#355 « Comment Lévi, un publicain, fut appelé et devint disciple de Jésus ? »

« Jésus sortit de nouveau le long de la mer ; toute la foule venait à lui, et il les enseignait » (Mc 2,13). Le récit de Marc continue. Jésus et ses apôtres sont toujours au nord du lac de Tibériade. Jésus ne peut demeurer à l’écart et au calme : les gens ont tellement besoin de réconfort qu’ils le pressent. À cette époque, une simple maladie emportait la personne dans la tombe. Qui prendra soin d’eux ? Jésus les enseigne, là est sa première mission, il leur révèle que les Écritures s’accomplissent maintenant. N’a-t-il pas cité la prophétie messianique du prophète Isaïe lors de la prière communautaire dans la synagogue de Capharnaüm ? L’annonce de l’accomplissement de cette parole n’est pas accepté par les pharisiens, qui considèrent que Jésus sort du cadre strict imposé par la Loi. Mais les autres personnes qui écoutent son enseignement sont remplis de joie : ils se redisaient sûrement ses propos en se retrouvant le soir au coin du foyer. Dans ces cultures orales, la mémoire retenait merveilleusement chaque enseignement et c’est pour cette raison que plus tard les évangélistes comme Marc recueilleront ses paroles avec soin. 

Avons-nous le cœur ouvert comme ces gens pour entrer dans une écoute personnelle des paroles de Jésus ? Est-ce notre désir de nous mettre à son école et de le suivre ? Ne sommes-nous pas parfois tels des disciples distraits que Jésus compare à une pousse sans racine vite desséchée ? La parole prend-elle racine en nous pour croître et porter du fruit ? Chacun de nous doit répondre en vérité à Jésus lui-même. 

Jésus parcourt les rues. Marc écrit « En passant, il aperçut Lévi, fils d’Alphée, assis au bureau des impôts. Il lui dit : “Suis-moi.” L’homme se leva et le suivit » (Mc2,14). Comment ne pas penser à l’admirable peinture du Caravage exposée dans l’église saint Louis des Français à Rome. La main tendue de Jésus s’adresse à Lévi qui, à l’instant même, se convertit. Collecteur d’impôts, Lévi était un homme sûrement bien informé sur ce rabbi dont on disait d’étranges choses. Avait-il déjà entendu son enseignement ? Nous l’ignorons. Mais ce qui est certain c’est qu’à l’instant où le Christ l’appelle, il quitte tout pour le suivre et devient son ami et son disciple. 

La suite du texte nous introduit dans la maison de Lévi où Jésus prend place à table. Rappelons que Lévi prend alors le prénom de Matthieu et que nous lui devons l’un des évangiles. Marc rapporte que « beaucoup de publicains, c’est-à-dire des collecteurs d’impôts, et beaucoup de pécheurs vinrent prendre place avec Jésus et ses disciples, car ils étaient nombreux à le suivre. Les scribes du groupe des pharisiens, voyant qu’il mangeait avec les pécheurs et les publicains, disaient à ses disciples : “Comment ! Il mange avec les publicains et les pécheurs !” Jésus, qui avait entendu, leur déclara : “Ce ne sont pas les gens bien portants qui ont besoin du médecin, mais les malades. Je ne suis pas venu appeler des justes, mais des pécheurs” » (Mc 15-17). Le pape François fait ce commentaire : « Comme le publicain Matthieu, chacun d’entre nous s’en remet à la grâce du Seigneur en dépit de ses péchés. Nous sommes tous pécheurs, nous avons tous des péchés. En appelant Matthieu, Jésus montre aux pécheurs qu’il ne regarde pas leur passé, leur condition sociale, les conventions extérieures, mais ouvre plutôt les portes à un avenir nouveau. » (Audience du 13 avril 2016) En réalité, pour ces publicains, s’asseoir et manger avec Jésus les transforme. Nous sommes aussi invités à la table du Seigneur chaque dimanche. Là, il transforme nos vies, comme il le fit pour Lévi qui devint son disciple. 

