#362 « Nous lèverons-nous pour vivre du Christ ? »
Nous lèverons-nous pour vivre du Christ ?
Cette question est posée quand Jésus invite une fillette à se lever pour vivre en sa présence alors qu’on la pensait morte : l’évangéliste Marc nous rapporte cet épisode. Si je souhaite prolonger la lecture de cet évangile, il est heureux, en ces jours bénis, de faire encore mémoire de la fête de Noël et du Mystère qu’elle dévoile. Pour la liturgie de l’Église catholique, nous vivons l’octave de Noël soit huit jours pour méditer ce Mystère, ainsi faisons-nous mémoire quotidiennement de la venue du Messie, Jésus-Christ.
Noël, c’est une joie, c’est un Mystère, celui de l’Incarnation. Ce mot parle de la venue de Dieu, par son Verbe divin, dans la chair, c’est-à-dire par l’humanité de la Vierge Marie. L’évangile selon saint Matthieu raconte que Marie, avant d’habiter avec Joseph à qui elle était promise en mariage, conçut un fils par l’action de l’Esprit Saint. Cet enfant sera nommé Jésus, ce qui signifie Dieu sauve. Or Matthieu voit dans une prophétie d’Isaïe faite au roi Achaz l’annonce qu’une vierge enfantera un enfant appelé Emmanuel, nom qui signifie « Dieu avec nous ». Matthieu glisse cette prophétie au milieu de son récit relatant le songe de Joseph qu’un ange appelle à prendre chez lui la Vierge Marie, dorénavant son épouse. C’est pourquoi Jésus sera appelé Emmanuel puisqu’il est réellement Dieu avec nous, Dieu venu partager notre vie en toutes choses à l’exception du péché. Avec sa naissance, notre monde bascule : un sauveur nous est né qui vaincra le péché et la mort qui frappent l’humanité d’un destin funèbre, nous ouvrant la porte de la vie éternelle dans laquelle nous entrons par notre baptême.
En ces jours, je vous invite à méditer les évangiles de l’enfance écrits par saint Luc et saint Matthieu. Jésus est un nouveau-né, fragile et innocent. Hérode, à qui l’on avait annoncé qu’un enfant, né dans la région de Bethléem, serait roi, craignait pour son pouvoir : il ordonna que tous les enfants en bas âge soient tués. Joseph comprend dans un songe qu’il doit fuir immédiatement, il emmène sa femme Marie et leur nouveau-né vers l’Égypte et, selon certaines traditions, jusqu’en Éthiopie. La Sainte Famille est menacée mais Dieu veille sur eux. Marie, Joseph et Jésus resteront en Égypte jusqu’à la mort d’Hérode : ils reviendront alors à Nazareth.
Marie donne vie à un enfant. Cet enfant est la source de la vie. C’est ce que Jésus affirmera à l’apôtre Thomas : « je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jn14,6) ? Souvent il redonne vie à des personnes perdues à cause de la maladie, ou saisies par des démons, voire déjà mortes. Chrétiens, nous voyons en Lui celui qui accompagne notre vie et nous soutient. En priant dans le silence, nous pouvons l’entendre nous parler, nous dire combien nous comptons à ses yeux, sentir sa présence. Mais demeurons-nous avec Lui ? Souvent les activités du monde nous distraient de cet échange intérieur, même lors de la messe. « Es-tu avec moi ? » nous demande-t-il. C’est dans cet échange personnel, en lui parlant et en reprenant ses enseignements que nous cultivons notre relation avec lui. La vie chrétienne est réellement une relation d’amour dans un dialogue entre l’aimant, Dieu et l’aimé, chacun de nous.
La question posée demeure : nous lèverons-nous pour le suivre ?
