#358 « Pourquoi la volonté de Dieu est la voie du Salut ? »

Dans ce message, en lisant le chapitre trois de saint Marc, nous regardons Marie et les frères de Jésus être enseignés sur la voie d’excellence que suit le vrai disciple de Jésus. Marc ouvre son évangile au moment où Jésus commence sa vie publique. Nous avons assisté à son baptême, nous l’avons suivi durant les quarante jours au désert où Satan le tente, puis nous avons entendu ses premières prédications et vu ses rencontres particulièrement à Capharnaüm, la ville commerçante située au Nord du Lac de Tibériade. Jamais jusqu’alors Marc ne mentionna Marie la mère de Jésus. Nous connaissons l’enfance de Jésus par les évangiles selon Matthieu et Luc. C’est donc à la fin du troisième chapitre de Marc que la mère de Jésus apparaît. Elle n’est pas nommée, Marc ne dit pas son prénom, Marie. Il réduit au strict minimum son propos, en écrivant : « Alors arrivent sa mère et ses frères » (Mc 3,31). Le mot « alors » fait la transition avec le récit qui précède, celui d’une accusation proférée par les scribes, membres de la classe sociale éduquée capable de lire et d’écrire pour les autres. Ne sachant pas comment contredire les propos de Jésus ou dénigrer les miracles qu’il accomplit, les scribes tentent de le discréditer en l’accusant directement d’être au service du diable : « Il est possédé par Béelzéboul ; c’est par le chef des démons qu’il expulse les démons » (Mc 3,22). Jésus met en garde ses auditeurs de ne pas pécher contre le Saint Esprit, qui est à l’œuvre dans les actions que Jésus réalise. Saura-t-il convaincre que ce n’est pas par l’action du démon qu’il agit mais sous la conduite de l’Esprit de Dieu ? Il y a ceux qui ont le cœur ouvert et qui entendent la vérité et ceux dont l’intelligence est obscurcie et qui sont incapables de s’ouvrir au surnaturel.

C’est dans ce contexte agité qu’arrivent la mère de Jésus et ses frères. Qui sont ses frères ? Le mot frère comme celui de sœur est utilisé habituellement pour désigner les membres de la parenté. Dans l’Église aussi, nous utilisons ces mots pour nous désigner comme disciples de Jésus liés par la fraternité. Jésus dit lui-même : « Pour vous, ne vous faites pas donner le titre de Rabbi, car vous n’avez qu’un seul maître pour vous enseigner, et vous êtes tous frères » (Mt 23,8). Or il parle ici « à la foule et aux disciples » qui sont nombreux à l’entendre.

Curieusement, la mère de Jésus et ses frères n’entrent pas dans l’habitation. Nous connaissons la maison de Pierre, nous savons qu’elle est petite et que la foule tente d’y entrer. Peut-être ne veulent-ils pas bousculer ceux qui écoutent ? Peut-être veulent-ils signifier qu’ils n’approuvent pas ce que fait Jésus ? Il est dit qu’ils le cherchent. Pourquoi le cherchent-ils ? La prédication de Jésus pourrait-elle avoir des conséquences néfastes pour eux ? Ont-ils honte de lui ? Ou plutôt ont-ils peur de ce qu’il se permet de dire face aux autorités ? Tout ceci à la fois peut-être. C’est la foule qui prévient Jésus.

Alors Jésus modifie son propos, il leur demande à tous « Qui est ma mère ? Qui sont mes frères ? » (Mc 3,33). Nous pouvons réfléchir à cette question puisqu’en réalité elle s’adresse à chacun de nous en tant que chrétien. Qui est la mère de Jésus ? Qui est le frère de Jésus ? Y a-t-il des critères pour se dire frère de Jésus ? Ce mot passe-partout peut effectivement être utilisé avec abus. Il établit un réseau de relations fraternelles entre des croyants, mais le fait de partager une foi identique en Jésus-Christ Fils de Dieu suffit-il ? Il est vrai que Jésus a dévoilé le visage aimant de Dieu le Père, celui de qui tout vient, qui a envoyé son Fils, la parole éternelle prendre chair par le corps d’une jeune femme, la Vierge Marie, la même qui se présente devant cette maison de Capharnaüm des années plus tard. Elle doit bien avoir quarante-cinq ans, ce qui fait d’elle pour l’époque en question une vieille femme. De la paternité universelle de Dieu vient que nous sommes ses fils et donc par volonté de Dieu nous sommes frères et sœurs. Les conséquences sont grandes puisque, quelle que soit l’origine de notre lignée, chacun est un fils du Dieu vivant et que partageant ce fait avec tous, tous sont en réalité nos frères et nos sœurs.

