#364 « Jusqu’où un prophète de Jésus-Christ engage-t-il sa propre vie ? »

Être disciple de Jésus et s’en faire le porte-voix comporte des risques. Nous verrons que Jean le Baptiste le paya de sa vie. Mais pour commencer laissez-moi vous souhaiter mes vœux les meilleurs. Il est en effet possible durant tout le mois de janvier de se souhaiter une bonne année, ce que je fais une fois encore par ce message. Je formule le vœu que vous ayez la joie d’une foi enracinée dans la Parole et les sacrements, une foi qui se fait proche d’autrui par votre charité. Je souhaite pour notre société la paix, la paix civile dans les relations publiques et politiques, la paix heureuse dans vos familles et avec vos enfants. Le pape Léon parle souvent de ce besoin fondamental d’un monde en paix. Nous-même sommes artisans de paix quand nous allons vers les autres, avec un visage souriant, pour les écouter et les découvrir. N’est-ce pas un bel aspect de notre vocation chrétienne ?

Nous avons quelques raisons de nous réjouir au sein de notre Église. En effet, que se passe-t-il au sein de l’Église Catholique en France ? Ne trouve-t-on pas ce questionnement sous la plume de plusieurs journalistes, dans la presse ou sur les réseaux sociaux ? Oui, un frémissement est constaté, quelque chose semble se passer. Pour nous chrétiens, cela nous apporte un certain contentement, un sentiment positif. Des jeunes viennent frapper à la porte de l’Église. Des parents s’impliquent pour transmettre la foi à leurs enfants. Les fidèles étaient nombreux aux messes de Noël, et beaucoup ont demandé à recevoir la bénédiction de Dieu lors de la communion eucharistique. Depuis quelques années, de nouvelles chorales de jeunes animent des messes, des mariages et des concerts, clairement engagés au nom de Jésus-Christ. Les sociologues qui étudient ce mouvement, y détectent un besoin de sens, y voient une réaction face à une laïcité athée voire à un Islam décomplexé. Mais n’y a-t-il pas là comme un fruit de l’action du Saint Esprit qui frappe à la porte des cœurs assoiffés d’amour, qui éveille les consciences scandalisées par des lois mortifères, qui attise un désir d’intériorité et de spiritualité, qui encourage les artisans de paix là où les guerres tuent des innocents ? Comment rencontrons-nous ces personnes qui viennent discrètement vers nos communautés ecclésiales ? Quel accueil leur offrons-nous ?

Le temps liturgique de Noël arrive à son terme par la fête du baptême de Jésus célébrée dimanche prochain. Nous entrerons ensuite dans le temps dit « ordinaire », ce qui ne signifie pas « commun », mais bien « conforme à l’usage ». Ce temps est ordinaire puisqu’il est celui du cheminement normal à la suite de Jésus, soutenu par le feu du Saint Esprit. Jésus veut qu’un feu soit allumé, celui de son Amour, et le temps ordinaire est le bon moment pour que ce feu brûle dans nos relations normales de la vie. Quant au baptême de Jésus, on dit qu’il a ainsi sanctifié toutes les eaux pour que nous y soyons à notre tour plongés afin de renaître à la vie nouvelle, purifiée du péché originel. Fêter le baptême de Jésus est une belle occasion de réfléchir à l’importance de notre baptême, et de rendre grâce à Dieu pour les bienfaits d’une telle bénédiction de vie divine infusée en nous.

Ajoutons un élément important de ce moment du baptême de Jésus. Celui-ci est une épiphanie trinitaire, c’est-à-dire que Dieu se révèle aux personnes présentes comme le Dieu unique adoré par le peuple hébreu tel qu’il s’est révélé à eux depuis Abraham, et simultanément comme trinité de personnes. En effet l’Esprit Saint descend des cieux, vient sur Jésus « comme une colombe » et une voix se fait entendre disant « Celui-ci est mon Fils bien-aimé en qui je trouve ma joie » (Mt 3,17). Là sont rassemblés le Père, le Fils en Jésus et l’Esprit. Cette manifestation trinitaire se reproduira aussi nettement lors de la transfiguration de Jésus sur la montagne. Nous croyons en un Dieu unique en qui une vie d’Amour éternel circule entre ces trois personnes divines qui par un jaillissement mystérieux donne la vie au monde créé et à tous les êtres vivants.

