#384 « Comment l’Esprit pousse le disciple à témoigner du salut en Jésus-Christ ? »
Nous souhaitons aborder cette question en nous mettant à l’école de l’apôtre Pierre. L’histoire de la conversion du païen Corneille, suivie de son baptême et de celui des membres de sa famille, marque un tournant dans le livre des Actes des apôtres. Le principal protagoniste est ici l’apôtre Pierre. La tradition interdit à un juif d’entrer dans la maison d’un païen. Les lois juives insistent sur la nécessité de la pureté rituelle en vue du culte rendu à Dieu. Le livre du Lévitique détaille ces lois et dit notamment : « Soyez saints pour moi, car moi, le Seigneur, je suis saint, et je vous ai mis à part d’entre les peuples pour que vous soyez à moi » (Lv 20,26). Cette mise à part est concrète. Plusieurs interdits en découlent : la consommation de nourritures considérées comme impures, le fait de toucher un mort ou encore l’entrée dans la maison d’un non-juif (par crainte de l’influence maléfique des pratiques idolâtriques). Le récit de la conversion de Corneille est si important que le rédacteur, l’évangéliste Luc, consacre un chapitre entier pour raconter l’histoire de sa rencontre avec Pierre, puis il ajoute dix-huit versets concernant l’échange entre Pierre et les juifs qui ne comprennent pas son audace.
Le début du récit décrit l’extase de Pierre alors qu’il s’apprête à prendre son repas. Dieu intervient auprès de lui comme il le fit avec Joseph : lorsque ce dernier était fiancé avec Marie, il lui révéla que l’enfant qu’elle portait était l’œuvre du Saint Esprit et qu’il devait la prendre chez lui comme épouse. Le texte des Actes, qui relate l’extase de Pierre est précis : « Il contemplait le ciel ouvert et un objet qui descendait : on aurait dit une grande toile tenue aux quatre coins, et qui se posait sur la terre. Il y avait dedans tous les quadrupèdes, tous les reptiles de la terre et tous les oiseaux du ciel. Et une voix s’adressa à lui : “Debout, Pierre, offre-les en sacrifice, et mange !” » (Act 10,11-13). Pierre refuse fermement, mais la voix ajoute par trois fois ces mots si importants : « Ce que Dieu a déclaré pur, toi, ne le déclare pas interdit ». La question des aliments impurs va être abordée par les chrétiens assez rapidement puisque les viandes des animaux sacrifiés dans les temples païens étaient consommés par les adeptes de ces cultes. Fallait-il les interdire aux chrétiens car on pouvait voir là une participation à ces mêmes cultes ? Aujourd’hui, aucune nourriture n’est considérée comme impure, selon les mots mêmes de Jésus. Il affirme que ce n’est pas ce qui entre dans le corps de l’homme qui le rend impur mais ce qui en sort : les péchés, toutes formes de paroles notamment les injures et les médisances, puis les actions condamnables.
Simultanément à Césarée, ville côtière, un homme prénommé Corneille, centurion de la cohorte appelée Italique, touché par la grâce divine fait quérir Pierre par ses serviteurs. On disait de lui qu’il était « quelqu’un de grande piété qui craignait Dieu, lui et tous les gens de sa maison ; il faisait de larges aumônes au peuple juif et priait Dieu sans cesse » (Act 10,2). Cet homme a une vision et une voix s’adresse à lui par ces mots : « Tes prières et tes aumônes sont montées devant Dieu pour qu’il se souvienne de toi. Et maintenant, envoie des hommes à Jaffa et fais venir un certain Simon surnommé Pierre : il est logé chez un autre Simon qui travaille le cuir et dont la maison est au bord de la mer » (Act 10,4-6). Alors il envoie ses messagers pour inviter Pierre dont l’intelligence a été préparée lors de son extase, il va suivre ces hommes jusqu’à Césarée et il rencontre Corneille chez lui. Pierre leur dit : « Vous savez qu’un Juif n’est pas autorisé à fréquenter un étranger ni à entrer en contact avec lui. Mais à moi, Dieu a montré qu’il ne fallait déclarer interdit ou impur aucun être humain. C’est pourquoi, quand vous m’avez envoyé chercher, je suis venu sans réticence. » (Act 10,28-29).
Comment résumer cette histoire et les propos de Pierre ? Pierre donne un merveilleux enseignement à Corneille : c’est un résumé de la foi et plus précisément du kérygme qui exprime le salut offert par Jésus. Je ne résiste pas à vous le lire intégralement, car ce passage est un trésor, et il peut être proposé aux personnes qui nous demandent raison de notre foi chrétienne.
