#356 « Comment accueillir la nouveauté de la vie avec Jésus-Christ ? »
Avec le Saint Esprit, la vie est nouvelle. Simultanément, notre union à Dieu est confortée par des liens solides qui nous gardent en équilibre dans les turbulences sociétales. Il est merveilleux de découvrir que notre vie chrétienne ne manque pas de ressources spirituelles. La connaissance de la Parole de Dieu et sa méditation en font partie. En effet, Dieu parle en premier par sa parole, elle nous conduit et nous enseigne. Je me permets une question : votre Bible est-elle rangée en haut de l’étagère ou à proximité sur votre table de chevet ? Notre désir d’être disciple motive notre lecture des évangiles.
Continuons à méditer le texte rédigé par l’apôtre saint Marc. Nous sommes encore au chapitre deux, Jésus a interpellé Lévi, un publicain, qui quitte aussitôt son métier pour se mettre à sa suite. Entretemps, Lévi a invité Jésus à partager son repas, ce qui ne manque pas de choquer les scribes et les pharisiens incapables d’admettre qu’un vrai juif fréquente ceux qui servent l’occupant romain, se rendant impur à leur contact. Jésus dit clairement qu’il est venu pour les pécheurs et les exclus, il les côtoie volontiers afin de les enseigner et de transformer leur vie.
Marc intercale un bref enseignement de Jésus où il est question d’ajouter du neuf à ce qui est ancien. En voici le texte : « Personne ne raccommode un vieux vêtement avec une pièce d’étoffe neuve ; autrement le morceau neuf ajouté tire sur le vieux tissu et la déchirure s’agrandit. Ou encore, personne ne met du vin nouveau dans de vieilles outres ; car alors, le vin fera éclater les outres, et l’on perd à la fois le vin et les outres. À vin nouveau, outres neuves. » (Mc 2,21-22)
À cette époque, un manteau est une richesse : il est utile contre le vent et la pluie, il protège du froid et l’on dort en l’utilisant comme couverture. Le raccommoder devait être chose courante, mais l’expérience montre que les tissus anciens et neufs ne font pas bon ménage. Par ailleurs les outres en peau gardent le liquide frais par un phénomène de transpiration à travers le cuir et d’évaporation, mais le vin nouveau est trop vif pour que le vieux cuir en supporte l’acidité. On comprend cependant que Jésus ne tente pas d’expliquer des faits techniques. Au-delà de l’image, vient l’enseignement. Quel est-il ?
Nous pouvons légitimement penser que Jésus fait allusion à la loi mosaïque. Celle-ci structure la vie religieuse et sociale de l’époque. Elle est immuable. En réalité, Jésus ne veut pas ajouter un élément nouveau pour réparer la loi ancienne telle la pièce d’étoffe sur le manteau. Il ne cherche pas à raccommoder l’ancien. Il vient inaugurer les temps nouveaux. Jésus ne méprise pas le passé, il le renouvelle et le transfigure. La loi ancienne n’est pas abolie, mais par lui elle est transfigurée. L’image du vin nouveau illustre cela. Jésus renouvelle totalement l’homme. On se rappelle cette ancienne prophétie transmise par le prophète Ézéchiel « j’ôterai votre cœur de pierre, et je mettrai un cœur de chair » (Ez 36,36). Jésus accomplit la prophétie. Le vin nouveau en vue de la vie nouvelle doit être transfusé dans des cœurs ouverts : il ne peut l’être dans des cœurs fermés. Comme le vieux cuir trop raide des vieilles outres se rompt, la rigidité fait obstacle à l’œuvre de la grâce. Jésus dénonce souvent une façon bornée et figée de considérer la loi mosaïque par les autorités religieuses. Il ne vient pas abolir, mais accomplir. Il vient faire toute chose nouvelle et rend vivante la relation avec Dieu nous permettant de l’appeler Notre Père, et même notre abba, c’est-à-dire notre papa. Une catéchumène disait qu’elle avait dû abandonner le manteau de la vieille femme pour embrasser sa vie nouvelle lors de son baptême. C’est bien là le symbole du vêtement blanc de fête que le catéchumène reçoit !