Ce jour-là, une fois de plus, Jésus ne s’embarrasse pas des obligations légales. Il se fait proche de tous. Il aime rejoindre ceux qui sont infréquentables selon les scribes et les autorités religieuses. On sait où est Jésus et chez qui il partage un repas. Jésus entend les pharisiens médire sur son comportement. Il sait qu’ils guettent ses mots, qu’ils écoutent ses enseignements afin de surprendre tout propos divergeant et condamnable. C’est alors que Jésus affirme qu’il vient pour les pécheurs, et non pour ceux qui se disent justes. En réalité, qui d’entre eux n’est pas pécheur ? Qui est juste ? Jésus ne cachera pas qu’il vient pour les brebis perdues, les exclus et les rejetés, « pour ceux qui ont besoin du médecin ». Son amour est pour tous, particulièrement les humbles et les petits, non pour les hypocrites et les puissants.  

L’Église, instituée par Jésus par la convocation des apôtres, a reçu de lui cette priorité pour les malades, les pécheurs et les personnes abandonnées. Le pape Léon dans son exhortation Delexi te affirme que c’est dans la nature même de l’Église d’avoir le cœur ouvert aux pauvres. Combien de congrégations religieuses sont nées d’une vision qui embrassait le drame des personnes en souffrance ? On peut penser à saint Camille de Leslis, saint Vincent de Paul, sainte Jeanne Jugan, sainte Teresa de Calcutta. Il y en a tant que nous sommes touchés par cet élan ininterrompu de bonté au cours des siècles. Depuis son origine, les membres de l’Église se penchent sur la misère humaine. Ils ont créé des hospices, des hôpitaux, des dispensaires et des asiles. Des millions de religieux et religieuses ont offert leur vie, affrontant les maladies, supportant les fatigues, accompagnant les mourants. Certes aujourd’hui les services de l’État en France ont souvent pris la relève pour soigner. Pourtant combien de personnes, souffrantes, seules, désespérées, ne reçoivent pas l’aide espérée ? Ne sont-elles pas celles qui ont besoin du médecin pour reprendre l’expression de Jésus ? Cependant, qui se fera le médiateur de sa présence pour elles ? Qui comprendra leurs besoins ? Personnellement je rends grâce pour tous les bénévoles qui visitent nos frères et sœurs qui vivent douloureusement l’isolement. 

À Rome, en pèlerinage avec le diocèse de Chartres fin octobre, nous avons rencontré deux membres de la communauté San Egidio, comprenez saint Gilles, qui est née à Rome de l’intuition d’un jeune dénommé Andrea Riccardi qui rassembla en février 1968 quelques étudiants pour prier quotidiennement. Ensuite ils se questionnèrent : « Qui pouvons-nous aider ? Quel est le pauvre proche dont nous pourrions prendre soin ? » Ce groupe est devenu une communauté mondiale constituée d’équipes de personnes qui vivent cette même spiritualité de la prière, de l’aide aux pauvres et de la promotion de la paix. La prière à laquelle nous avons eu la joie de participer dure une demi-heure, elle est belle, composée de chants et de psaumes, d’un texte biblique et de son commentaire. Nous étions nombreux dans la magnifique église Santa Maria in Trastevere. Ces groupes forment un réseau qui se soutient pour garder l’intuition initiale du charisme. Deux cent cinquante mille personnes sont membres de cette communauté, parmi lesquelles sont nées des vocations consacrées. Des hommes touchés par cet équilibre entre prière, pauvreté et paix ont entendu l’appel au sacerdoce. Eux aussi offrent leurs mains, leurs yeux, leurs oreilles face à ces pauvretés si diverses selon les contextes géographiques. Ce peut être dans les prisons, les écoles, les rues, les familles en précarité, etc. Nous verrons peut-être se créer des petites communautés San Egidio en Eure & Loir. En tant qu’évêque, j’y serai fort favorable et heureux. 

Aujourd’hui, laissons Jésus nous enseigner. Sa parole rejoint la profondeur de nos vies, elle dit l’amour que Jésus révèle et qui peut transformer nos itinérances avant de le rencontrer un jour dans l’éternité. 

Prions les uns pour les autres. Que le Saint Esprit révèle des chemins nouveaux à ceux qui sont appelés.

Notre Père.