Continuons maintenant la lecture de l’évangile selon saint Marc. Nous en sommes au chapitre six. Ce chapitre débute par la difficulté pour Jésus d’être compris par son clan familial et par le manque de foi qu’il observa parmi les membres de son village. Le récit dont je vais parler est dramatique. Il avait bien commencé, il s’agissait d’une fête, pas celle du village comme le bal populaire du samedi soir, mais une fête au palais du roi Hérode, le fils d’Hérode le Grand qui avait massacré les enfants innocents de Bethléem une trentaine d’années auparavant. Hérode invita tous les dignitaires, la fête était somptueuse, les mets cuisinés étaient les meilleurs, les chants soutenus par les instruments de musique enthousiasmaient ses invités et tout concourrait à impressionner l’assemblée et asseoir l’autorité royale. Une jeune fille dansa, Salomé, la fille d’Hérodiade qui était en réalité la femme de Philippe, le propre frère du roi, qu’Hérode avait prise pour femme. Or le roi Hérode appréciait le prophète Jean, surnommé le baptiste qu’Hérodiade haïssait car il critiquait ouvertement sa relation incestueuse avec le roi. Hérode, comme ses convives, fut fasciné par la danse et la beauté de Salomé. La séduction qu’elle opéra fut telle qu’il lui promit le cadeau de son choix, même la moitié du Royaume. En fille soumise à sa propre mère, elle requit le conseil de celle-ci qui s’empressa d’exiger la tête de Jean apportée immédiatement sur un plat. Promesse folle du roi, faiblesse devant les dignitaires, celui-ci obtempéra et il donna ordre que l’on décapite le prophète dans le cachot où il était retenu.

Ainsi mourut le propre cousin de Jésus que celui-ci reconnaissait comme le plus grand des prophètes. N’avait-il pas converti à une vie nouvelle et conforme à la loi mosaïque de nombreux hébreux en les baptisant d’un baptême de repentance dans les eaux du Jourdain ? N’avait-il pas présenté à ses propres disciples celui dont il disait ne pas être digne de dénouer les scandales ? N’avait-il pas dit qu’il devait diminuer pour que celui qui venait, le Messie, grandisse ? Jean avait déjà offert sa vie à Dieu pour être signe précurseur de celui qui était le nouvel Agneau de Dieu portant sur lui le péché du monde. En réalité, Jésus ayant commencé son ministère public entouré de ses apôtres et parmi eux de quelques disciples de Jean, Jean pouvait tirer sa révérence. Hérode le faisant décapiter le rendait à Dieu, il lui permettait de s’en aller vers le Père du Ciel pour recevoir la couronne du martyre et vivre éternellement dans la Gloire où tous les anges et les saints lui firent un accueil triomphal.

Comment retirer pour nous un enseignement de ce récit ? Tout d’abord que celui qui promet quelque chose doit en assumer les possibles conséquences. Ensuite que la mort peut survenir, alors que nous ne l’attendions pas. Enfin que la vocation prophétique expose le vrai prophète. La Bible distingue le faux prophète qui cherche à plaire et à satisfaire l’auditoire et le vrai qui ose une parole anticonformiste telle que Dieu lui donne à transmettre. La vraie prophétie n’est pas forcément séduisante, le vrai prophète ne veut pas plaire mais il désire servir la vérité autant qu’il la comprend dans la lumière de l’Esprit Saint. Chaque baptisé est devenu prophète par ce sacrement, il devient une voix qui doit faire entendre la Parole de Dieu dans sa vérité, même si la « Parole est tranchante comme un glaive » dit l’Écriture. Or les gens qui font le mal, qui rejettent le Seigneur, qui vivent dans le péché n’aiment pas les prophètes envoyés par Dieu. Les prophètes sont souvent confrontés à des oppositions, voire des violences. Nous-mêmes sommes-nous prêts à en courir le risque ? Les jeunes que j’évoquais au début de ce message, qui reviennent à la foi ou la découvre, sont parfois audacieux et osent aller sur les forums et les réseaux sociaux pour affirmer leur foi en Jésus-Christ ressuscité et soutenir leur attachement à l’Église. Ils sont les prophètes en cette ère contemporaine pour annoncer la Bonne Nouvelle.

N’est-il pas temps que nous priions afin d’assumer notre vocation prophétique ? Mais aussi en ce commencement d’année 2026, nous avons des amis qui espèrent notre soutien et notre prière. Certains traversent de lourdes épreuves de santé, d’autres ont une vie précaire et difficile. Que notre prière puisse les rejoindre et les envelopper de bienfait afin qu’ils espèrent en l’amour divin. En ce sens, je vous redis que ce message peut être transmis par vous à vos amis si vous le jugez utile. Vos amis pourront aussi s’abonner par le lien proposé dans le corps du message.

Notre Père.