#359 « Comment la Parole biblique porte du fruit dans notre vie ? »
Cette semaine est la première de l’Avent, le temps liturgique qui nous prépare à célébrer la fête de Noël. Le cycle des lectures bibliques recommence en proposant des textes qui annoncent l’incarnation du Verbe divin dans le sein de la Vierge Marie, en vue d’une vie nouvelle. Pourtant, lors des messes, certains extraits provenant des livres des prophètes de l’Ancien Testament comme Daniel offrent des visions apocalyptiques impressionnantes, faites de bouleversements, de cataclysmes et de bêtes terrifiantes. Comment comprendre cela en réalité ? Faut-il y voir l’annonce des guerres et des méfaits causés par les hommes au cours des siècles passés ? Heureusement, ces textes annoncent la venue d’un personnage qui sauvera le monde, le Fils de l’homme, titre que Jésus s’attribue à lui-même, dont le règne n’aura pas de fin et qui apportera la paix. Comme chrétiens, nous avons une véritable espérance. Cette espérance est une personne, Jésus, et nous sommes soutenus par sa parole qui se fait lumière et guide dans notre vie.
Ces diverses lectures du temps de l’Avent nous encouragent à mettre de l’ordre dans notre vie, en reprenant notre prière et en veillant dans l’attente de cette venue sans nous inquiéter. L’évangile lu dimanche dernier nous prévenait « Veillez donc, car vous ne savez pas quel jour votre Seigneur vient. Comprenez-le bien : si le maître de maison avait su à quelle heure de la nuit le voleur viendrait, il aurait veillé et n’aurait pas laissé percer le mur de sa maison. Tenez-vous donc prêts, vous aussi : c’est à l’heure où vous n’y penserez pas que le Fils de l’homme viendra » (Mt 24,42-44).
Recentrons-nous, comme nous y sommes invités, sur cette attente du Messie qui vient et préparons le chemin du Seigneur en nous mettant à son écoute. Nous pouvons le faire avec des amis, ou en famille, en prenant le temps d’échanger et de prier. À la maison, notre crèche et nos décorations sont un endroit idéal pour nous recueillir et nous retrouver. Noël est la fête des retrouvailles autour de l’enfant qui naît et qui vient nous sauver. C’est un moment de joie partagée, tous les embellissements qui annoncent cette naissance nous aident à recevoir les grâces de paix, d’unité, d’amitié.
Dans son évangile, c’est le même Jésus-Christ, mais parvenu à l’âge adulte que saint Marc présente dans le quatrième chapitre que nous abordons maintenant, poursuivant la lecture que nous avons débutée il y a déjà plusieurs semaines. Nous sommes toujours au bord de la mer de Galilée, des foules accompagnent Jésus et l’écoutent. Les gens viennent très nombreux, ils aiment sa voix qui leur communique une émotion liée à la certitude que cet homme peut leur venir à l’aide. Ce jour-là Jésus parle à nouveau en paraboles, nous précise Marc. C’est une façon plus aisée pour ses auditeurs de comprendre ses enseignements. Qu’est-ce qu’une parabole ? En grec, ce mot désigne une comparaison, c’est donc un récit illustré visant à donner un enseignement concret.
La parabole que nous méditons avec Marc est celle d’un semeur qui sème ses graines en vue d’une future récolte. Les personnes âgées se rappellent les anciens francs avec la figure de la semeuse, une femme semant largement d’un geste ample les graines qu’elle porte dans le giron de son tablier. Le semeur de la parabole de Jésus semble fort généreux en répandant ses graines, voire un peu maladroit car la semence coûte et il en jette hors de son champ. Jésus décrit quatre lieux où elle tombe : le sol pierreux, le bord du chemin, les ronces et la bonne terre. Autant dire que le sol pierreux ne donne rien, que le bord du chemin permet quelques pousses vite fragilisées par le manque de terre et la chaleur du soleil, que les ronces font ombrage au développement de la plante et que celle-ci meurt étouffée. Reste la bonne terre où la graine prend racine et porte du fruit.
