#365 « Parce que c’est le cœur qui compte ! »
Nous avons fêté le baptême de Jésus-Christ qui révèle l’amour et la joie de Dieu le Père vis-à-vis de son Fils bien-aimé. Par notre propre baptême, nous sommes devenus enfants de Dieu, libérés du péché originel et promis à la Vie éternelle. Notre foi est simultanément un don divin et notre réponse d’amour à ce don en accueillant la vie divine nouvelle car en Jésus-Christ la vie s’est manifestée et nous est donnée en plénitude. Cette vie est magnifique : on la voit chez l’enfant qui joue, sur le visage des jeunes époux qui se regardent l’un l’autre, on la ressent grâce aux animaux qui par leur présence attachante consolent bien des solitudes. Si toute vie vient de Dieu, par le baptême, notre vie naturelle est sublimée en vie surnaturelle, transformée par la grâce. Dans l’évangile du baptême de Jésus, la voix du Père dit de Jésus « celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui je trouve ma joie ». Or saint Paul affirme que, par notre baptême, nous devenons « fils dans le Fils », aussi cette parole du Père nous est adressée en des termes similaires « tu es mon enfant bien-aimé en qui je trouve ma joie ». N’est-ce pas important de se savoir aimé de Dieu et de comprendre qu’Il nous regarde avec tant de joie, dans une société où tant de personnes vivent stressées ? C’est pourquoi toute vie doit être choyée et respectée car elle est sacrée pour Dieu et considérée par Lui. J’admire les personnes qui choisissent un métier qui est directement au service de la vie des personnes fragiles, notamment les soignants, et aussi les bénévoles qui donnent du temps pour accompagner affectueusement nos aînés et les malades au sein des aumôneries. La présence, l’écoute, la tendresse sont autant de bienfaits qui rendent heureuses ces vies souvent éprouvées.
Au risque d’aborder un sujet de société clivant, je ne peux me taire à cause de ce qui se profile en France et qui contredit le respect inaliénable dû à toute vie. On soutient avec force commentaires dans les médias une loi favorable à l’euthanasie et au suicide assisté. Vous savez que l’Église catholique défend la Vie depuis sa conception dans le sein maternel jusqu’à sa fin naturelle. À partir des jours prochains, les débats sur cette loi de la « fin de vie » continueront au Sénat puis au Parlement. Interrogeons-nous : pourquoi est-ce devenu une question ? Pourquoi certains soutiennent-ils une loi qui dorénavant permettra de tuer légalement des personnes ? Ceux qui y sont favorables développent des justifications rationnelles, affectives et financières. Mais il faut comprendre qu’avec cette loi, les barrières éthiques qui défendent la valeur inaliénable de toute vie tomberont. Jusqu’à présent, la loi naturelle affirme que l’on ne peut pas tuer, le serment d’Hypocrate interdit que l’acte de soin cause volontairement la mort et l’homicide est condamné par la loi civile. Comment ne pas voir le retournement anthropologique qui s’opérera si la loi est votée ? Comment penser que nos anciens ne seront pas angoissés dans leur grand âge avec l’inquiétude que leur vie pourra être supprimée par un acte létal ? Notre société n’emprunte-t-elle pas un chemin de mort puisque la vie n’y sera plus sacrée, qu’elle sera dépendante du choix d’un comité de personnes autorisées à déclarer certaines personnes éligibles à une piqûre ? Nous devons agir et prier avec insistance pour que cette loi ne passe pas, car notre futur ne se construira pas contre la vie. Nous pouvons encore agir en parlant et en écrivant à nos représentants politiques. Nous affirmons notre opposition à cette loi, même si j’entends bien ceux qui lui sont favorables me dire que certaines situations sont insupportables. Mais l’expérience de l’euthanasie dans d’autres pays montre que le cadre de la loi se déplace au fur et à mesure que des situations nouvelles se présentent. Plutôt que d’envisager une loi qui vote la mort, soutenons toutes les politiques qui favorisent les soins palliatifs en hôpital comme à domicile afin d’accompagner dignement la vie jusqu’à son terme. Une infirmière travaillant auprès de personnes en soins palliatifs disait à l’un d’eux « ici il n’y a pas de mourants, il y a des vivants que nous accompagnons. »
Dans mes messages, je parcours avec vous l’évangile selon saint Marc. C’est en réalité avec celui-ci que s’ouvre le temps ordinaire pour les messes célébrées en semaine. Dans notre méditation, nous sommes arrivés au chapitre 7. On voit que « Les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées » (Mc 7,1-2). Il s’agit d’un repas ordinaire, mais les rites cultuels s’appliquent aussi à ces moments pris en commun, et le lavage des mains est plus une obligation religieuse qu’hygiénique, puisqu’à cette époque on ignorait parfaitement que virus et bactéries existaient. Marc décrit avec soin les usages des juifs, le devoir de laver les coupes, les carafes et les plats, tout en s’aspergeant soi-même d’eau. Curieusement les disciples de Jésus ne se plient pas à ces usages : cela choque les pharisiens, juifs pieux et qui se fixent comme règle de respecter scrupuleusement les lois. Alors Jésus leur répond sans prendre de pincettes, par une parole vive, les traitant d’hypocrites, et relevant leur faute par ces mots que je retranscris intégralement « Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi. C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains. Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. » Il leur disait encore : « Vous rejetez bel et bien le commandement de Dieu pour établir votre tradition » (Mc 7,6-9). On comprend que les auditeurs soient frappés par sa liberté de parole qui touchait ce point si sensible et remettait en cause l’ordre établi de la bienséance cultuelle.
