#377 « Que craindre désormais, il est avec nous, le Sauveur de l’univers ! »

Cette semaine nous vivons l’octave pascale, c’est-à-dire les huit jours qui suivent la fête de Pâques. Chaque jour nous célébrons la résurrection de Jésus. C’est pour cette raison que je vous propose de faire un saut dans notre lecture continue de l’évangile selon saint Marc pour découvrir ce récit extraordinaire quand Jésus apparaît vivant aux femmes et aux disciples après sa passion et sa mort. Il avait annoncé à plusieurs reprises qu’il fallait « que le Fils de l’homme souffre beaucoup, qu’il soit rejeté par les anciens, les grands prêtres et les scribes, qu’il soit tué, et que, le troisième jour, il ressuscite » (Lc 9,22). Ses propos avaient laissé ses auditeurs incrédules. 

Ce que Jésus avait annoncé est pourtant vrai ! Moqué, torturé, crucifié, il meurt et est enseveli dans un tombeau, avant le Sabbat. Les juifs comptent comme un jour toute journée même partielle, aussi est-ce le troisième jour que « Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques, et Salomé achetèrent des parfums pour aller embaumer le corps de Jésus. De grand matin, le premier jour de la semaine, elles se rendent au tombeau dès le lever du soleil » (Mc 16,1-2). Laver le corps, l’oindre de parfums et de baumes ne pouvait pas être fait durant le sabbat, elles attendirent donc qu’il soit achevé. Tôt le matin d’une nouvelle semaine, les femmes se pressent d’aller à la tombe. À cette époque parmi les juifs, il n’y avait pas d’embaumement comme en Égypte. Jésus avait été mis au tombeau à la hâte. Son corps avait été enveloppé d’un linge et d’un suaire : il fallait donc achever les rites incomplets en lavant le corps et en utilisant des parfums odoriférants, notamment la myrrhe et l’aloès. Il est fort probable que le suaire fut acheté par Joseph d’Arimathie lui-même, un notable juif, membre du Sanhédrin qui avait permis qu’on utilise un tombeau qu’il avait fait creuser dans le rocher et où aucun corps n’avait été encore déposé. Il est possible que Joseph d’Arimathie offrit aussi le suaire, en lin précieux, comme en témoigne le saint Suaire de Turin. 

Le jour se lève tout juste. Les femmes arrivent au tombeau avec la question angoissante de devoir déplacer la lourde pierre ronde qui obstrue l’entrée : « Qui nous roulera la pierre pour dégager l’entrée du tombeau ? » (Mc 16,3) Saint Marc raconte la suite de l’histoire : « Levant les yeux, elles s’aperçoivent qu’on a roulé la pierre, qui était pourtant très grande. En entrant dans le tombeau, elles virent, assis à droite, un jeune homme vêtu de blanc. Elles furent saisies de frayeur ». Que voient-elles en réalité ? Est-ce que l’ange leur apparaît comme un homme, lumineux et blanc ? Ou comme un être vaporeux sans corps ? Les femmes sont effrayées, peut-être même angoissées par cette apparition qui pouvait réveiller en elles la croyance que voir Dieu causait la mort, comme on le raconte dans les Saintes Écritures. 

Dans les évangiles parallèles, on parle de deux anges. Il est vrai que les récits sont rédigés quelques décennies plus tard, et que la transmission orale dans les communautés chrétiennes dispersées a pu contribuer à des modifications du récit. 

L’ange veut non seulement les rassurer, mais il leur donne des preuves de ce qui s’est effectivement passé. Il leur dit : « Ne soyez pas effrayées ! Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité : il n’est pas ici. Voici l’endroit où on l’avait déposé » (Mc 10,6). Il n’y a donc pas d’erreur quant au tombeau. L’ange leur montre l’endroit où son corps avait été déposé. Il nomme Jésus de Nazareth, levant ainsi tout doute, tant sur la personne de Jésus que sur ce qu’il lui est arrivé afin que les femmes croient en sa parole, et que nous, qui lisons ce récit aujourd’hui, croyons à l’impensable : Jésus était mort et il est ressuscité, il est vivant et il l’est pour l’éternité. Sa résurrection est l’œuvre divine de Dieu le Père qui ne pouvait pas le laisser être englouti dans la mort. 