Jésus, dont le père était charpentier, connaît-il le monde agricole ? Il évoque un rendement étrange : trente, cinquante voire cent pour un. À son époque, lorsque l’homme semait un sac de graines, bienheureux était-il lorsqu’il récoltait quatre sacs, soit quatre pour un. Quand Jésus parle de trente ou de cinquante, il promet une récolte mirobolante et merveilleuse pour son époque. On peut voir un tel rendement aujourd’hui en Beauce grâce à la qualité des engrais et des semences, à la technicité utilisée pour la production ; mais sûrement pas il y a deux mille ans.
Aussi, lorsque Jésus explique sa parabole, qui n’est pas toujours compréhensible même pour les apôtres, il met en valeur l’idée que la terre représente le cœur de l’homme, et que la graine est la Parole divine. Cette Parole divine est semée abondamment par le Saint Esprit. Elle jaillit du Cœur de Dieu pour venir vers chacun de nous afin de s’y multiplier et de donner des fruits spirituels. Mais certaines personnes ont un cœur dur comme le sol pierreux et la Parole est perdue sans pouvoir y pousser : « que vienne la détresse ou la persécution à cause de la Parole, ils trébuchent aussitôt » (Mc 4,17). Pour d’autres, leur cœur est comme le bord du chemin, la Parole les touche et les émeut, mais ils sont l’homme d’un instant, sensible mais inconstant, sans racines et sans volonté de la conserver en eux, alors la Parole pourtant disposée à grandir s’éteint : « Quand ils l’entendent, Satan vient aussitôt et enlève la Parole semée en eux » (Mc 4,15). Elle disparaîtra et elle n’aura pas de fruit. Il y a encore les graines tombées dans les ronces. C’est le cas quand les personnes ont le cœur envahi par les soucis et les addictions, leur âme est triste à en mourir. Alors la Parole telle une graine qui manque d’air et de lumière meurt tristement.
Enfin, il y a la personne au cœur disponible qui s’ouvre depuis longtemps à l’écoute de la Parole, qui la désire et l’accueille, qui la mémorise et la rumine dans sa prière. La Parole trouve là un cadre favorable pour y germer pleinement et porter du fruit. L’homme fait cet effort d’accueillir et Dieu donne la fécondité. Tout est grâce dans sa vie spirituelle et Dieu fait œuvre de grâce. Avec la Parole viennent la sagesse et l’espérance, puis la volonté d’œuvrer dans sa lumière en notre société. La vie chrétienne s’enrichit par la lectio divina fréquente, par la méditation des paroles de Jésus et la mise en pratique de la Parole. La personne qui la pratique la goûte et persévère avec joie. Sa vie devient un témoignage de l’habitation de Dieu en sa personne, elle rayonne de cet amour que Dieu lui communique. Elle se fait témoin, disciple-missionnaire auprès de ses amis et collègues. Pour reprendre le mot de l’apôtre Paul, cette personne brille de la lumière que l’Esprit infuse en son âme.
Dieu attend de chacun d’entre nous qu’il porte du fruit par son apostolat au sein de l’Église. Certes, au sein de nos paroisses et mouvements chrétiens, nous bâtissons des projets, nous animons des groupes, nous organisons des liturgies. Mais nous devons intégrer le fait que notre véritable fécondité vient de la grâce divine et non de notre action humaine. Certes, nous coopérons à l’œuvre de la grâce par notre oui quotidien, telle la Vierge Marie qui formule clairement son fiat à l’ange de Dieu. C’est heureux de comprendre cela car si nos talents peuvent bien être mis en œuvre, c’est le Saint Esprit qui agit dans nos faiblesses et même nos incompétences. Durant ces quatre semaines de l’Avent, purifions notre âme des scories du péché, des doutes, des misères afin de recevoir la Parole divine, d’en être éclairé et qu’elle soit la lumière sur notre chemin.
Je vous invite à prier maintenant. La venue du Sauveur est une promesse de paix. Bien des peuples subissent des violences et des guerres injustes et atroces, avec leur lot d’actes barbares. Prions pour la paix et soyons des artisans de paix à qui Jésus a promis qu’ils verront Dieu.
Notre Père.