#370 « Jésus est-il le « signe » que nous attendons ? »
Peut-on croire sans voir des signes ? C’est la question qui est posée dans l’évangile. Aujourd’hui, des personnes citent saint Thomas : « tant que je ne toucherai pas les plaies des clous et celle de son côté transpercé, je ne croirai pas ! ». En réalité, nous sommes des êtres humains et nous voulons toucher la réalité du Christ ressuscité pour croire. Cependant, quand nous aimons profondément une personne qui nous témoigne d’une expérience merveilleuse, nous avons envie de croire en ce qu’elle dit. C’est parce que nous l’aimons que nous lui faisons confiance. En rencontrant l’amour de Dieu pour nous, nous osons un acte de foi en son fils Jésus.
Les scribes et les pharisiens exigent un signe. Après le formidable miracle de la multiplication des pains, les pharisiens ne cessent d’épier les paroles et les gestes de Jésus, ils viennent discuter avec lui pour le mettre à l’épreuve, précise le texte. Ils ne croient pas en ses œuvres et en ses paroles car ils ne l’aiment pas, ils l’ont déjà jugé et même condamné. Ils n’ont pas le désir d’être nourris spirituellement par lui. Marc dit qu’ils viennent demander un signe qui viendrait du Ciel. Qu’espèrent-ils ? Un objet céleste ou une nouvelle nuée lumineuse, ou encore la manne ou les cailles qui nourrissaient le peuple dans le désert ?
En réalité, ils ne voient pas le signe qui est pourtant devant leurs yeux. Ils sont incapables de le reconnaître, ils ont « des yeux et ne voient pas, des oreilles et n’entendent pas ». Car le signe venu du Ciel n’est-il pas Jésus lui-même, le Verbe divin fait chair et apparu parmi eux ? Qui d’entre eux le reconnaîtra en réalité ? Seulement ceux qui mettent leur confiance en lui, qui répondent à son amour par leur amour. C’est pourquoi Jésus manifeste une grande lassitude devant cette génération obtuse, il soupire et dit « Pourquoi cette génération cherche-t-elle un signe ? Amen, je vous le déclare : aucun signe ne sera donné à cette génération » (Mc 8,12)
Nous apprécions entendre des témoignages de conversion. Certains sont magnifiques, j’en ai été témoin ce matin encore en découvrant l’histoire d’un homme dépendant de la drogue, en grande colère contre Dieu à cause de la mort de son frère, qui entre par défi dans une église. Il y vit une effusion de l’Esprit qui le bouleverse et y fait l’expérience de la guérison de souffrance au dos. Il venait de rencontrer Dieu amour qui ne quittera plus sa vie. Chacun aimerait faire une telle expérience qui semble réservée à certains. Mais pour nous qui connaissons toute l’histoire de la révélation, demandons-nous : est-ce que la Parole de Dieu tirée des évangiles inspirés par le Saint Esprit se présente-t-elle comme le vrai signe par lequel nous croyons en Jésus-Christ ? Pour certains parmi nous, c’est le cas, la Parole les a bouleversés et ils croient. Car elle est puissante la Parole, « elle est vivante, la parole de Dieu, énergique et plus coupante qu’une épée à deux tranchants » (Hb 4,12). En lisant quotidiennement la Bible, pas à pas, nous laissons l’Esprit faire son œuvre en nous. Voulons-nous essayer ? Qu’aurions-nous à perdre ?
Dans l’évangile selon saint Luc, Jésus ajoute : « Cette génération est une génération mauvaise : elle cherche un signe, mais en fait de signe il ne lui sera donné que le signe de Jonas. Car Jonas a été un signe pour les habitants de Ninive ; il en sera de même avec le Fils de l’homme pour cette génération » (Lc 11,29-30). Quel est ce signe de Jonas ? Rappelons que Jonas était un prophète envoyé par Dieu pour prévenir les habitants de Ninive que leur ville serait détruite s’ils ne se convertissaient pas. Or Jonas s’était détourné de sa vocation, avait embarqué sur un bateau qui fut pris dans une tempête. Il passa par-dessus bord et fut avalé par un monstre marin qui le recracha sur la plage trois jours plus tard. Miraculeusement vivant, il partit vers Ninive et prêcha. Toute la ville se convertit. Ce signe de Jonas est donc le passage par la mort, l’engloutissement et le retour à la vie. Jésus use de ce signe de Jonas comme annonciateur de sa propre mort en croix suivie de sa mise au tombeau et enfin sa résurrection le troisième jour. Ses apôtres et les témoins de sa passion croiront en lui et oseront alors annoncer le Salut en son nom. À leur suite, chaque génération de chrétiens se fiant au témoignage de ceux qui les précèdent, mettra sa confiance en Lui. Chaque crucifix dans nos foyers est le signe de son amour et du salut que Jésus nous a mérité par son sacrifice.
