#373 « Croyons-nous à la puissance libératrice de Jésus ? »

Les religions partagent la conviction qu’il existe des êtres invisibles, anges ou démons. L’évangile selon saint Marc évoque plusieurs personnes infestées par des esprits. Pouvons-nous être habités par un tel esprit mauvais ? Dans une société rationnelle et laïque, l’idée que ces esprits soient là peut apparaître absurde. Pourtant dans la Bible, on ne manque pas de récits qui parlent des esprits et des anges. Par la foi, nous croyons que Dieu a créé l’ange pour qu’il glorifie Dieu dans sa création et qu’il soit le messager de la Bonne Nouvelle. Le mot grec aggelos, ange en français, signifie messager. Certains anges apportent aux hommes leur protection comme Raphaël qui accompagne Tobie durant son voyage. D’autres délivrent un message comme Gabriel qui annonce à Marie qu’elle est choisie pour enfanter le Messie. Mais l’Écriture affirme que certains d’entre eux ont rejeté le plan de Dieu qui associe sa création à sa Gloire. Lucifer, l’ange de lumière, s’est détourné définitivement de Dieu. Ces anges déchus, parce qu’ils ont fait le choix, libre, de se séparer de Dieu, s’en prennent aux humains créés par Dieu à son image et à sa ressemblance (Cf. Gn 1,26). L’idée que nous bénéficions de la présence de Dieu leur est insupportable. Nous connaissons leurs armes préférées : le mensonge, la division, le découragement, le rejet de Dieu et de sa miséricorde. 

Peut-on lutter contre ces puissances invisibles et comment ? Saint Paul dit qu’il nous faut être « armé », comme un légionnaire s’équipe pour aller au combat, mais des armes de la foi : le bouclier de la foi, la ceinture de la vérité, le casque du salut, le glaive de l’Esprit qui est la Parole, le zèle pour l’annonce de l’évangile (Eph 6,17). L’expérience spirituelle montre que personne ne doit ouvrir la porte de son âme à ces esprits malveillants, car l’âme est notre sanctuaire sacré et intime où Dieu se communique à nous. De nombreuses propositions sur Internet prétendent donner accès au monde des esprits, dans le but de parler aux morts, de capter des énergies, de connaître l’avenir. Tout ceci est un réel danger, la porte doit demeurer close. Certains sites nous font miroiter des pouvoirs et offrent des réponses à l’aide de témoignages, mais ils cachent les influences diaboliques qui guettent l’homme naïf. Tant de pratiques font appel à des divinités païennes en réalité inconnues. Parfois on leur applique le nom d’un mantra que l’on devrait répéter telle une incantation pour obtenir un bienfait. Mais dans ce cas, qui appelons-nous à notre aide ? Souvent les gens observent dans un premier temps une certaine amélioration, l’esprit malin offrant cette satisfaction tel l’appât lancé par le pêcheur afin de mieux attraper sa proie. On m’a dit plusieurs fois, « après ce fut pire ». Il faut absolument se libérer de ces pratiques clairement condamnées et dangereuses. Dieu le dit avec force « n’interrogez pas les nécromanciens et ne consultez pas les voyants : ils vous rendraient impurs. Je suis le Seigneur votre Dieu » (Lv 19,31) et encore « personne qui scrute les présages, ou pratique astrologie, incantation, enchantement, personne qui use de magie, interroge les spectres et les esprits, ou consulte les morts. Car quiconque fait cela est en abomination pour le Seigneur » (Dt 18,10-12). Nous voici prévenus : nous devons refuser les pratiques occultes afin de garder notre liberté de jugement et notre âme en paix.

Revenons à notre récit évangélique dans l’évangile de Marc. Jésus est confronté à la souffrance d’un jeune garçon dont l’état physique et psychologique suscite une discussion vive entre les apôtres. Voici ce que dit le père de cet enfant : « il est possédé par un esprit qui le rend muet ; cet esprit s’empare de lui n’importe où, il le jette par terre, l’enfant écume, grince des dents et devient tout raide » (Mc 9,17-18). Ce père est désemparé et on le comprend. Quelle souffrance pour lui de voir son fils si malade, souvent en crise. Aujourd’hui, au vue du diagnostic, on parlerait d’épilepsie à cause des convulsions et des chutes. À l’époque de Jésus, l’épilepsie est souvent considérée comme une maladie démoniaque. Ainsi tous évoquent un esprit mauvais. Le père insiste auprès de Jésus et lui parle de l’ampleur du mal qui existe « depuis sa petite enfance ». L’homme affirme que l’esprit « l’a même jeté dans le feu ou dans l’eau pour le faire périr ». Il supplie Jésus : « mais si tu peux quelque chose, viens à notre secours, par compassion envers nous ! » (Mc 9,21-22) Quelle infinie souffrance pour la famille de l’enfant. Pensons à des parents dont l’enfant pleure tout le temps. Comment le calmer et rester paisible en supportant ses cris ? Comment le soulager de sa peine ? La souffrance d’un enfant n’est-elle pas le pire mal pour des parents qui préféraient prendre sur eux sa souffrance ? Une fois de plus, Jésus rencontre la vie réelle de ses contemporains, il ne reste pas sur un piédestal pour parler doctement. Jésus est proche, plein d’amour, sensible aux plus souffrants. 