Parce que c’est le cœur qui compte, interrogeons-nous sur la question qui se pose. Quelle est-elle en réalité pour notre vie ? Faisons comme nos frères juifs, cherchons la question qui est posée par cet évangile ! On y parle de mains propres pour bien manger. N’est-ce pas indispensable de se laver les mains ? Personnellement, mon père ne ratait pas une occasion de demander à ses enfants, avant de passer à table, si nous avions lavé nos mains. Il avait raison. À l’époque de Jésus, il pouvait être fréquent de manger avec ses mains, et directement dans un plat partagé entre tous. L’Esprit Saint avait pour le moins bien inspiré les juifs de se laver les mains, même si ceux-ci ignoraient l’enjeu de santé.
Mais la question de Jésus n’est pas celle de la propreté des mains mais celle du cœur. En effet, se laver le corps par quelques ablutions peut être un acte de culte vis-à-vis de la divinité vénérée, afin de se présenter devant elle avec grand respect. Mais la propreté extérieure, celle de la peau, n’est jamais une garantie de l’état de l’âme. Nous pouvons aussi nous interroger sur notre disposition intérieure, sur ce qui salit notre âme, ou ce qui au contraire la dispose à adorer Dieu en vérité. Il est bien utile de rentrer en soi et de discerner quand notre cœur est loin de Dieu. Alors, sommes-nous prompts à le rendre pur, à lutter contre certaines addictions et comportements déviants ? Quel chemin emprunter pour nous aider à marcher pour aller vers la lumière ? Un ami ? Un conjoint ? Un directeur spirituel ? Car souvent il est bien difficile de progresser seul. Jésus n’insiste donc pas sur les usages cultuels. Il ne les rejette pas non plus. Cependant, on comprend que l’obsession d’une partie du clergé pour ces usages strictes le fait réagir et l’encourage à donner un enseignement nouveau, parce que c’est le cœur qui compte !
Pour conclure ce message, remarquons encore que le temps liturgique ordinaire commencé cette semaine s’ouvre par un passage de l’évangile de saint Marc au chapitre premier, toujours le même chaque année, qui contient une vision lumineuse quant à la vie du disciple de Jésus. Là, point de règles d’hygiène ni de pureté cultuelle, Jésus nous enseigne par ces paroles « Les temps sont accomplis : le règne de Dieu est tout proche. Convertissez-vous et croyez à l’Évangile » et « Venez à ma suite. Je vous ferai devenir pêcheurs d’hommes » (Mc 1,17). Jésus proclame que le Royaume est là et il nous demande de choisir la conversion, ce retournement de la vie du croyant, afin de croire radicalement l’Évangile, de le suivre comme disciple, en accueillant la Bonne Nouvelle du Salut et en comprenant que cette nouvelle se réalise aujourd’hui. Avec sa grâce, ses disciples Le suivent, non pas pour le servir aimablement, mais en devenant pêcheurs d’hommes, afin de témoigner et de conduire vers Lui ceux qui veulent écouter. On peut voir dans le Nouveau Testament, particulièrement les Actes des Apôtres, que la question des rituels de pureté se posera régulièrement aux disciples de Jésus, encore après son ascension, quand ils iront à la rencontre des juifs et des païens afin de leur révéler que le messie attendu est Jésus. Au sein des communautés chrétiennes, nous savons que la discussion sera vive pour comprendre s’il faut reprendre les usages si strictes de la loi mosaïque ou non, s’il faut s’attacher au lavage des plats et des coupes.
La vie éternelle est devant nous, promise par le baptême, elle nous demande d’aimer et de servir, pas de nous attacher à des pratiques, aussi pieuses peuvent-elles paraître. Les bons usages agrémentent la vie et nous aident à vivre en bonne santé et en communauté. Mais ne nous trompons pas de chemin, c’est à l’amour que nous aurons les uns pour les autres que l’on reconnaîtra que nous sommes les disciples de Jésus. Je vous propose de prier avec moi pour les peuples soumis aux guerres et aux injustices politiques, à ceux et celles qui aspirent à la liberté.
Notre Père.