« Alors Pierre prit la parole et dit : « En vérité, je le comprends, Dieu est impartial : il accueille, quelle que soit la nation, celui qui le craint et dont les œuvres sont justes. Telle est la parole qu’il a envoyée aux fils d’Israël, en leur annonçant la bonne nouvelle de la paix par Jésus Christ, lui qui est le Seigneur de tous. Vous savez ce qui s’est passé à travers tout le pays des Juifs, depuis les commencements en Galilée, après le baptême proclamé par Jean : Jésus de Nazareth, Dieu lui a donné l’onction d’Esprit Saint et de puissance. Là où il passait, il faisait le bien et guérissait tous ceux qui étaient sous le pouvoir du diable, car Dieu était avec lui. Et nous, nous sommes témoins de tout ce qu’il a fait dans le pays des Juifs et à Jérusalem. Celui qu’ils ont supprimé en le suspendant au bois du supplice, Dieu l’a ressuscité le troisième jour. Il lui a donné de se manifester, non pas à tout le peuple, mais à des témoins que Dieu avait choisis d’avance, à nous qui avons mangé et bu avec lui après sa résurrection d’entre les morts. Dieu nous a chargés d’annoncer au peuple et de témoigner que lui-même l’a établi Juge des vivants et des morts. C’est à Jésus que tous les prophètes rendent ce témoignage : Quiconque croit en lui reçoit par son nom le pardon de ses péchés » (Act 10,35-43).
Nous parlons de la puissance de la Parole qui agit et transforme des vies. C’est le cas dans cet épisode. Pierre déroule ce récit kérygmatique et l’Esprit Saint trouve dans le cœur des auditeurs un espace accueillant à la grâce, suscitant une nouvelle Pentecôte. La famille de Corneille, les hommes et les femmes, vivent une effusion de l’Esprit et demandent à devenir disciples de Jésus. Pierre expliquera cela plus tard aux disciples par ces mots « Au moment où je prenais la parole, l’Esprit Saint descendit sur ceux qui étaient là, comme il était descendu sur nous au commencement » (Act 11,15). Aussitôt Pierre les baptise. Quand il aura à s’en justifier devant les autres apôtres, sa réponse sera limpide : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » (Act 10,48). Il est intéressant de noter que c’est lorsque Pierre parle que l’Esprit descend. Peut-on comprendre que le témoin doit oser parler et annoncer le salut par Jésus-Christ en ayant foi que l’Esprit est simultanément à l’œuvre dans le cœur et l’esprit de l’auditeur ?
Corneille participe à la vie sociale de son époque, en tant qu’officier militaire. Son statut lui assure sûrement une vie confortable. Pourtant son cœur aspire à autre chose, ce qu’il va découvrir par cette rencontre avec son sauveur Jésus. Aujourd’hui, bien des personnes ont une vie aisée et installée. Recherchent-elles la présence de Dieu ? La vie contemporaine distrait facilement de l’essentiel, notre oreille est très sollicitée, nos activités s’enchaînent et l’agenda est plein, aussi la contemplation dans le silence face à la nature ou dans une église ne trouve que peu d’espace. Pourtant notre cœur aspire à un amour plus grand. C’est d’ailleurs ce que me disent certains catéchumènes.
Comment l’Esprit pousse le disciple à témoigner du salut en Jésus-Christ ? Pierre répondit à l’appel de l’Esprit reçu lors de son extase. Il s’est affranchi des règles de pureté pour rencontrer Corneille. Nous pouvons nous interroger sur notre disponibilité à entrer en relation avec des personnes que nous croisons. Le témoignage de Pierre est celui de la joie missionnaire. Ceux qui l’écoutaient « rendirent gloire à Dieu, en disant : « Ainsi donc, même aux nations, Dieu a donné la conversion qui fait entrer dans la vie » (Act 11,18). Notre espérance au cœur d’une société bouleversée par les tensions politiques et guerrières demeure ancrée dans la certitude que le salut est là. À nous de ne pas empêcher l’action de Dieu. À nous d’en être les médiateurs par notre parole et notre témoignage joyeux. La tiédeur ne peut toucher les cœurs, l’Esprit nous veut ardents dans notre témoignage.
Je vous invite à prier pour que la Pentecôte nous renouvelle dans la puissance du Saint Esprit. Allons en mission et demandons à l’Esprit la joie du témoignage.
Notre Père.