, sources d’une merveilleuse sagesse, elles nous apporteront la paix et la joie. 

Nous prions encore pour la paix dans le monde. Prions pour la vie. Prions pour la paix au Moyen-Orient, là où tant de personnes paient un lourd tribut en raison des conflits.

Notre Père