Après cette discussion, Jésus part en barque avec les apôtres. Nous sommes toujours au bord du lac de Tibériade. Ils s’inquiètent de manquer de pain. Jésus ne manque pas cette occasion pour les enseigner fermement : « Pourquoi discutez-vous sur ce manque de pain ? Vous ne saisissez pas ? Vous ne comprenez pas encore ? Vous avez le cœur endurci ? Vous avez des yeux et vous ne voyez pas, vous avez des oreilles et vous n’entendez pas ! Vous ne vous rappelez pas ? » (Mc 8,17-18) Voici l’épreuve de la confiance en la providence divine. Nous faisons tous cette expérience un jour. Je me rappelle ces femmes consacrées qui avaient décidé de partir de Paris vers Lourdes sans nourriture et sans argent. Elles ont témoigné comment le Seigneur les avait nourries chaque jour et parfois de mets succulents. Des personnes leur ouvraient la porte, les accueillaient à leur table avec joie. Sainte Teresa de Calcutta raconte que régulièrement on apportait de la nourriture de manière inhabituelle répondant comme par miracle au besoin des plus pauvres. Ainsi l’Esprit saint inspire des êtres généreux qui pourvoient au besoin des autres. Jésus dit clairement dans un merveilleux passage de saint Luc : « C’est pourquoi, je vous dis : À propos de votre vie, ne vous souciez pas de ce que vous mangerez, ni, à propos de votre corps, de quoi vous allez le vêtir. En effet, la vie vaut plus que la nourriture, et le corps plus que le vêtement » (Lc 12,22-23). Et il ajoute « Cherchez plutôt son Royaume, et cela vous sera donné par surcroît » (Lc 12,31).
Dans leur barque et face à la peur de manquer de pain, Jésus interpelle les apôtres sur le nombre de corbeilles de pain rassemblées après la multiplication. Nous aussi nous oublions les bienfaits de Dieu face aux difficultés. Alors notre confiance est en berne, notre foi est ébranlée. Il est bon de nous souvenir, de faire mémoire, de rappeler ce que Dieu a fait pour nous, par une belle action de grâce, surtout lorsque la tempête menace. Il est bon de méditer sur la divine providence qui contribue aux besoins de son enfant qui fait confiance.
Faire confiance à la providence appartient à la vie spirituelle du chrétien. La providence n’est pas l’action d’un magicien qui disposerait d’une baguette pour faire apparaître des biens improbables du fait de sa mansuétude. C’est la certitude que les événements de la vie, petits comme grands, sont entre les mains de Dieu. Dieu garde et gouverne ce qu’il a créé par sa providence car « toutes choses sont à nu et à découvert devant ses yeux »(Hb 4,13). « Notre Dieu, au ciel et sur la terre, tout ce qui lui plaît, il le fait » (Ps 115,3) reconnaît le psalmiste. Il nous faut oser avoir confiance, accepter de faire face au manque que Jésus est heureux de venir emplir de son amour. On appelle cela l’abandon à la divine providence qu’un saint tel saint Claude la Colombière avait choisi. Il avait rédigé une merveilleuse prière : « Pour moi, mon Dieu, je suis si persuadé que vous veillez sur ceux qui espèrent en vous et qu’on ne peut manquer de rien, quand on attend de vous toutes choses, que j’ai résolu de vivre à l’avenir sans aucun souci et de me décharger sur vous de toutes mes inquiétudes : En paix je me couche et m’endors aussitôt, car toi, Seigneur, tu me fais demeurer en sécurité ». L’œuvre de la divine providence passe aussi par des médiations humaines, par exemple lorsqu’une personne entend en elle-même l’appel à en aider une autre. Si nous voulons que Dieu agisse concrètement dans nos vies, il est nécessaire que chacun se mette à son écoute pour comprendre ce qu’il peut donner à celui qu’il rencontre.
Concluons en voyant que la providence de Dieu fut très généreuse ce jour-là au bord du lac de Tibériade pour la foule rassemblée autour de Jésus. La pain fut tellement abondant que l’on rassembla sept corbeilles pleines des restes de pain. Dieu ne serait-il pas économe ? En réalité, ce pain ne fut pas perdu. Dans les villages, ce pain combla la faim des amis de ceux qui étaient venus. Ces morceaux furent distribués largement. Alors ne doutons pas que Dieu connaît nos besoins, qu’il désire y répondre et qu’il nous demande de préférer accueillir le Royaume par une vie de prière et de service.
Prions encore pour notre société. Aujourd’hui vendredi 20 février est un jour de prière et de jeûne pour la Vie alors que nos députés sont amenés à réfléchir en conscience en vue d’un vote prochainement sur la fin de vie. Nous croyons que le chemin d’humanisation est de soutenir la vie en l’accompagnant jusqu’à sa fin naturelle.
Notre Père.