Jésus n’ôte pas la loi, il ne contredit pas le bien-fondé des traditions, cependant elles ne peuvent s’imposer pour elles-mêmes au détriment du culte authentique d’adoration de Dieu. Jésus apporte une nouveauté bouleversante : Dieu s’est fait proche en prenant la condition humaine. Cela signifie que dorénavant le disciple est revêtu d’un manteau neuf et il boit le vin nouveau de la Nouvelle Alliance. Le disciple est comparable à ces outres neuves. Dans le film La Passion réalisé par l’acteur Mel Gibson, alors que Jésus tombe sous le poids de la Croix, sa mère éplorée exprime son incompréhension et Jésus de lui répondre « Voici que je fais toutes choses nouvelles », expression tirée du livre de l’Apocalypse (Ap 21,5). Jésus apporte la nouveauté de la vie en Dieu. Dans l’Apocalypse, c’est bien lui qui siège sur le trône et qui affirme « Moi, je suis l’alpha et l’oméga, le commencement et la fin. À celui qui a soif, moi, je donnerai l’eau de la source de vie, gratuitement » (Ap 21,6).
Posons-nous maintenant cette question : au sein de nos communautés, comment accueillir la nouveauté de l’Esprit ? L’héritage reçu a sa valeur, des traditions locales persistent, la piété populaire entretient ces belles expressions de la foi comme les processions. Cependant, cela ne peut être réduit à des manifestations folkloriques faisant la joie des touristes, au contraire, on doit y redécouvrir à frais nouveau la foi en Jésus-Christ. Cela appelle une conversion et des changements. Cela demande une disposition renouvelée de conversion et d’adoration, de soumission à l’Esprit Saint qui fait toute choses nouvelles.
Le récit de saint Marc continue. À nouveau, Jésus et ses disciples sont observés et critiqués. Voici qu’ils récoltent des épis de blé dans les champs pour les manger. À l’époque, la moisson se fait épi par épi, comme je l’ai vu faire au Népal en 1982 par des femmes portant de grands paniers en osier dans leur dos où elles jetaient d’un geste gracieux leur cueillette. De la part des pharisiens, il ne s’agit pas tant ici de critiquer le fait de manger ni le fait de prendre ce qui ne doit pas leur appartenir, mais de cueillir les épis un jour de Sabbat. Or Jésus connaît l’histoire de son peuple : remontant au Roi David, 1000 ans plus tôt, il justifie ce besoin en rappelant que ce roi osa manger au temple avec ses hommes les pains réservés aux serviteurs du temple. L’urgence du besoin avait permis de s’affranchir de l’interdit, et devient un argument pour justifier le travail fait en ce Sabbat. Ses disciples ont faim. Jésus conclut par cette affirmation déterminante dans son ministère : « Le sabbat a été fait pour l’homme, et non pas l’homme pour le sabbat. Voilà pourquoi le Fils de l’homme est maître, même du sabbat. » (Mc 2,27-28).
Nous remarquons que c’est la deuxième fois que l’expression « Fils de l’homme » apparaît ici. La figure du Fils de l’Homme est tirée du livre du prophète Daniel qui écrit cette prophétie : « Je regardais, au cours des visions de la nuit, et je voyais venir, avec les nuées du ciel, comme un Fils d’homme […] Et il lui fut donné domination, gloire et royauté ; tous les peuples, toutes les nations et les gens de toutes langues le servirent. Sa domination est une domination éternelle, qui ne passera pas, et sa royauté, une royauté qui ne sera pas détruite » (Dn 7,13-14). Jésus lui-même affirme qu’il est le Fils de l’Homme (Cf. Jn 9,35), cet être divin qui vient sur Terre pour recevoir le pouvoir sur la création.
Concluons en voyant que l’attachement au Sabbat et à ses règles strictes est pour nous éloigné de nos pratiques. Pour les juifs, ce jour est celui du repos de Dieu, la septième de la création selon le livre de la Genèse. Ce jour, l’homme ne travaille pas, telle est la loi. Dans les familles, les plats sont cuisinés la veille, on ne parcourt à pied que la distance strictement nécessaire, la famille se recentre sur ce temps en commun, autour des prières, du repas et du temps de repos pris en commun. Pour nous chrétiens, n’y a-t-il pas un bien à s’inspirer d’un tel choix, en offrant ce temps au Seigneur, en se donnant l’espace pour vivre joyeusement sous son regard dans la gratitude et le respect de sa présence ? Comme chrétiens, osera-t-on le dimanche se recentrer sur ces moments de qualité ? En effet, l’Église a choisi le jour de la résurrection comme jour du repos puisque la tombe de Jésus est trouvée vide le matin du premier jour de la semaine. Il y a une sagesse à savoir se reposer en Dieu et avec ses proches. Dans notre société stressée et agitée, aidons-nous à reprendre possession de ce repos en Dieu, pour le glorifier et pour vivre, tout simplement.
En ces jours de novembre, nous pouvons prier à nouveau pour la paix, en pensant à ceux qui subissent tant de maux et de violence, chez nous parfois et dans les lieux de conflits.
Notre Père.