#378 « Comment tirer parti du temps pascal ? »
Le temps pascal prolonge la solennité de Pâques qui célèbre la mort et la résurrection de Jésus-Christ. Sa résurrection anticipe notre propre résurrection : comme Jésus est ressuscité nous ressusciterons en vue de la vie éternelle. Le baptême qu’ont vécu cette année 21 300 adultes et grands jeunes lors de la vigile leur promet une destinée céleste à accueillir au quotidien par une vie évangélique faite de confiance en Dieu et de charité envers le prochain. La liturgie est colorée par cette joie jusqu’à la fête de la Pentecôte célébrée le dimanche 7 juin 2026. Pour vivre intensément ce temps pascal, la lecture des Actes des apôtres est précieuse. Les premiers apôtres et leurs compagnons sont convaincus de la résurrection de Jésus. Cette résurrection est la cause première de leur joie, la force de leur fraternité et leur motivation pour un élan missionnaire qui les conduira jusqu’aux confins de l’Empire Romain, au risque de leur vie. Ils ont vu Jésus vivant après sa mort sur la Croix, ils ont parlé et mangé avec lui, rien ne les retient dorénavant. Saint Luc écrit au commencement du livre des Actes des apôtres que le quotidien des premières communautés s’articule autour de la prière, du partage des biens, de la fraction du pain par l’action du Saint Esprit.
Citons trois passages significatifs des Actes : « Tous, d’un même cœur, étaient assidus à la prière, avec des femmes, avec Marie la mère de Jésus, et avec ses frères » (Act 1,14). Puis « Ils étaient assidus à l’enseignement des Apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. Tous les croyants vivaient ensemble, et ils avaient tout en commun ; ils vendaient leurs biens et leurs possessions, et ils en partageaient le produit entre tous en fonction des besoins de chacun. Chaque jour, d’un même cœur, ils fréquentaient assidûment le Temple, ils rompaient le pain dans les maisons, ils prenaient leurs repas avec allégresse et simplicité de cœur ; ils louaient Dieu et avaient la faveur du peuple tout entier » (Act 2,42-47). Enfin au chapitre 4 : « La multitude de ceux qui étaient devenus croyants avait un seul cœur et une seule âme ; et personne ne disait que ses biens lui appartenaient en propre, mais ils avaient tout en commun » (Act 4,32). N’est-il pas magnifique de comprendre comment le Saint Esprit les rassemble dans une même communion de cœur ? Pourtant nous savons qu’ils sont incompris des gens, surtout de leurs frères et sœurs juifs, puisqu’ils continuent dans un premier temps à célébrer le culte juif au Temple et dans les synagogues, tout en reconnaissant Jésus comme le Messie attendu. Ils annoncent le Christ sans encore se détacher de leur religion juive. Ce n’est que plus tard, lorsque les juifs ne voudront pas entendre ce nouveau message, qu’ils iront vers les païens ouverts à la nouveauté de l’évangile et que la séparation s’opérera peu à peu.
Le mot « assidu » qui revient dans ces passages est significatif pour décrire la fidélité due au Seigneur. La vie nouvelle en Christ est simultanément personnelle et communautaire. La prière commune et la fraction du pain sont les fondements de la communion des premiers chrétiens. Ils expérimentent là une joie toute spirituelle. La foi en la résurrection, la vue des miracles advenus tout d’abord par Jésus et dorénavant par les apôtres motive ce choix d’une vie ecclésiale qui passe avant leur vie sociale. Pour ces disciples, les biens matériels deviennent secondaires face aux biens spirituels, et certains les vendent dans le but de partager l’argent obtenu avec les personnes nécessiteuses. Quant à nous, sommes-nous assidus au quotidien ? En vérité, offrons-nous au Seigneur une juste dîme de notre temps pour demeurer en sa présence ?
