#366 « Comment Jésus propose une liberté vécue dans l’Esprit Saint ? »

La vie chrétienne dépend de notre relation avec Jésus-Christ, sauveur, et médiateur entre Dieu (Père, Fils et Esprit) et l’humanité. Le chemin que nous empruntons nous mène vers Lui, la Parole reçue par les évangiles nous éclaire, les sacrements qu’il a institués apportent grâce et réconfort pour avancer avec persévérance alors que nous constatons aisément nos limites et nos fragilités. Comment connaître Jésus-Christ ? Lors du baptême de Jésus, Jean le Baptiste dit par deux fois « je ne le connaissais pas », alors qu’ils sont cousins. Pourtant Jean-Baptiste, lorsqu’il vit l’Esprit Saint descendre sur Jésus sous l’apparence d’une colombe, fut capable de le reconnaître et de dire « c’est vraiment lui le Fils de Dieu ». Ainsi, nous aussi, illuminés par l’Esprit et seulement à cette condition, nous apprenons à connaître Jésus et à vivre avec confiance en sa présence. Saint Séraphin de Sarov, de l’Église russe, ne disait-il pas que le but de la vie chrétienne est l’acquisition de l’Esprit Saint ?

Nous continuons maintenant notre lecture de l’évangile selon saint Marc et je vous encourage à invoquer le Saint Esprit par un chant ou une prière spontanée voire le veni creator, une invocation traditionnelle de l’Esprit. Vous réveillerez en vous la disposition à vivre en sa présence, afin de décoder ces textes évangéliques qui nous transmettent les paroles et les actions de Jésus. Nous sommes au chapitre 7 et au verset 14. Jésus interpelle la foule : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien ». Le verbe écouter apparaît régulièrement dans la Bible. Dieu désire parler à son peuple : cela implique que le peuple se mette à son écoute, ce qu’il ne fait pas toujours, préférant écouter ses propres désirs ou des faux dieux dont il fait des idoles. Or écouter, c’est obéir. Le verbe obéir vient du latin audire qui se traduit par écouter. L’obéissance est une écoute, une attention quand l’écoutant tend son oreille vers celui qui lui parle. La foule doit donc écouter mais aussi comprendre, ce qui est une demande inhabituelle chez Jésus. On saisit qu’il veut donner un enseignement différent, voire décalé pour la culture de ses contemporains. Vous rappelez-vous que Jésus disait « si quelqu’un a des oreilles pour entendre… » (Mc 4,23) pour susciter l’écoute, alors que la distraction, la nôtre aussi, efface la parole reçue dès qu’elle nous est parvenue. Cela arrive parfois à la messe, lorsque l’écoute de la Parole ou de son explication (l’homélie) n’est pas attentive.

La suite du texte traite des causes de l’impureté. Dans la tradition juive, celle que connut Jésus enfant, certaines nourritures étaient considérées comme impures et, à ce titre, interdites. C’était par exemple le cas des animaux dont les sabots sont fendus sans être des ruminants comme les cochons, des lapins, des poissons sans écailles, des crevettes, des crustacés, des insectes à l’exception des sauterelles consommées par Jean le Baptiste, certains oiseaux, etc. Mais ce qui était plus interdit encore était la consommation du sang, car le sang véhicule la vie et la vie appartient à Dieu seul.

Jésus bouleverse radicalement cette tradition en affirmant : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur » (Mc 7,14-16). « Jésus déclarait purs tous les aliments ». Pour Jésus, aucune nourriture n’est donc impure. Mais il met aussitôt en garde : le cœur de l’homme, lui peut conduire à l’impureté, celle des pensées, des paroles, des actes.

Devant la surprise des apôtres et leur incompréhension, Jésus précise que ce sont les pensées perverses qui sortent du cœur de l’homme qui le rendent impur : « inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure » (Mc 7,21-22). Ces pensées et ces attitudes figent le cœur de l’homme, et le rendent dur comme une pierre comme l’affirme le prophète Ézéchiel. Nous le savons bien, notre cœur peut être insensible à la charité, au besoin des autres, se refermer sur lui-même comme Caïn qui dit à Dieu « qu’ai-je à faire de mon frère ? » celui-là même qu’il vient de tuer, Abel. La vraie pureté est donc d’ordre moral et non affaire de rituel. Jésus le dit avec autorité : c’est le cœur qu’il faut garder pur de tout péché. Il anticipe aussi la question de l’accueil des païens grecs ou romains au sein des communautés chrétiennes qui au commencement de la mission étaient constituées de juifs. Si ces pratiques de pureté alimentaire avaient perduré, il eut fallu les imposer aux nouveaux convertis au christianisme. Cela aurait été un obstacle à la liberté de conversion.

Au sein de la jeune Église, ce sujet demeura encore, car cette liberté qui plaisait aux païens devenus chrétiens choquait les chrétiens venus du judaïsme. Saint Pierre fit un songe dans lequel il résistait à Dieu qui lui proposait des viandes d’animaux sauvages à manger, quadrupèdes, oiseaux et reptiles et Dieu lui dit « pourquoi appelles-tu impur ce que je rends pur ? » (Act 10,9-17). Nous verrons que même si l’enseignement de Jésus est limpide, les disciples auront plus tard une discussion difficile au sujet des viandes sacrifiées aux idoles romaines car on pouvait y voir une participation au sacrifice cultuel païen.

En réalité, comme chrétiens, nous avons une merveilleuse liberté. Nous ne sommes plus liés à ces interdits sur la nourriture. Mais cette liberté a un prix élevé, elle demande que nous engagions notre intelligence et notre volonté pour rechercher le bien et l’accomplir avec un cœur aimant. C’est l’amour qui est au sommet de l’agir humain, qui détermine sa raison et constitue sa motivation. Cela dit aussi combien la vocation du chrétien est grande car elle vise à retrouver la ressemblance d’avec Dieu que nous avons perdue depuis le péché des origines et que le baptême et les sacrements nous permettent d’atteindre peu à peu. Notre vocation baptismale n’est donc pas la pureté, même si celle-ci est louable, mais la sainteté : il s’agit de se donner à Dieu en Jésus-Christ pour que ce soit Lui qui occupe notre espace intérieur. Il vient demeurer en nous, nous propose de demeurer en lui, ce qui nécessite que notre maison intérieure soit libérée des scories du péché. Cela engage notre volonté, nous demande patience et persévérance. Mais nous avons des maîtres parmi les saints. Leur vie nous inspire et nous montre que le chemin de la sainteté est accessible. Osons être courageux sur cette voie car Jésus nous a acquis la victoire. Détournons-nous des idoles et des désirs mauvais pour entreprendre ce bel itinéraire dans l’écoute de Jésus avec l’assurance que l’Esprit nous procure les dons nécessaires.

Je vous propose de prier ensemble pour la paix, pour les victimes de la répression en Iran, pour les peuples affligés par la pauvreté, pour les chrétiens victimes de persécutions. Nous prions cette semaine tout spécialement pour l’unité des chrétiens, tous frères par un même baptême, une seule foi en un seul Dieu et Père. Offrons-nous à l’amour miséricordieux en sacrifice en offrant cet effort et cet abandon pour nos amis en souffrance.

Notre Père.