Où est-il, doivent-elles se demander ? Nous pouvons nous rappeler Marie-Madeleine qui pensait qu’un jardinier l’avait déplacé et emporté ailleurs : « Si c’est toi qui l’as emporté, dis-moi où tu l’as déposé, et moi, j’irai le prendre » (Jn 20,15). Cela eut été une folie, les lois romaines étant strictes quant au respect dû aux morts, toute violation de tombeau était punie de peines graves. « Il vous précède en Galilée. Là vous le verrez, comme il vous l’a dit » leur dit l’ange. De Jérusalem en Galilée, il y a une bonne distance équivalente à plusieurs jours de marche. Comment y est-il parti ? Saint Luc parle de la rencontre entre Jésus et les disciples d’Emmaüs (Lc 24,13-35), un village proche de Jérusalem, et saint Jean décrit la soirée au Cénacle (Jn 20,19-29) où les apôtres enfermés reçoivent la visite de Jésus bien que toutes les portes soient fermées. Plus tard nous retrouvons Jésus en Galilée. Là il apparaît aux apôtres qui pêchent pour avoir quelque nourriture. On comprend que Jésus ressuscité a dorénavant un corps glorieux qui n’est plus obligé par les lois naturelles ce qui lui permet d’apparaître en divers lieux. 

Pour le moment, pour ces femmes, l’émotion est forte. Elles désirent honorer leur maître crucifié et mort, mais soudain elles font face à un mystère insondable, le corps n’est plus là et un ange leur affirme qu’il est vivant. Aussi saint Marc ajoute : « Elles sortirent et s’enfuirent du tombeau, parce qu’elles étaient toutes tremblantes et hors d’elles-mêmes. Elles ne dirent rien à personne, car elles avaient peur » (Mc 16,8). Cette fin du récit de saint Marc s’achève sur ces propos tristes, comme si Marc ne désirait pas exprimer la joie des retrouvailles alors que saint Luc en parle par ces mots « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement » (Lc 24,41). Cette joie est celle que nous vivons en ce temps pascal, c’est cette joie qui saisit nos catéchumènes lors de leur baptême la nuit de Pâques. 

Notre foi chrétienne voit en cet événement pascal le centre de la révélation. Dieu est venu par une femme, la Vierge Marie, d’elle est né Jésus qui vécut notre condition humaine, fut arrêté, condamné, mis à mort, inhumé dans une tombe, et ressuscita le troisième jour comme annoncé par les prophètes. C’est ce mystère qui fonde notre espérance. Il est vivant et nous pouvons nous fier à sa présence aimante et agissante, nous savons qu’il désire notre libération du péché, qu’il veut que nous soyons ses disciples vivant les béatitudes (Cf. Mt 5,1-11), il nous prépare à la gloire du Ciel. Il n’est pas d’autres noms qui nous sauvent que celui de Jésus. 

Que craindre désormais ? Même devant la folie des hommes qui font la guerre, qui prônent la violence, qui n’aiment pas le prochain parce qu’il est différent, nous sommes inspirés par l’Esprit Saint pour transmettre la parole de vie et de communion, pour mettre nos talents au service de la société civile. Nous avons tous reçu des talents et Dieu nous demande de les cultiver pour bâtir un monde meilleur. Ensemble, cela est possible et la fête de Pâques résonne par notre louange comme un appel et une responsabilité. 

Je vous propose de prier dans cet esprit de louange. Dorénavant s’ouvre pour chacun le temps pascal. Invoquons le Saint Esprit tous les jours pour être inspiré et comprendre ses appels pour notre Église particulièrement en Eure & Loir, puisque nous lançons un projet de réflexion et de prière pour discerner sur quels chemins le Saint Esprit désire nous conduire. Certes le nombre de prêtres est en baisse, et notre fonctionnement en sera modifié, mais ne voyons-nous pas ces fleurs pousser dans le champ du Seigneur qu’est l’Église. Tous vos talents et charismes sont le trésor de nos communautés paroissiales, aussi mettons-nous à l’écoute du Seigneur tous ensemble pour que chacun reçoive un appel nouveau au service de la mission. Jésus a conclu sa prédication en envoyant les apôtres avec ces mots : « Allez ! De toutes les nations faites des disciples : baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit, apprenez-leur à observer tout ce que je vous ai commandé. Et moi, je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin du monde » (Mt 28,19-20). Prions pour répondre à son appel. 

Notre Père.