Continuons notre lecture de l’évangile selon saint Marc qui entrecroise deux situations vraiment dramatiques : un homme, le chef de la synagogue, a une fille qui en est « à la dernière extrémité » (Mc 5,23) et une femme dont le corps saigne. L’homme de Dieu est désemparé. Personne ne peut plus rien pour sa fillette. Dans un ultime cri du cœur, il vient rencontrer Jésus et il le supplie d’imposer les mains sur sa fille « pour qu’elle soit sauvée et qu’elle vive ». Nous avons déjà vu combien Jésus peut être ému de compassion en prenant le temps de guérir ou de libérer les gens comme cet homme saisi par un démon au pays des Géraséniens dont parle la première partie de ce chapitre 5. Aussitôt, Jésus se met en route et il suit ce père au désespoir. Or, et cette situation est unique dans les évangiles, sa marche est interrompue par une femme ayant des pertes de sang inguérissables depuis douze ans, qui affectent sa vie quotidienne et surtout la rendent impure aux yeux de tous, l’excluant des lieux de cultes et d’une vie sociale normale. Ce sang, signe de vie par excellence, devenait pour elle la cause d’une mort sociale. Elle ne voulait pas déranger le maître, elle voulait seulement toucher son vêtement, convaincue que ce serait suffisant pour en recevoir la guérison. « Si je parviens à toucher seulement son vêtement, je serai sauvée » (Mc 5,28) pensait-elle. Quelle belle confiance est la sienne ! Elle est certaine que c’est la chance de sa vie. Les médecins n’ont rien pu faire pour elle. Son état a empiré au cours des années. Alors, quand elle parvient à l’approcher, Jésus ressent qu’une énergie s’est échappée de lui, il recherche qui a pu le toucher, or tous le touchent lui disent les apôtres. « Alors la femme, saisie de crainte et toute tremblante, sachant ce qui lui était arrivé, vint se jeter à ses pieds et lui dit toute la vérité. Jésus lui dit alors : « Ma fille, ta foi t’a sauvée. Va en paix et sois guérie de ton mal » (Mc 5,33-34). Aujourd’hui, tant de personnes sont sans espoir, vouées à une vie fantomatique, sans but ni aide. Qui pourra leur faire rencontrer l’amour de Dieu, qui les conduira à Jésus ? Cette femme reçoit de Jésus la guérison et la paix. N’est-elle pas aussi le visage de notre société politique qui saigne, qui ne s’en sort pas, qui est traversée par des convulsions de mort et de guerre ? Ne faut-il pas qu’elle rencontre Jésus-Christ, afin que l’évangile éclaire ses relations humaines et ses choix ? L’Église par sa prédication a apporté à notre culture occidentale ses fondements humanistes et l’attention envers toute personne. L’athéisme détruit cela et peut nous conduire vers le gouffre de l’individualisme quand l’autre souffrant ou pauvre devient transparent à nos regards, dans une indifférence mortifère.
Quand cette femme est guérie, c’est alors que des hommes viennent trouver le chef de la synagogue pour lui dire que sa fille est morte, qu’il n’est pas nécessaire de déranger le maître. Or, à la surprise de tous, Jésus n’en est pas troublé et demande à l’homme de ne pas craindre mais « de croire seulement ». Écoutons le récit puisque l’évangile nous le donne avec clarté : « Jésus entre et leur dit : “Pourquoi cette agitation et ces pleurs ? L’enfant n’est pas morte : elle dort”. Mais on se moquait de lui. Alors il met tout le monde dehors, prend avec lui le père et la mère de l’enfant, et ceux qui étaient avec lui ; puis il pénètre là où reposait l’enfant. Il saisit la main de l’enfant, et lui dit : “Talitha koum”, ce qui signifie : “Jeune fille, je te le dis, lève-toi !” Aussitôt la jeune fille se leva et se mit à marcher – elle avait en effet douze ans. Ils furent frappés d’une grande stupeur » (Mc 5,39-42). Puis Jésus leur dit de lui donner à manger, délicate attention de sa part et façon d’affirmer qu’elle est parfaitement en vie.
C’est à chacun de nous que Jésus dit « lève-toi ! ». Lève-toi pour vivre et aimer, pour servir et être disciple. Loin de lui, sans la Parole de vie, nous étions comme cette fillette, survivants éloignés de notre vocation, égarés loin de la joie éternelle. La venue de Jésus a pu susciter pour certains d’entre nous un bouleversement radical. Les catéchumènes qui viennent vers l’Église nous en témoignent, avec la rencontre du Christ il y a un authentique renouveau, comme cette adolescente dont la maman fut baptisée récemment me disant que celle-ci n’était plus la même. Le temps est là pour nous lever, pour participer à la mission d’évangélisation de notre paroisse. Le temps est là pour briller du feu de l’Esprit dans nos relations sociales, dans notre famille et notre environnement professionnel. Un chrétien authentique n’a pas besoin de s’afficher chrétien, puisque sa vie et son langage doivent faire resplendir le Christ présent en lui. Mes amis, en ces jours de la Nativité, levons-nous et allons à la rencontre de nos prochains !
Pour conclure ce dernier message de l’année 2025, je vous propose de prier avec vous pour la mission de l’Église et pour notre société des hommes de bonne volonté qui désirent œuvrer pour le bien commun par l’annonce de l’évangile et leur engagement.
Notre Père.