#337 « Comment vivre l’été en présence de Dieu pour éclairer nos vacances ? »

Peut-être partirez-vous sur les routes à la découverte de nouvelles régions ? Il existe en effet des chemins spirituels pour accéder à des lieux connus ou non, parfois insolites et propices au recueillement, une chapelle ou un calvaire. Pourquoi ne pas en faire l’occasion d’un pèlerinage familial ou amical ? Si vous souhaitez nourrir votre quête spirituelle durant les deux mois d’été, mettez en place votre rythme de prière, donnez-vous des temps de lecture de la Bible et d’une œuvre spirituelle de qualité, à lire et à annoter pour en retenir les meilleures intuitions. Vivre sa foi consiste à user d’intelligence pour favoriser les moments de relations avec Jésus, et cela se planifie.

L’année 2025 apporte une nouveauté pour l’Église catholique, l’arrivée de nouvelles personnes que l’on désigne par les termes recommençant ou catéchumène, les premiers ayant été baptisés mais jusqu’alors vivant éloignés de l’Église et les seconds venant demander le baptême. Nous les accompagnions durant les temps forts de l’année liturgique notamment le carême vers la fête de Pâques, puis le temps pascal vers la Pentecôte. Or c’est maintenant, durant l’été, que se pose en réalité la question de leur accompagnement car les vacances nous dispersent et nous éloignent les uns des autres. Il est important de maintenir le contact avec eux, de les rencontrer et de leur proposer des sessions de prière ou des moments spirituels. Durant l’été abondent les propositions de retraites en monastère ou dans les lieux catholiques, mais ces frères et sœurs ne sont pas forcément informés des possibilités qui s’offrent à eux. Si les vacances libèrent théoriquement du temps libre pour la vie spirituelle, l’expérience montre qu’il n’est pas simple de vivre dans la régularité nos rendez-vous avec le Seigneur. Oser un séjour en abbaye ou en foyer de charité, ou encore une session à Paray-le-Monial apporte un encouragement pour continuer le chemin commencé et préparer la rentrée de septembre. Pouvons-nous interpeller telle personne venue dans notre paroisse ? N’ayons pas peur de les joindre pour leur en parler. La fraternité a besoin de relations concrètes et chacun de nous est responsable de ces liens fraternels. N’oublions personne sur le bord du chemin, en nous rappelant comment le bon berger recherche sa brebis égarée. Chaque personne est importante pour Jésus et nous sommes ses ambassadeurs selon les mots de saint Paul afin d’offrir ce soutien.

Évêque, j’ai la joie de rencontrer des fidèles. Cependant je note que la solitude existe souvent. Dans le temps actuel, toujours marqué par les guerres et les conflits sociaux, nous mesurons la valeur de la fraternité. Elle est une grâce divine, le pape François reprenait dans son encyclique Fratelli tutti la figure du bon Samaritain, celui qui aime l’homme inconnu et blessé, n’hésitant pas à interrompre son chemin et son travail pour prendre soin de lui. Nous pouvons être tentés de nous mettre au service des personnes qui nous ressemblent, qui appartiennent à notre groupe, à notre culture. Mais l’appel de Dieu est plus large. Le pape Léon soulignait, dans son homélie donnée pour la fête des apôtres Pierre et Paul, combien ces deux hommes étaient de culture et d’éducation différentes. Ce qui les fit se reconnaître frères était leur vocation commune en tant que disciples de Jésus. Ils suivirent leur itinéraire propre et leurs routes se croisèrent plusieurs fois notamment pour débattre, parfois vivement, de questions théologiques. C’est dans le martyre qu’ils vécurent ensemble l’ultime don de leur vie à Rome. Le pape Léon dit que « la communion à laquelle le Seigneur nous appelle est une harmonie de voix et de visages qui n’annule pas la liberté de chacun ». Dans nos communautés nous expérimentons ce besoin d’unité en Jésus-Christ tout en cultivant une ouverture et une écoute respectueuse envers chacun. L’Esprit Saint permet la vraie communion riche d’une diversité non masquée. La fraternité n’est-elle pas la réponse à la solitude ambiante ? L’amour est le ciment d’une authentique fraternité. Le pape Léon nous parle de la concordia apostolorum, c’est-à-dire une communion vivante dans l’Esprit, une harmonie féconde dans la diversité, que les évêques recherchent pour que toute l’Église la vive. L’Église a vocation à conserver la fraternité et la communion dans la diversité des personnes.