Jésus désire faire réfléchir ses auditeurs au-delà de ce fait déjà acquis dans l’ancienne Alliance. Il apporte un critère nouveau pour qualifier ce lien de fraternité entre ses disciples, et ce lien dépasse les liens naturels de la famille. Il leur dit « Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère » (Mc 33-34). Ce n’est donc ni Marie ni sa parenté qu’il désigne, mais ces hommes et ces femmes qui accueillent ses paroles et qui commencent à croire en Lui. « C’est celui qui fait la volonté de mon père qui m’est un frère, une sœur et une mère ». La fraternité n’est pas acquise par l’héritage, ou par le sang, ni même par l’appartenance au clan, mais elle dépend de ce que chacun, en tant qu’il suit le maître, fait de la volonté divine. Jésus a prêché souvent sur l’écoute de la loi divine et sa mise en pratique. Nous pouvons nous souvenir de l’image de la maison bâtie sur le roc, celle que l’on construit lorsqu’on écoute la Parole et qu’on la met en pratique. Jésus lui-même dit qu’il est venu faire la volonté de son Père : « Ma nourriture, c’est de faire la volonté de Celui qui m’a envoyé et d’accomplir son œuvre » (Jn 4,34). Le disciple imite son maître, comme Marie de Béthanie qui se tint à ses pieds en l’écoutant, consciente que sa vraie nourriture est sa parole. Écouter la parole de Jésus fait entrer dans son projet qui consiste à nous sauver du mal et du péché en vue de la vie nouvelle et éternelle. Jésus veut que nous demeurions en lui par notre écoute comme lui demeure dans le Père (cf. Jn15,10), et c’est d’ailleurs l’ultime critère de vérité pour celui qui se fait le disciple « si quelqu’un m’aime, il gardera ma parole » (Jn14,23). Ce critère qui consiste à faire la volonté de Dieu et qui se réalise en écoutant la parole de Jésus et en la mettant en pratique évite une approche affective basée sur le ressenti subjectif avec parfois l’illusion que nous sommes sur la bonne voie alors que nous ne faisons pas ce que Dieu demande. Beaucoup de chrétiens pensent que leur vie est conforme au devoir de charité mais n’accomplissent pas pleinement la volonté de Dieu, notamment en se laissant éclairer par l’enseignement authentique de l’Église de Dieu.

Qu’ajouter à cet épisode ? Il faut maintenant parler de Marie, la Mère de Jésus. Dans une lecture littérale de l’épisode, on pourrait penser que les paroles de Jésus expriment un rejet de sa mère. Or c’est bien Marie qui a accompli, pleinement, la volonté de Dieu. Quand l’ange Gabriel vint la visiter, elle répondit : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole » (Lc 1,38). Son désir de faire la volonté de Dieu était gravé en profondeur en son âme pure. Elle s’y était préparée par une vie de sainteté et d’humilité, priant et servant avec zèle et discrétion, tant Dieu que ses proches. Marie est ainsi le modèle du disciple qui écoute et réalise le plan de Dieu. Elle reste une femme humaine, et l’Église vient de préciser que l’on ne peut lui appliquer le terme de co-rédemptrice. Pourtant sa participation à l’œuvre de rédemption est décisive et Jésus ne peut l’avoir oubliée alors qu’il enseigne et la voit arriver vers lui avec ses frères. Ses paroles auxquelles Marie ne répond pas en réalité la valorisent et éclairent son attitude maternelle.

« Voici ma mère et mes frères. Celui qui fait la volonté de Dieu, celui-là est pour moi un frère, une sœur, une mère. » Comment pouvons-nous vivre en acte cette parole ? Tout baptisé est appelé à faire la volonté de Dieu le Père comme nous l’exprimons par la prière du Notre-Père. « Que ta volonté soit faite » ne peut être considéré comme un vœu à échéance lointaine. Nous engageons notre propre vie en prononçant nous-mêmes ces mots. Oui, c’est maintenant et ici que chacun doit décider de puiser dans les enseignements de Jésus les indications nécessaires pour sa conversion et son chemin de sainteté. Il restera à vivre saintement sans être influencé par l’esprit du monde et son relativisme qui est bien prompt à minimiser toute exigence spirituelle. La vie chrétienne n’attend pas, la sainteté n’est pas remise à demain : elle doit prendre la forme de la charité, un amour gratuit et un don sans limite.

Prions ensemble pour vivre cette parole, pour laisser l’Esprit Saint transformer nos désirs afin d’être poussé à faire la volonté de Dieu. Puisse Marie notre Mère céleste nous éclairer par son attitude et ses messages en tant d’apparitions reconnues.

Notre Père.