Voyons maintenant comment Jésus agit devant ce drame. Dans un premier temps, il regrette que ses propres apôtres n’aient pas assez de foi. Le père de l’enfant lui dit : « J’ai demandé à tes disciples d’expulser cet esprit, mais ils n’en ont pas été capables ». On comprend que ceux-ci soient déroutés devant la force du mal et face à ce sentiment intérieur d’incapacité de faire grand-chose. C’est souvent ce que nous pouvons éprouver comme prêtres du Christ devant des personnes troublées. Mais Jésus est excédé par leur manque de foi : « pourquoi dire : “Si tu peux”… ? Tout est possible pour celui qui croit ». Il s’exclame « génération incroyante, combien de temps resterai-je auprès de vous ? Combien de temps devrai-je vous supporter ? Amenez-le-moi. » La foi est ce don reçu au baptême, mais alors pourquoi reste-t-elle en nous si fragile ? Sans doute car nous n’en avons pas assez, et ne l’exerçons pas suffisamment. Interrogeons-nous quand posons-nous des actes de foi dans nos journées ? Osons-nous dire à Dieu devant l’adversité : « Jésus, j’ai confiance en toi, Jésus je crois en toi, je sais que tu vas agir, j’ai toute confiance en ta puissance d’amour ». Osons-nous prier sur un frère ou une sœur malade en imposant les mains et dire « au nom de Jésus, sois guéri ! ». Jésus a envoyé les disciples guérir les malades. Comment accueillir aujourd’hui une telle mission alors que nous constatons notre manque de foi et nos peurs ? 

Dans un second temps, Jésus agit avec puissance : « il menaça l’esprit impur, en lui disant : « Esprit qui rend muet et sourd, je te l’ordonne, sors de cet enfant et n’y rentre plus jamais ! » Et l’enfant est libéré, quelle merveille ! On le pensait mort et il vit. On le pensait perdu et il est retrouvé. Les Pères de l’Église, durant les premiers siècles de la chrétienté, ont commenté cette scène en disant que l’enfant possédé de l’esprit impur est une image de l’humanité blessée par le péché. L’Église est là pour orienter l’homme blessé ou possédé vers Jésus qui seul peut le libérer de son mal. 

Pour cela, Jésus demande une prière intense à tous les baptisés. Devant la gravité du mal qui saisit l’enfant, Jésus affirme : « Cette espèce-là, rien ne peut la faire sortir, sauf la prière » (Mc 9,29). En ce carême, sa demande ne peut rester sans réponse, soyons fidèles et attentifs. 

Nous ne sommes pas seuls devant le mal puisqu’il y a les saints qui nous accompagnent par leur présence agissante. En voyant ce que fut leur vie, nous comprenons la nécessité de la prière. Quel est le propre d’une prière chrétienne ? Elle ne se compare pas avec les méditations d’autres traditions et cultures. Le propre de la prière chrétienne est qu’elle s’adresse au Père par Jésus-Christ unique médiateur, dans l’Esprit Saint. La prière est une relation avec Dieu qui s’est fait proche : « l’Esprit Saint vient au secours de notre faiblesse, car nous ne savons pas prier comme il faut. L’Esprit lui-même intercède pour nous par des gémissements inexprimables » (Rm 8,26). Il infuse en nous confiance et persévérance. La prière du pauvre ou de l’enfant atteint le cœur de Jésus, comme celle de la pauvre veuve à qui le juge fait enfin grâce. C’est pour cela que nous devons redevenir comme des enfants qui ont toute confiance en Dieu le père, en son Fils et en l’Esprit. 

Enfin, voyons encore la délicatesse de Jésus. Marc dit que « Jésus, lui saisissant la main, le releva, et il se mit debout » (Mc 9,27). Il avait relevé la belle-mère de Pierre pourtant malade, il avait demandé que l’on donne à manger à la fillette du chef de synagogue (Cf. Mc 5,41). C’est vraiment touchant de constater la délicatesse de Jésus face à ces personnes pauvres et éprouvées. Il ne demande rien en échange. Il est attentif à leurs simples besoins. C’est ainsi que nous aussi pouvons l’être en ces jours de carême en apportant présence et réconfort autour de nous. Jésus saura nous inspirer ces gestes à la mesure de notre disposition intérieure. Si nous choisissons d’aimer, nous serons guidés pour aimer concrètement. 

Le monde va mal, la guerre frappe l’Iran, les hommes et les femmes de notre époque ont besoin de la force divine d’amour pour espérer et pour bâtir une société fraternelle. Prions avec une grande confiance, supplions le Seigneur par des actes de foi concrets car il est là. 

Notre Père.