Il est encore dit qu’ils vivent « tous d’un même cœur ». Ce cœur est le cœur nouveau promis par le prophète Ézéchiel dans un passage merveilleux lu lors de la vigile pascale : « Je vous donnerai un cœur nouveau, je mettrai en vous un esprit nouveau. J’ôterai de votre chair le cœur de pierre, je vous donnerai un cœur de chair » (Ez 36,26). Ce cœur commun est le Cœur de Jésus dans lequel nous sommes plongés pour y recueillir la vie nouvelle qui en déborde. Les gens de ce monde peuvent se retrouver là afin que leur communion s’établisse et tienne face aux douloureuses épreuves de la vie. Dans ce Cœur divin, peuvent être déposées nos souffrances et nos attentes. Il est simultanément un refuge et une source de vie. La vie des communautés primitives ne sera pas simple et le désordre apparaîtra régulièrement lorsque l’esprit de division sera associé à la tentation humaine de l’orgueil. Heureusement, la prière commune et la fraction du pain par laquelle se réalise le mémorial de la sainte Cène soutiennent la communion et renforcent la foi.
Pourtant en y réfléchissant bien, nous sommes convaincus que notre société mondialisée serait heureuse si les hommes se tenaient par la main pour reprendre le rêve de Martin Luther King. La paix entre humains et la quiétude intérieure permettraient une vie fraternelle, un juste partage des richesses, un soutien apporté à ceux qui souffrent. Le Christ dit qu’il est lui-même « doux et humble de cœur » (Mt 11,29). Un romancier célèbre que j’apprécie, Yasmina Khadra, raconte que sa mère disait : « si la violence peut vaincre sans convaincre, la douceur peut convaincre sans vaincre ». Jésus ne cherche pas à gagner les âmes en ayant la victoire, mais il les attire à Lui et désire les convaincre par la douceur que le salut est possible. N’a-t-il pas dit que « tous ceux qui prennent l’épée périront par l’épée » (Mt 26,52) ? La force des armées a pu vaincre des peuples comme les armées arabes ont pris le pouvoir sur l’Afrique du Nord par le sabre. Au contraire, les apôtres partent sans armes, sans argent, avec la seule force de l’Esprit Saint qui disposait leurs auditeurs à croire leurs paroles. Pendant trois siècles, l’Église vivra d’un seul cœur, assidue à la prière, dans la joie de la résurrection et leur communion attirera des catéchumènes nouveaux malgré le risque des persécutions. C’est pour cela qu’au IIIe siècle, Tertullien écrit que le sang des martyrs est la semence des chrétiens.
Au cœur de la vie des premiers chrétiens, il y a encore l’enseignement des apôtres, c’est-à-dire le Magistère de l’Église prodigué par ceux qui ont reçu mission du Christ d’enseigner ex cathedra, aujourd’hui les évêques. N’est-il pas important pour les chrétiens de bien se former, non pas par l’écoute de quelques podcasts de youtubeurs catholiques mais par l’étude de la Bible et des textes du Magistère, surtout les grands textes du Concile Vatican II et des papes récents ? Qui d’entre vous a déjà lu intégralement un texte du dernier Concile ou une encyclique papale ? C’est le crayon à la main qu’il faudrait s’attacher en vue d’une lecture amoureuse et courageuse qui, je vous le promets, ouvre un espace de découvertes merveilleuses afin de vivre une foi éclairée par la raison. Écouter ou lire ce message que je vous adresse ne peut pas suffire.
En guise de conclusion, que dire en ces jours du partage des biens, de la vente des maisons, des aides matérielles apportées à la communauté dans le but que personne ne soit dans le manque ? Chez nos frères protestants, la dîme est due à l’Église et ne pas la verser signifie voler Dieu. Qu’en est-il chez les catholiques ? La dîme commence par le denier de l’Église mais aussi par notre solidarité envers les associations catholiques d’éducation ou de charité, ou simplement par l’aide des personnes nécessiteuses parfois au sein de nos familles. Cette part de Dieu rappelle que nos ressources financières ont une destination universelle en vue du bien commun. Les premiers chrétiens l’avaient compris. Et nous, où en sommes-nous ?
En ces semaines du temps pascal, comment progresser ? Je ne peux que vous conseiller de lire le livre des Actes des Apôtres, puis d’invoquer le Saint Esprit de recevoir un cœur nouveau ouvert aux dons et charismes nécessaires à la vie de l’Église. Prions en ce sens, avec assiduité et persévérance.
Confions-nous à Dieu le Père, avec Jésus dans l’Esprit. Prions encore pour la paix.
Notre Père.