Paul eut à maintenir fermement la communion au sein des jeunes communautés qu’il visitait lors de ses voyages apostoliques. Ainsi disait-il, « comme votre vocation vous a tous appelés à une seule espérance, de même il y a un seul Corps et un seul Esprit. Il y a un seul Seigneur, une seule foi, un seul baptême, un seul Dieu et Père de tous, au-dessus de tous, par tous, et en tous » (Eph 4,4-6). À Corinthe, dans cette mégapole du bassin méditerranéen où naquit une belle communauté chrétienne, Paul dût intervenir. Il leur écrivit « Quand l’un de vous dit : « Moi, j’appartiens à Paul », et un autre : « Moi, j’appartiens à Apollos », n’est-ce pas une façon d’agir tout humaine ? » (1Co 3,4). L’esprit de division jaillit d’une inspiration du diable qui ne supporte pas que l’amour soit source d’unité et de fraternité. Le diable est par excellence un diviseur. Paul ajouta une explication imagée : « Mais qui donc est Apollos ? Qui est Paul ? Des serviteurs par qui vous êtes devenus croyants, et qui ont agi selon les dons du Seigneur à chacun d’eux. Moi, j’ai planté, Apollos a arrosé ; mais c’est Dieu qui donnait la croissance. Donc celui qui plante n’est pas important, ni celui qui arrose ; seul importe celui qui donne la croissance : Dieu. Celui qui plante et celui qui arrose ne font qu’un, mais chacun recevra son propre salaire suivant la peine qu’il se sera donnée. Nous sommes des collaborateurs de Dieu, et vous êtes un champ que Dieu cultive, une maison que Dieu construit » (1Co 3, 5-9). Apollos était un juif érudit qui fut converti, il séduisait par sa parole et certains chrétiens aimaient l’entendre prenant parti pour lui. Pour Paul, tout vient de Jésus et tout retourne à lui, les apôtres étant les gardiens de la communion.

Avec le recul du temps, on constate le malheur de voir les chrétiens divisés en tant de confessions chrétiennes et d’églises diverses. Il eut été merveilleux que l’Église catholique fondée par Jésus ne se morcelle pas au cours des siècles, pour des incompréhensions théologiques mais aussi politiques. L’histoire est celle-là, aussi essayons de puiser une richesse dans cette diversité puisque l’Esprit Saint est donné à tous, selon leurs charismes propres. C’est le chemin pour atteindre peu à peu une vraie communion spirituelle et fraternelle. Si nous pensons à nos nouveaux venus, comme les néophytes baptisés à Pâques, quelle communauté découvrent-ils ? La voient-ils comme une famille unie ? Saint Paul dit que c’est Dieu qui donne la croissance, certes par nos initiatives, mais elles ne peuvent porter de fruits sans sa grâce qui est l’œuvre de l’Esprit. Ainsi, devons-nous prier et exercer ce que le dernier synode romain appelle la conversation dans l’Esprit pour discerner ses appels afin d’incarner toujours mieux l’Évangile non seulement dans notre communauté mais dans nos relations au monde. Le pape Léon dit qu’ « il est important d’apprendre à vivre ainsi la communion, comme unité dans la diversité, afin que la variété des dons, reliée dans la confession de l’unique foi, contribue à l’annonce de l’Évangile ». En donnant une place à ces nouveaux frères et sœurs, nous ne cherchons pas à leur faire faire ce que nous faisons déjà mais nous les invitons à apporter leurs dons et leurs charismes en vue de la nouveauté de la mission, quitte à ce qu’ils nous surprennent parfois. « Engageons-nous à faire de nos différences un laboratoire d’unité et de communion, de fraternité et de réconciliation, afin que chacun dans l’Église, avec son histoire personnelle, apprenne à marcher avec les autres » dit encore le pape Léon dans cette homélie. Voici une belle expression, un laboratoire est un espace de recherche où l’on ose réaliser des expériences nouvelles. Ce peut être le cas de nos paroisses. Ce choix apporte une vitalité, et évite les positions pastorales figées.

Durant l’été, nous pourrions aussi faire quelques recherches intéressantes sur les diverses dénominations chrétiennes. Ont-elles à nous apporter quelques richesses ? Les catholiques peuvent être sûrs d’eux-mêmes. Or les églises orthodoxes ont reçu le don d’une liturgie chantée magnifiquement. Il peut m’arriver de rêver que les prêtres catholiques travaillent et progressent dans leur capacité à chanter la messe ! Ah si ce rêve pouvait devenir réalité pour embellir notre prière liturgique déjà bien soutenue par les chantres et les chorales paroissiales. Les protestants s’attachent à l’Écriture Sainte et l’annoncent dans l’espace public par le nom de Jésus. Cette annonce peut nous stimuler pour aller au-devant des gens, notamment non-chrétiens pour leur partager la joie de l’Évangile. N’ayons pas peur de nos différences, l’Esprit Saint discerne et soutient notre bonne volonté en faveur d’une plus grande communion.

Je vous invite à prier comme Jésus l’a enseigné, en confiant nos proches qui espèrent le soutien de nos prières. Notre-Père